SCENE III
QUE L'APOSTAT CHINIQUY A BLASPHÉMÉ EN AFFIRMANT QUE LA CONFESSION N’EST PAS NÉCESSAIRE AUX PÉCHEURS QUI VEULENT RENTRER EN GRACE AVEC DIEU. QU’IL A TROMPÉ EN AVANÇANT QUE LES CONFESSEURS FAISAIENT DU CON- FESSIONNAL UN LIEU DE SCANDALE.
Le Membre de l’Institut.Canadien.—Soit, je trouve évident
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que Jésus-Christ a donné à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés. Qu'en dotant l'Eglise de cette puissance, le Sauveur a établi la confession des péchés. Mais sommes-nous absolument obligés de nous confesser? Ne peut-on pas obtenir le pardon de ses péchés autrement qu'en se confessant ?
Le forgeron.—T'enez, monsieur de l’Institut, si vous voulez, je: vais vous répondre, moi. Voyez-vous, il ne s’agit pas d’être savant comme monsieur le maître d'école, pour vous donner satisfaction sur cette question. Il suffit de savoir son catéchisme.
Le Membre de l’Institut-Canadien.— Parlez, je vous écoute.
Le forgeron. —Quand Notre-Seigneur a dit à ses apôtres: les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, il leur a dit en même temps: «Je vous donne les clefs du royaume des cieux.» N'est-ce pas ?
Le Membre de l’Institut-Canadien.— Oui, Jésus-Christ, a prononcé cette parole.
Le forgeron.—Qu’est-ce qui ferme le ciel aux hommes ? N'est-ce: pas le péché ?
Le Membre de l’Institut-Canadien.— Sans doute!
Le forgeron.—Eh bien, pour que la porte s'ouvre, ne faut:il point que le péché soit pardonné ?
Le Membre de l’Institut-Canadien.— Oui.
Le forgeron.—Qui pardonnera les péchés ? Sinon, ceux à qui il à été dit: « Je vous donne les clefs du royaume des cieux. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.n Voyez-vous que les portes du royaume des cieux seront fermées, si ceux qui en ont:
les clefs n’ouvrent pas? Puisqu’il leur a été dit: les péchés se-
ront retenus à ceux à qui vous les retiendrez? ŒEtils sont retenus, les péchés, à tous ceux qui ne se confessent pas.
Le menuisier—Vous voulez, monsieur de l’Institut, que la confession ne soit pas nécessaire, bien qu’elle ait été établie divinement. Alors, qu'aurait-il servi à Notre-Seigneur de donner les clefs de son royaume à ses diciples, si chacun pouvait entrer par les fenêtres, sans être obligé de faire ouvrir la porte ?
Le cultivateur. —A quoi servirait-il au gouvernement d'avoir des officiers de douane et de les autoriser à faire payer l'impôt.
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sur les marchandises, si chaque citoyen se trouvait libre de faire arriver ses effets en dehors de la surveillance des employés de la douane ?
Le forgeron.——Oui, monsieur de l’'Tnstitut, vouloir que la confession ne soit pas nécessaire au salut des pécheurs, lorsque ceux qui ont le pouvoir de remettre les péchés, ont les clefs du royaume des cieux, c’est vouloir que quelqu'un entre chez vous, les portes étant fermées, sans que personne ne lui ouvre.
Le Membre de l'Institut-Canadien.—Tout cela est bel et bon. Mais on aura beau dire, on ne fera jamais que la confession n'offre pas de graves dangers, surtout pour nos femmes, pour nos filles.
Le forgeron.——Je parie que c’est encore l’apostat Chiniquy qui a dit ou prêché cette énormité.
Le Membre de l’Institut-Canadien.—Chiniquy a dit cela et il a dit vrai. Les prêtres posent aux femmes, aux filles, des questions odieuses et propres à blesser la pudeur. Il cite un livre : Le Miroir du clergé, et qui conseille aux confesseurs de questionner leurs pénitentes avec finesse pour s'assurer si elles n'ont pas failli à ce qu’on appelle la sainte vertu.
Le forgeron.—L'’apostat Chiniquy interprète les plus sages conseils de la façon la plus misérable. C’est un malheureux qui salit tout ce qu’il touche. La parole ia plus innocente, si vous la faites passer par sa bouche, devient coupable. Il me fait l’effet d’un homme habitué à proférer des paroles déshonnêtes. Prononcez en sa présence le plus pur des mots, il s’en empare aussitôt et lui donne un double sens, capable de faire rougir.
L'Tnstituteur.—Vous avez parfaitement raison, brave forgeron, sans doute, l'Eglise dit aux confesseurs de questionner avec finesse, avec oTresse, avec habileté ; mais elle leur dit en même temps de pre": y rde de blesser la pureté, la chasteté. Elle leur fait un devoir (et voilà ce que le Père Chiniquy se garde bien de publier), de ne pas questionner, plutôt que de s’exposer à scandaliser, à faire connaître le mal. L'Eglise va plus loin. Elle prescrit aux Prêtres de taire si telle et telle chose est un péché, lorsqu'ils voient que le pénitent est dans l'ignorance de bonne foi et qu'il serait exposé à demeurer dans son péché si on
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l'éclairait. Voilà la finesse recommandée par l'Eglise aux confesseurs, vous voyez qu’elle n’a pas la signification odieuse que lui prête l’apostat Chiniquy.
Le forgeron.—N'’ai-jé pas raison de l’accuser de corrompre tout. ce qu’il touche.
L'Instituteur.— Voulez-vous savoir, monsieur de l’Institut, quels conseils l'Eglise donne aux confesseurs ? Ecoutez, je vais vous rapporter ce que j'ai lu dernièrement dans la théologie morale, c'est-à-dire dans le livre même qui forme le prêtre au grand ministère de la confession. « [l faut que le confesseur use « de beaucoup de prudence, de beaucoup de circonspection, pour « ne pas apprendre aux péniteuts ce qu'ils ignorent heureusement. « Il serait bien imprudent de leur faire des interrogations qui « pourraient leur faire connaître ou soupçonner le mal dont ils « n’ont encore aucune idée. Dans le doute si telle ou telle ques- « tion ne leur sera pas nuisible à cet égard, on ne doit point la « faire, il faut se contenter de leur rappeler que Dieu est présent. « partout, qu’il voit tout, qu’il connait tout, jusqu’à nos plus « secrètes pensées. Em confessant les personnes mariées, qui « confessent des péchés honteux, contentez-vous de demander « l'espèce de ce péché, sans vous informer comment il s’est fait. « Si le pénitent veut s'expliquer et entrer dans des détails alar- « mants pour la pudeur, avertissez-le, avec bonté, que cette expli- « cation n'est pas convenable, » Voilà, monsieur de l’Institut, les recommandations que l'Eglise fait aux confesseurs. Ne sontelles pas marquées du signe de la plus grande sagesse et de la plus profonde prudence ?
*Le Membre de l’Institut-Canadien.—Sans doute, l'Eglise donne de sages conseils aux Prêtres. Le malheur, c'est qu'ils ne les suivent pas.
L'Instituteur.—Vous ne pouvez pas lancer une pareille affirmation sans l’appuyer de preuves.
Le Membre de l’Institut-Canadien.—Des preuves !. comment voulez-vous que je vous en donne, je ne suis pas témoin de toutes les confessions.
Le forgeron.—Et vous n'allez pas à confesse, vous-même ?
Le menuisier—-Alors, il me paraît difiicile que vous puissiez parler avec autorité.
Le Membre de F’Institut-Canadien.—Chiniquy cite le cas d'une jeune fille qui avouait avoir appris le mal au confessional.
Le forgeron.—Elle était probablement allée à confesse à Chiniquy.
Le cultivateur. —Il n’y a que des Chiniquy qui soient capables de scandaliser les pénitents. C'est pour cela qu'ils sont interdits et qu’iis tombent dans une dégradation propre à éclairer les âmcs auxquelles ils ont porté scandale,
Le menuisier.—-Oui, tous ceux que Chiniquy a pu scandaliser au confessionnal, alors qu'il était dans l'Eglise, doivent savoir maintenant quel triste sort Dieu réserve aux mauvais prêtres.
L'Instituteur.—Enfin, monsieur de l'Institut, vous accusez les prêtres de scandaliser les pénitents, et vous n’avez pas de preuves ?
Le Membre de l'Institut-Canadieu.--Je dis cela d’après Chiniquy.
L’Tnstituteur.—Croyez-vous l'apostat Chiniquy sur parole ? Un homme qui a tout renié, est-il digne de foi ?
(Toi le membre de l'Institut baisse la tête et garde le silence.)
L'Instituteur.—Réfléchissez un peu, monsieur, et voyez si ce que vous dites contre la confession est possible. Il y aura bientôt dix-neuf cents ans que l’on confesse. Croyez-vous que si le confessionnal était une occasion de scandale, les honnêtes gens ne cesseraient point de le fréquenter ? Croyez-vous que tant de jeunes gens, tant de jeunes filles à qui il répugne d'aller à confesse souvent, n'auraient pas été heureux de trouver un prétexte pour s'exempter de la confession ? Vous est-il quelquefois arrivé d'entendre quelqu'un dire : Jene vais pas à confesse parce que le confesseur me scandalise ? Jamais ! C'est parce que jamais les prêtres ne s'éloignent des sages conseils, des commandements sévères que l'Eglise leur adresse au sujet de la confession. Je dis jamais. Il peut y avoir des Chiniquy, mais le scandale est contrebalancé, étouffé par la certitude que les pénitents acquièrent bientôt qu'ils ont eu affaire À un mauvais prêtre.
Le forgeron.—Dans ces cas ià, ies personnes ne disent pas :
Pret
siez
… 0 de nous n'irons plus à confesse ; mais nous n'irons plus à ce prêtre, car c'est un mauvais prêtre.
L'Instituteur.—-[Et de même que l” coire du traître Judas, l'un des douze, n’a pas empêché le muude de se convertir à la religion prêchée par les onze bons apôtres ; de même, le fait d’un mauvais prêtre, n'empêche pas les fidèles de rester attachés à la religion et à Ja confession.
Le Membre de l'Tnstitut-Canadien.—-Toujours est-il qu'il vous faut convenir qu’il peut se rencontrer des Judas capables de scardaliser au confessionnal.…
L'Instituteur.—Oui ! Et qu'en pouvez-vous conclure contre la confession ?
Le Membre de l'Institut-Canadien.—-Qu'il faut s'éloigner de la confession, de peur de rencontrer un Judas dans la personne du confesseur.
Le forgeron.—ARiant. Pour le coup, monsieur de l’Institut, vous n'êtes pas sérieux !
Le Membre de l'Institut-Canadien.-- Je suis sérieux.
Le forgeron.--Comment avez-vous pu vous décider à monter dans cette voiture et à traverser le fleuve ? N° savez-vous pas qu'il arrive des accidents, que la glace manque et que l'on périt ?
Le menuisier. Vous ne voyageriez pas dans un vapeur, nisur les voies ferrées, puisqu'il y a quelquefois danger.
Le cultivateur.—Vous ne parlerez donc plus, puisqu'il se rencontre même parfois que les gens d’esprit disent des sottises ?
Le Membre de l'Institut-Canadien.—Je ne dis pas cela.
Le Forgeron.—Oui, vous le dites. Vous vous éloignez du confessionnal parce qu'il peut arriver, dites-vous, qu'on y soit scandalisé. C'est dire qu'il faut éviter tout ce qui est bon, utile, nécessaire, mais qui pourrait renfermer quelque danger.
L'Tnstituteur.—Non, monsieur n'est pas sérieux. Il ne peut pas l'être. Les meilleure: choses, celles qui sont plus indispensables à la vio des individus, des familles et des peuples renferment des périls, et des périls plus nombreux que ceux du confes-
sionnal, Pour ne douner que quelques exemples, la médecine a
ses dangers : un médecin peut nous tuer, La justice a ses éga-
rements : des innocents ont été condamnés à la prison, à la mort ; le commerce a ses fraudes. Faut-il ne plus acheter et se passer de tout, dans la crainte de tomber entre les mains d’un négociant malhonnête ? Faut-il abolir les tribunaux, parce que les juges sont exposés à se tromper ? Faut-il fermer les prisons, parce que des innocents y ont été condamnés ? Faut-il renoncer à appeler les médecins, lorsqu'on est malade, dans la crainte qu'ils se trompent en préparant le remède, dns la crainte qu’ils nous empoisonnent au lieu de nous guérir ?
Non, monsieur de l’Institut, vous n'êtes pas sérieux, lorsque vous vous élevez contre la confession à cause des dangers infiniment rares qui s’y rencontrent, Des dangers, il y en a partout, ct, s’il fallait renoncer à ce qui peut nous être dommageable dans un cas ou dans l’autre, on renoncerait à à tout, même à la vie.
Le forgeron.—On ne se permettrait plus même d’éternuer, car, comme le disait un jour notre docteur, il est arrivé que des personnes ont rendu l'âme dans le temps même qu’elles éternuaient.
L'Instituteur.--Et puis, monsieur de l'Institut, soyez sûr d’une chose: Dieu qui est juste ne permet pas qu'une âme droite et pure se perde et périsse, par suite du scandale qu’elle aura reçu au confessionnal, où elle serait venue chercher la vie et non la mort,
Le cultivateur.--Oui, Notre Seigneur a dit : malheur à ceux qui scandalisent ! Mais il n’a pas dit : malheur à ceux qu'on aura scandalisés,
Le forgeron.—Done, allons à confesse, et soyons certains que si nous nous préparons bien, nous n'avons rien à redouter de tous les malheurs que nous annonce l’apostat imposteur et effronté qui s'appelle Chiniquy.