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I.A LUTTE ANTICLERICALE EN EUROPE

Nous voici devant une autre face de la lutte, ou si l'on préfère, vis-à-vis d'une autre façon de procéder. En Italie, il semble que cette abondante et si amusante imagerie soit comme une fiche de consolation offerte à une bourgeoisie sceptique, incrédule et voltairienne. heureuse de pouvoir ainsi publiquement afficher son irrespect à l'égard de la Papauté.

Rongée par la lèpre noire, incapable de s'en défaire sans le concours effectif de son gouvernement, l'Italie en est réduite à prendre pour la réalité la fiction de sa vaillante caricature.

Tout autre est la situation de la Belgique.

Menacée, elle aussi, dans son existence, arrêtée dans son développement par l'accroissement formidable de la mainmorte, loin de se laisser abattre elle lutte pied à pied, se servant de toutes les armes, ayant recours au pamphlet, à l'image, à l'affiche illustrée.

Ici donc, la caricature, la satire, loin d'être l'unique argument, accompagne et souligne les actes de tout un vaillant parti qui, s'inspirant des principes de la liberté, lutte contre le cléricalisme au nom des idées de liberté.

LE CIRQUE GERMANIA — Le chef-d'œuvre du dressage.

Caricature de W. Lehmann

(Die Avaler, de Munich).

* L'écuyer do cirque qui conduil ainsi l'ai)

allemand dans la I che du jésuite, esl

chancelier do Bûlov.

Et c'est pourquoi cette imagerie belge, loin de recourir aux violentes satires d'ordre général, cherche bien plutôt ce qui peut sauter aux yeux et frapper les intelligences. Elle se complaît, elle, et avec raison, en des graphiques concluants, aux comparaisons saisissantes, genre imagesque venu d'Amérique et d'Angleterre. Tels Yécbelle de l'ânerie et la comparaison de la mainmorte entre 1846 et 1902, images ici reproduites; telles ces brochures répandues à milliers d'exemplaires par la Ligue de propagande libérale : Les impôts catholiques. Le bilan noir, La mainmorte, et bien d'autres. Brochures illustrées à 2 centimes, claires et concluantes, signées des maîtres du libéralisme belge. Imagerie qui a des quotidiens comme le Peuple et la Ré/orme ; qui a eu des illustrés comme Eulenspiegel et Les Corbeaux.

La main, la main noire, qui s'étend maintenant sur toute la Belgique et qui n'est

pas main morte pour tout

le monde. Ajoutez à cet état de choses, déjà plus qu'inquiétant, l'invasion noire : l'arrivée des « oiseaux » qui viennent de France, suivant la pittoresque expression qui a cours chez nos voisins.

« A ne prendre que les 3 224 couvents supprimés dès le début », lit-on dans une des brochures de propagande dues au talent de M. Rahlenbeck, « cela fait 38 628 religieux ayant quitté la France, pas un de plus, pas un de moins. L'immense majorité s'est dirigée vers la Belgique :

nous en sommes inondés. Les châteaux et les terrains achètes

nu uo.n coin du

« Noir Auyuslc »

— Un jésuite ayant observé que Pie \ essuyait toujours sa plume après sa blanche soutane, ne put s'empêcher de sucrier : « llihihi! nous l'aurons bientôt aussi noir que ses prédécesseurs ! »

(Juynid. de Munich, L903.)

LA. LUTTE ANTICLERICALE EN EUROPE

par les moines ou les religieuses venus de France, qui peut en dire le nombre? Il y en a partout : dans toutes nos provinces, à Péruwelz, àEnghien, à Feluy, à Izel, à Tournai, à Haversin, àAntoing, à Renaix, à Brasschaet, dans cent autres localités, les congrégations françaises ont acheté ou loué d'immenses propriétés. »

De la Belgique passons en Espagne et en Portugal, pays où pullulent les couvents, qui se dépeuplent et agonisent, frappés d'impuissance, sauf dans quelques centres où les idées modernes ont pu

pénétrer et se développer.

Entre la très catholique Espagne et le non moins catholique Portugal, il y a cependant cette différence que le dernier reprend de temps à autre la lutte contre les hommes noirs, contre ces Jésuites qui, au xvme siècle déjà, attentaient à son indépendance — l'on sait de quelle tragique façon ! — et cela soit en prenant des arrêtés de circonstance, soit en revisant ses lois constitutionnelles ; tandis que la première se contente de laisser faire,

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