SCÈNE V
QUE L’'APOSTAT CHINIQUY A BLASPHÉMÉ EN AFFIRMANT QUE: LES PAROLES DE N. S. JÉSUS-CHRIST, ANNONÇANT L'INSTITU- TION DE L'EUCHARISTIE, DOIVENT ÊTRE PRISES DANS LE SENS FIGURÉ.
Le Membre de l’Institut-Canadien.—<Koit ! Chiniquy a mal fait d’en appeler aux témoignages des siècles, des Pères et des Docteurs de l'Eglise, puisque c2s témoignages sont contre lui. Mais il a. aussi dit, et en cela il a eu raison, que Jésus-Christ parlait au fguré, lorsqu'il a institué ce que nous appelons l’Eucharistie.
L'Instituteur.—Notre Seigneur a parlé à deux reprises du sa... crement de l’Eucharistie. Une première fois pour l’annoncer ; une seconde, pour l’instituer.
Le Membre de l’Institut-Canadien.—Et deux fois, il en a parlé: au figuré.
L'Instituteur.—Permettez moi de vous détromper. Quand Notre Divin Sauveur annonce qu'il instituera l’Eucharistie, il s’adresse À une assemblée composée de juifs, de disciples{et d’apôtres. Jé sus venait de nourrir cinq mille hommes avec cinq pains et quelques petits poissons. Dans l'élan de sa reconnaissance, cette foule: ébahie veut le faire roi. Jésus se retire dans un lieu écarté. La foule le poursuit, le retrouve à Capharnaum : « Vous me cherchez, dit alors Jésus, non parceque vous croyez en moi, mais parce que vous avez été rassasiés par le pain que j'ai multiplié pour vous duns ledésert. Cessez donc d'être ajfrmés uniquement de la nourriture périssable et désirez l'aliment qui donne la vie éternelle.” La foule demande quelle est cett: nourriture qui communique la vie éternelle. Le Sauveur répond: “ En vérité, en vérié, je vous le dis, je suis le pain de vie descendu du ciel... St quelqu'un mange de ce pain, 1 vivra éternellemwnt. Le pain que je donnerai, c'est mu chair qui sera livrée pour la vie du monde.” La foule, en entendant ces paroles, les comprend-elle dans le sens propre ou dans le sens figuré? Elle les comprend dans le sens propre. Elle croit que Notre-Seigneur enseigne qu’il donnera un jour,
non pas la figure, non pas l’image, non pas le souvenir de sa chair, mais sa chair elle-même. La preuve c’est-ce-que rapporte l'Evangile. «En entendant ces paroles, dit Saint Jean, les juifs et plu- « sieurs disciples murmurèrent et dirent: « Cosrment cet homme « peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Le forgeron.—Nous sommes à un passage impurtant de l’Evangile. Nous touchons à un des moments les plus solennels de la vie de Noire-Seigneur. Il annonce qu'il va nous donner du pain, mais du pain qui ne sera plus du pain, du pain qui sera sa chair, du pain qui sera son corps. Le jour qu'il fait connaître ce grand mystère, il se rencontre, comme aujourd’hui, des protestants, des apostats qui disent: « C’est impossible ce qu’il dit là: comment peut-il nous donner sa chair, son corps à manger ? » Certes, l’objection ne pouvait se poser dans une meilleure circonstance. Elle se pose en face de Notre Seigneur lui-même. Voyons ce qu'il va répondre |
Le Menuisier—Oui, le moment était solennel. La foi du monde entier allait se décider. Notre Seigneur devait s'expliquer. Parlait-il en parabole, en figure? Etait-ce véritablement sa chair qu'il allait nous donner sous les apparences du pain, ou seulement l'image de sa chair ? La question lui est posée. A ceux qui comprennent que c'est véritablen.ent sa chair, son corps qu'il doit donner pour nourriture, va-t-il répondre qu’ils se-sont mépris sur le sens de ses paroles, qu'ils ne l'ont pas compris ? Va-t.il proclamer, avec le prêtre apostat et d’autres hérétiques, que manger sa chair et boire son sang signifie tout simplement qu'il faut croire en lui, en sa doctrine ? |
Le cultivateur. —Oui, si Notre Seigreur attachait quelque-importance à la foi du monde entier, au culte à rendre à la divinité, il devait s'expliquer. Si les disciples et les juifs se trompaient sur le sens de sa parole, Jésus-Christ devait les en prévenir, afin d'empêcher l'idolatrie. Un pain qui reste pain dans ses-apparences, mais qui disparait en réalité pour faire place au divin Rédempteur, mérite les adorations des hommes : Notrs-Seigneur le savait bien. Et si ce n'est pas réellement son corps divin qu’il doit nous donner sous les apparences du pain, il ne manquera pas de détromper les juifs et ses disciples qui se disent les uns aux autres: « Comment cet
‘homme peut-il nous donner sa chair à manger.» Nécessairement si la foule se trompe en prenant les paroles de Notre Seigneur dans leur sens propre, ce divin Sauveur va se hâter d’avertir qu'on l’a mal compris ! Ecoutons donc sa réponse.
L'instituteur.— Loin de se plaindre du sens que les s juif et queiques-uns de ses disciples donnent à sa parole, loin d’avertir qu'il n’a pas voulu enseigner que le pain promis, annoncé sera réellement son corps divin, Jésus affirme de nouveau et avec une nouvelle force que sous les espèces ou apparences du pain et du vin, il donnera aux hommes sa chair et son sang: « En vérité, en vérité, répondit-il, je vous le dis, si vous ne mangez ma chair, et sivous ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle... Car ma chair est véritablement viande et mon sang véritablement breuvage. Celui qui mange ma chair et nu boit mon sang demeure en mot et mot en lui.n
Le forgeron.—Je ne crois pas qu'il soit possible de se méprendre sur la pensée de Notre Seigneur répondant à l’incrédulité des juifs et de ses disciples. Ils avaient dit: « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger. » Pour toute réponse rassurante, Jésus leur répète jusqu’à huit fois que le pain sera son corps et le vin son sang. Etait-ce là s'exprimer dans le sens propre ou dan le sens figuré ?
Le Membre de l’Institut-Canadien.—Jésus-Christ a cependant ajouté: « C’est l'esprit aui vivifie, la chair ne sert de rien: les paroles que je vous dis sont esprit et vie.» Par ces paroles, ne voulait-il pas signifier que son discours devait être pris au figuré et aon à la lettre ?
L'instituteur.— Partout dans le Nouveau Testament, quand le amot chair est opposé au mot esprit, le premier signifie le sens or- -gueilleux de l’homme, et le second la lumière du Saint-Esprit.
Le Membre de l’'Institut-Canadien.—Par exemple! Des preuves, s'il vous plait !
L'Instituteur.— Quand Notre Seigneur dit à St. Pierre: “ Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, parce que ce n'est pas la chair mi le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux,” n'est-ce pas comme s’il disait: ce ne sont pas vos propres