‹ Contre-poison [microforme]Chapitre 21 sur 21 · LA GRÈVE · texte numérisé non relu

LA GRÈVE

Le club est mort—mais l'esprit qu’il a soufflé sur ‘une partie de la population subsiste encore.—Un instant cet esprit avait animé le corps d’un monstre qui habitait dans un antre—maintenant, sous un autre nom, dans un nouvel ordre d'idées il iourmente notre pauvre corps social.—C'est l’histoire du démon chassé du lieu dont ii avait pris possession et qui en ramène sept autres plus dangereux que lui pour recouvrer sa conquête. M. Lanctôt ne conduit plus discrètement les gens, à la nuit tombante, dans une ruelle obscure, dans une maison plus obscure encore, noire et enfumée, non, car cela n’a pas réussi, nan, c’est en plein air, c’est au grand vent qu’il expose ses doctrines sur ia grève, sur la misère du peuple, sur l'égalité absolue qui doit exister entre tous les hommes, laissant espérer à l’ouvrier que dans une société à lui, formée par lui, les oiseaux lui tomberont tout rôtis dans la bouche et qu’il lui suffira de vouloir pour obtenir tout ce qu’il voudra.

Cette utopie inqualifiable a trouvé encore des dupes. Quel est de fait le sot qui n’en trouve un plus sot que lui qui l’admire. Cinquante à soixante claqueurs suivent journellement M. Lanctôt de porte en porte pour applaudir à ses balivernes. Le peuple

s'attroupe autour de lui pour admirer une aussi prodigieuse source de sottises et le lendemain on lit dans Z’Union Nationale que deux milles auditeurs se pressaient au coin d’une rue pour recueillir la parole éloquente du citoyen Lanctôt.—Petit Marat va !

Il ne suffisait pas cependant à sa grande tâche de rénovation. Il demanda de l’aide, mais personne ici ne voulut lui prêter assistance. Alors il résolut d’implorer le secours de ses amis MM. les Américains. Ils lui envoyèrent de suite M. Woodman (homme des bois) ex-rédacteur de la Tribune, aventurier hardi, prêt et résolu à tout, qui vint ici, pousser au milieu de nos populations paisibles un cri de révolte contre l’Angleterre, en les appelant toutes à l’annexion sous le plus bref délai, insultant à nos célébrités en polisson politique qu’il est.

Avez-vous vu cette figure ? C'était celle d’un bandit et d’un brigand.

Que voulait en faire Maître Lanetôt ? Il voulait le placer à la tête d’un journal annexionniste qui devait sortir de son atelier ; cela par pur patriotisme, bien entendu, dans l'intérêt de la religion et de la nationalité.

Ce Woodman criait ainsi des injures contre l'Angleterre dans le seul but de se faire emprisonner. On lui disait un jour ‘ mais, si vous continuez on vous coffrera. ”” T'hat is what 1 want, répondit-il.

Ne pouvant obtenir une prison, sa suprême espérance, ici-bas, il résolut d’en finir avec l’ingrate humanité et mardi soir, 16 juillet, il se suicidait lâchement dans un hôtel de New-York. On le trouvait, baignant dans son sang, mercredi matin. Une balle de revolver lui avait traversé le cœur ! !

Grâce à la grève et aux associations ouvrières, Lanctôt espéra pendant quelque temps échapper à l’infâmie dont allait je couvrir la chute du club St. Jean-Baptiste; il fit donc et fait encore des efforts inouïs dans son nouveau genre d'exploitation. Ila enlevé à ses créanciers jusqu’à leur dernière espérance ; il a tiré des féniens et des américains tous les deniers qu’il a pu pour masquer son ambition effrénée, inspirer et voler la confiance des ouvriers et en arriver à les dominer pour s’en servir. Il faut qu’il conspire ; c'est chez lui un besoin de sa nature perverse. Au moyen de théories obscures, de promesses mensongères, il compte tenir les ouvriers enchuînés et les faire se consacrer à l'édification de sa fortune personnelle. Quelques-uns ont mordu à l'appas ; mais le nombre des dupes diminue chaque jour et bientôt Lanctôt, épuisé, meurtri et déshonoré sera obligé de fuir le pays ou de se cacher soignemsement pour jouir en silence

de la plus triste réputation laborieusement acquise par dix années de conspiration, de vices et de crimes.

RESUMÉ.— (2 JLUSION.

Nous avons démontré, lo que la race canadienne-française avait, à jouer sous la Confédération, un grand rôle, et que la Confédération était pour nous, un moyen sûr de remplir notre mission providentielle : —20o que la Confédération était devenue nécessaire ; —30 la Confédération nous est très avantageuse, en ce qu'elle offre et nous assure une protection, une garantie certaine pour nos intérêts religieux, nationaux et matériels ; — 40 que les accusations portées contre les hommes d'état qui nous ont obtenu la confédération, n'étaient inspirées que par la jalousie, la malveillance, le mensonge, l'hypocrisie, la déloyauté et la malhonnêteté; 5o que le parti qui s'oppose à la Confédération est composé d'impies, d'annexionnistes et d’ex-affidés aux sociétés secrètes, qui tous forment le parti rouge et qui tous refusent d'accepter la Confédération, parce qu’elle est la sauvegarde de toutes nos institutions les plus chères.

Ce parti infâme a pour chef, le triste Médérie Lanctôt et l’'Hon. A. A. Dorion, qui ont fini par opérer ouvertement l'union, qui déjà, existait entr'eux secrètement, le Pays approuvant depuis samedi, 20 juillet, (1867) la candidature de Lanctôt et L'Union Nationale préchant depuis la même date les vertus et les mérites du compère Dorion. Qu'ont fait ces deux pauvres sires ? M. Dorion par sa faiblesse et un certain prestige que lui donne une réputation d'honnêteté usurpée, a soutenu le parti rouge, annexionniste et voltairien ; le petit Médéric a essayé de fortifier ce mauvais parti, en y introduisant l'élément des sociétés secrètes et le communisme, par ses prédications burlesques, son fénianisme, et le c/ubisme.

Le parti conservateur, le parti canadien-français, le parti catholique marche sous la direction de l'Honorable George Etienne Cartier, depuis 13 à 15 ans. Qu'ont fait M. Cartier et son parti ?

Ils nous ont obtenu :

1. L'abolition des réserves du clergé, dont partie des revenus a servi à bâtir nos palais de justice.

2. L’abolition de la tenure seigneuriale, qui a affranchi le sol.

3. L'extension du suffrage, qui a permis à tout ouvrier, à tout cultivateur honnête, d'avoir voix dans nos assemblées délibérantes.

4. Le système municipal, qui habitue le peuple à faire ses propres affaires et à manier avantageusement la constitution.

5. Le développement et les progrès immenses de la colonisation et de l’agriculture.

6. Un système d'éducation commune et commerciale, propre à promouvoir les intérêts du peuple.

7. Des canaux, des chemins de fer et une foule d’autres améliorations qui ont centuplé la richesse publique et privée.

8. Le Codification de nos lois civiles et un Code de Procédure, dont le besoin se faisait si vivement sentir.

9. La navigation libre et le creusement de nos rivières intérieures,.

10. La décentralisation judiciaire, qui met la justice à la portée de tout le monde.

11. Hnfin, la grande et belle confédération de l'Amérique Britannique du Nord, digne couronnement d’un aussi beau passé qui asseoit définitivement la nationalité canadienne française, créé une grande nation et donne à notre pays une base solide et durable, suivant la belle expression, de Sa Grandeur, Monseigneur l’Evêque de Montréal.

Peut-on hésiter entre M. Dorion et M. Cartier, entre le parti rouge et le parti conservateur ? Tous les honnêtes gens, à quelque parti qu'ils appartiennent, répondront avec enthousiasme : donnons notre mépris à MM. Dorion et Lanctot, et nos votes à M. Cartier et à son parti.

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