‹ Contre-poison [microforme]Chapitre 20 sur 21 · ARMÉE PERMANENTE · texte numérisé non relu

ARMÉE PERMANENTE

Lus Rouges crient encore contre la Confédération, parce

qu'elle va nous amener une armée permanente, qui va dévorer tous nos revenus et peut-être forcer ces braves gens à montrer du cœur. Nous avouons que c'est désolent pour eux. Mais, nous devons avouer que quant à nous, nous ne serions pas fâchés, que dans un temps donné, les ressources de la Confédération fussent suffisantes pour nous permettre d'organiser une bonne milice active ou un noyau de petite armée. permanente, avec laquelle on pût imposer le respect aux Féniens et à leurs alliés, les rouges, les annexionistes et les clubistes.

Toutefois ne nous décourageons pas : les Rouges au pouvoir, et les Rouges qui veulent y arriver, forment un parti bien différent. En 1863, ils étaient au pouvoir et nous ont présenté un projet de loi sur la milice, dont la mise en pratique eût coûté $613,000, et c’est à eux que nous devons l'établissement des écoles militaires, qui nous ont donné des élèves distingués et destinés à former cette armée permanente contre laquelle on braille tant, Et ils ont fait cela, parce qu'il fallait le faire, ou descendre du pouvoir, et, comme ils aiment encore mieux empocher l'argent du peuple, que faire de l'opposition, ils se sont exécutés de bonne grâce et se sont faits belliqueux. Mettez un quêteux à cheval, il n’y a plus moyen de l'en faire descendre ;

avant de monter, il tempête contre les heureux mortels qui ne vont pas à pied; une fois monté, il s’y cramponne et oublie les injustices de la société. C’est là l’histoire de nos rouges les plus intelligents et les plus honnêtes.

Le parti rouge et annexioniste, fertile en sattises, a donné naissance au club St. Jean-Baptiste, où alla se réfugier la secte, pour faire dans l’ombre, se que les chefs ne voulaient pas tenter au grand jour. Ecoutez sur le compte du club St. Jean-Baptiste la voix éloquente de quelqu'un qui a bien connu la sociétés des compagnons et qui a reçu les révélations d’un membre converti et repentunt.

Le CLug ST. JEAN-BAPTISTE.

Abordons maintenant le C/ub St. Jean-Baptiste, cette :.raignée du parti libéral qui pendant près d’un an a tissé ses fils dans la rue St. Jean-Baptiste en face du couvent de la Congrégation. Cela n’existe plus bien entendu, parce que le balai a passé là dedans, Les mouches qui furent prises dans la toile sont dispersées aussi. Beaucoup s’en sont retirées avec une aile ou une antenne de moins, d’autres à demi sucées, quelques-unes, (mais elles sont rares) encore intactes. De celles-là on en voit voltiger encore une ou deux, dans les rues du faubourg Québec. Je les ai toujours soupçonnées d'être de connivence avec l’araignée. Elles étaient là pour engager les autres à y venir.

— Vous croirez peut-être que je ris en écrivant ces lignes — que je suis de gai et fol humeur—vous vous trompez, du tout au tout; on ne saurait être plus triste que je le suis en rappelant ces souvenirs. Il y a là une leçon pour nous mais peu c'en est fallu que nous y trouvions une grande honte et la cause e notre ruine comme peuple religieux et moral. Car c'était une société secrète que ce club de $t. Jean-Baptiste, et une des plus avilissantes encore. On y entrait en mettant le pied sur une tête de mort pour attester qu'on était prêt à tout; un poignard était placé sur la poitrine du récipiendaire, pâle et hâletant, presque fou de terreur—cela voulait dire que la mort le frapperait à la moindre trahison des ordres de la société. — D'où viendrait cette mort ? de tous côtés'et de nulle part, Le masque qui tenait le poignerd ne s’expliquait qu'ainsi. Des masques, il y en avait quarante, cinquante et cent qui se tenaient autour d'une vaste salle souterraine éclairée par une faible lumière—un œil de bête fauve dans la nuit.— C'étaient des hommes qui avaient honte de leurs actes ou de leur front. Beaucoup d’entre eux, se cachaient, parce qu'ils sentaient qu'ils

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feraient horreur au timide néophyte, qui demandait à devenir leur frère.

Un sermeui était prêté, serment anti-rcligieux et anti-social, serment qui rompait les liens civils et politiques, qui foulait aux pieds les affections les plus chères pour le bénéfice, pour l’avantage d’une association, dont le but apparent ‘ Ze progrès, la nationalité” n’était qu'un leurre, dont le but réel et indéniable était l'élévation de deux ou trois individus, au détriment de tous les autres. Ces deux ou trois Messieurs se sentaient pctits et traînards. Dans leur esprit qu'ils crurent plus grand que leur condition ils rêvérent de colossales destinées. Ils cherchèrent une échelle prur arriver au point que fixaient leurs regards. [ls en trouvèrent une dans la boue, dans l'ordure ; quelques-uns des barreaux étaient même tachés de sang. ‘“ Prenons toujours se dirent-ils, une fois là-haut, nous nous laverons les mains.” Ils ont dressé l’échelle, ils sont montés aussi, mais arrivés au aeuxième peut-être au troisième échelon, crac! tout

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dant bien fort, pour le succès de leur tentative que la lune soit si haut placée.

Ils juraient donc, ces pauvres gens, ces moutons entêtés, ils juraient qu'aucun devoir social, aucun lien de famille, aucun sentiment d'amitié, par suite, d’honreur, ne les empêcheraient d'obéir aux ordres de la société, et is juraient cela swr l'honneur. Ils juraient sur l'honneur, que l’occasion donnée, ils n’auraient plus de devoir à remplir, plus de reconnaissance à éprouver, plus d'affection au cœur, plus de cœur quoi ; ils juraient cela sur l'honneur.

Ils juraient sur l'honneur, de prendre fait et cause pour un

frère en tout et partout, de le défendre par la parole et par les

armes, s’il le fallait envers et contre tous ; il juraient cela sur l'honneur.

Une surprise se preseute un jour —M. Chapleau sollicitait les suffrages des électeurs d’un certain quartier de la ville de Montréal. Un membre du c/"b les sollicitait en même temps. Pour la plupart des membres de cette association, l'adversaire de M. Chapleau était un étranger, un premier venu. M. Chapleau, lui, était un ami de tous les jours, un homme qui avait rendu service à plusieurs d’entr'eux, un homme d’un talent reconnu—admiré de tout le monde.

C'était une petite épreuve.

Qu'arriva-t-il ? Ces amis de dix ans, travaillèrent jour et nuit contre leur ami le plus intime et le plus dévoué. Ils travaillèrent en lui demandant pardon pour leur honte—ils trayaillèrent si

bien que M. Chapleau dut se retirer pour laisser le champ libre à son adversaire, qui certes était ioin de pouvoir rendre les mêmes services que lui à la municipalité. Que voulez-vous ? il fallait bien en agir ainsi, puisqu'ils avaient juré sur l'honneur den'x ius d'amis, de n'avoir que des frères. Oh ! quels frères ! quelle famille ! bon Dieu! Il fallait les voir, dans leurs réunions de tous les soirs dans leurs salles enfumées de la rue St. Jean- Baptiste, les uns trinquant, les autres jouant aux cartes en se disputant quelques sous, tout leur pain du lendemain. En bas, on conspirait, en haut on s’enivrait, on jurait, on volait.

Le cadre, du reste, valait bien le tableau.—Ce que c'était que cette maison avant que le club s’en fut emparé, je ne le dirais pas à une honnête femme.—On y vendait du vice, on n’y avait jamais vu d'honneur. Les murs gardent encore quelques traces de ces jours de dégradations.—Il y a à peine trois ans deux hommes s’y sont égorgés à coups de rasoir. Leur sang est resté sur le plancher, rien n’a pu l’effacer, et c’est sur cette tache de sang que se dressait la table de jeu, que s’agitait le tripôt, sur cette tache de sang que venaicnt s’abimer le bonheur et la richesse des familles. Quelques flacons de genièvre, un misérable tapis vert suffisaient à ces ruines et à ces désespoirs. On se ruinait, donc on s’énivrait, on se mettait le désespoir au cœur, là, là... mais ensuite pour oublier, après avoir bu et joué le pain de sa femme et de ses enfants, on allait ailleurs les déshonorer. Pour dire vrai ceux-là n'avaient pas juré sur l'honneur de faire le bonheur de leurs familles, ils ne l’avaient juré que devant Dieu.

C'était donc une société secrète que ce club St. Jean Baptiste, une société secrète, parce qu’elle se recrutait dans l'ombre et dans la nuit, une société secrète, parce qu’on y prètait un serment indiscret, une société secrète, parce qu'on y avait des secrets, des mots de passe, des signes entre frère:, une société secrète, puisqu'elle sacrifiait les intérêts de la g inde société humaine à ses propres intérêts, une société secrète, puisque le sang, puisque le cœur n'étaient plus comptés pour rien par ceux qui en faisaient partie ét qu'il n’y avait plus, ni parents, ni amis, ni raison, ni foi, ni loi, pour celui qui entrait dans l'association. Un frère ne pouvait jamais avoir tort. Eût-il été assassin, voleur, sacrilége, il fallait le protéger, le défendre contre les lois et la justice.

Des principes aussi monstrueux ne pouvaient réunir d'adhérents que parmi les hommes tarés à qui il ne restait plus rien à risquer, ou à perdre. Aussi, sur les deux ou trois cents membres composant cette association, à peine en aurait-on trouvé dix qui appartinssent à la bonne société. Encore, ceux là n’y firent-ils qu’une courte apparition. Dès qu'ils sentirent que leur dignité

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de gentilhommes souffrait au contact de la tourbe ignominieuse et disparate de leurs nouveaux frères ils se retirèrent du club pour n’y plus remettre les pieds. La grande attraction s’exerçait sur les hommes de métiers, sur les aubergistes, les boutiquiers de tout genre, sur les avocats sans cause et Îles jeunes gens sans emploi, presque tous oiseaux de proie que l’on conviait à dépecer a grande société. I[len vint beaucoup de ceux-là, on leur promettait, voyez-vous, la protection, l’encouragement du club, et les membres étaient tenus rigoureusement à cette règle. Le club eût donc ses avocats, ses notaires, ses médecins, ses cordonniers, ses tailleurs, ete. Tous devaient faire fortune. De fait, l’encouragement fut d’abord très-libéral. Le grand nombre qui n'avait que des habits râpés, des souliers éculés se firent vêtir et chausser ; on ne refusait pas à un frère ; mais tailleurs, bottiers, aubergistes, ete., sont encore à courir après leur argent. Après tout, un frère saura tout sacrifier pour un frère, mais en dépit de sa bonne volonté il ne saurait battre monnaie.

Tous ceux qui sont entrés dans cette association ont été les dupes de quelques intrigants politiques à la tête desquels figure M. Médérie Lanctot. Il en était, lui, et l’un des premiers encore; sous ses grandes phrases philanthropiques il cachait soigneusement le germe de l'ambition qui aujourd’hui se développe et menace bientôt d'envahir tout le pays si une main ferme ne l'étouffe à temps. C’est là, dans ce bourbier infec’ que M. Lanctot a nourri son patriotisme, a rêvé sa grandeur future, a préludé à la régénération de l’ouvrier, qu’il opère aujourd’hui avec un succès désespérant pour l’humanité. Il travaillait bien pour son compte, celui-là, mais il était à peu près le seul qui retirât quelque bénéfice de l'association. Tous les autres, ou à peu près, qui sont entrés là avec quelqu'argent, quelques ressources, en sont sortis gueux et misérables. Il y aurait de curieuses statistiques à établir sur le nombre de banqueroutes et de ruines dont le club a été la cause évidente, immédiate ; nous en parlerons peut-être quelque jour.

La protection mutuelle, ayant pour princivale considération la nationalité canadienne française, telle a été d’abord le prétexte de cette réunion. Aux badauds et aux niais on promettait uu pays de cocagne ; aux clairvoyants on ouvrait une autre perspective : la perspective du triomphe du parti rouge. La ruine de M. Cartier, le succès du rougisme, telle est la vraie, la seule raison de la formation de ce club, qui n’a été qu’une des formes du Protée libéral, et la plus hideuse de toutes peut-être. On essaiera de le nier dans certains quartiers, parce qu'on a honte de cette sentine qui pue la crapule et le vice, mais les faits sont écrasants,

ans

à l’encontre de ces dénégations. La majorité des membres appartenaient au parti rouge, tous les chefs étaient pris dans ses rangs. Toute la presse libérale, les valets de MM. Dessaulles et Cie. les rédactenre du Pays, de l'Union Nationale, de L'Ordre luimême, trônuient dans les assemblées. Nous les mettons tous au défi de protester contre cette assertion. Trois membres du parlement sont descendus dans ce bouge, ont revêtu les insignes de l'ignominie, c'étaient trois membres rouges. J'espère que les comtés de Bagot, Richelieu et Iberville sauront leur payer, Lans les élections prochaines, le tribut d’hommages qu'ils mériteit pour une aussi louable action.

Sans doute, M. Dorion n'a jamais osé descendre jusque là, mais il y envoyait ses satellites, mais il défendait le club par ses journaux, mais il l’encourageait par tous les moyens possibles, parce qu’il voulait s’en servir comme d’une mine pour saper la popularité de M. Cartier dans le faubourg Québec. M. Dorion n’était pas du club, ce qui n’empêchait pas le club d'être à son service; et, pendant plus d’un an, tous les mouvements du parti libéral sont partis du club. Qui a lutté contre la confédération sur tous les hustings, à toutes les fenêtres et jusque sur les toits du faubourg Québec, si ce n’est quelques forcenés du elub composant une petite cohorte dont Lanctôt était le chef et l'inspirateur. Qui a levé le drapeau de l'indépendance, si ce n’est M. Lanctôt ? Qui a été le plus ardent avocat de l'annexion depuis quelques années, si ce n’est M. Lanctôt ? Qui a arboré le pavillon fénien lors de l'invasion menaçante de ces déguenillés? M. Lanctôt, toujours M. Lanctôt et le Club St Jean-Baptiste. Le parti libéral s’effaçait devant ce parti naissant et le laissait agir, sauf à profiter des avantages qu'il pourrait conquérir. Il songeait aux dragées, mais se souciait fort peu des coups. Son échine doit, du reste, ètre fort sensible, depuis si longtemps qu'il est incessamment battu.

Force est donc au parti rouge d'accepter ce petit démagogue comme un des siens, plus que cela, comme un de ses chefs, et d'assumer en même temps toutes les hontes du Club St. Jean- Baptiste. Il n’osera pas les renier, lorsque son principal organe, le Pays, tressaille d’allégresse en parlant de la lutte que Lanctôt se prépare à entreprendre contre M. Cartier. Il prévoit d'emblée (on les connaît ces prophètes-là) la défaite de M. Cartier, et, làdessus, il entonne le chant de triomphe du parti libéral. Laissonsles chanter aujourd’hui, c’est bien le moins qu’ils aient la gaité de leurs chimériques espérances, ils ont si souvent éprouvé les amertumes de la déception. Et encore, sont-ils loin d'avoir épuisé

leur calice de souffrance. Riez bien, mais rira mieux qui rira le dernier.

Vous chantez des hymnes à M. Lanctôt, vous l’appuyez de votre influence, vous le poussez, vous le lancez, quoi ! et vous

direz ensuite que le club St. Jean-Baptiste, dont il était le chef, n'est pas une société secrète rouge, que vous le désavouez ; mais le bon sens du peuple saura vous juger et rendre à chacun selon ses œuvres.

Ce club a été une transformation soudaine de votre parti, qui

a travaillé pour vous et comme vous contre la religion, contre la patrie, au profit des ennemis de nos institutions, de notre autonomie et de notre avenir. Il a été flétri, comme vous l'avez été, par la voix éloquentc de notre clergé et par toutes les consciences honnêtes. Vainement Lanctôt se rattache à cette parole de la chaire qui le stigmatise, vainement, vous aussi, vous essayez de vous protéger de la croix qui domine notre petit peuple canadien. Dans ses efforts comme dans les vôtres, vous me fuites l'effet d’un pendu qui s’est délié une main et qui cherche à se cramponner à la corde qui l’étrangle. Ses forces s’épuisent bientôt, on entend son râle d’agonie, les dernières convulsions agitent son corps, il se roidit, il meurt enfin ; c'est un cadavre.

Le peuple, en bas, dit : “ c’est juste,” et tout est fini.

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