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LUMIERES D EGLISE

Spécimens d'objets d'art industriel dus aux corps de métier du journal Le Noir Auguste. Dessins par Arpad Schmidhammer (Jugend, de Munich, 1903).

La Satire et Timagerie anticléricale

de l'origine à nos jours

LES CARICATURES SUR LE CLERGÉ ET LES MOINES AVANT L'IMPRIMERIE : CATHÉDRALES ET MINIATURES. — LES FEUILLES VOLANTES DE LA REFORME : LE PAPE-ANE, LE MOINE-VEAU. — CARICATURES FRANÇAISES CONTRE LES JESUITES, A LA SUITE DE LA BULLE « UNIGENITUS.». — L'IMAGERIE ANTICLÉRICALE SOUS LA RÉVOLUTION : LE PRES- SOIR ET LE DÉGRAISSAGE. — REPRISE DE LA LUTTE SOUS LA RESTAURATION : LES ÉTEIGNOIRS ET LES HOMMES NOIRS. — 1830 : LA CHARTE ET LES CORBEAUX. — RUPTURE MONÉTAIRE AVEC ROME EN 1870. — L'IMAGERIE DE LA COMMUNE.

Si l'on voulait écrire l'histoire de l'imagerie anticléricale — ceci, je le tenterai, peut-être, quelque jour, — il faudrait remonter très haut dans le passé, consulter le livre de pierre et de bois, si curieusement ouvragé et sculpté, des cathédrales, feuilleter minutieusement les manuscrits à miniatures, serrer de près les fresques, ne négliger aucune enluminure.

Chose peu banale, et qu'il importerait de faire bien connaître aux masses : sculpteurs et tailleurs de pierres, verriers et charpentiers ne manquaient pas une occasion de caricaturer le clergé chez lui, dans son propre domaine, je veux dire dans les églises. Les cathédrales

•JU CONTRF. ROME

d'Europe nous montrent encore, par centaines, des sujets satiriques, légers et même scatologiques, dont les moines font joyeusement les frais.

Parmi ces figures d'animaux, en lesquelles devait se complaire tout particulièrement le Moyen Age, combien d'allusions et de figurations on ne peut plus directes ! Ici, les renards encapuchonnés — Maître Reynard fut, on le sait, la grande figure de l'époque, — des oies empilées dans leur capuchon ecclésiastique, en chaire, à l'école, en pèlerinage, respirant ouvertement la ruse et la goguenardise monacales. Là des ours personnifiant la voracité cléricale, des boucs puants visant l'incontinence, des ânes image vivante de l'ignorance, de Yânerie du clergé.

En réalité, si ces époques lointaines furent imbues d'un sentiment de dévotion extrême, elles n'eurent, pour le clergé, qu'un respect tout à fait relatif. Aucunes caricatures, affirme Thomas Wright en son Histoire de la Caricature et du Grotesque dans l'art, n'étaient accueillies avec plus de faveur que celles qui dénonçaient l'immoralité ou l'infprobité des moines et des prêtres.

Mieux encore, dans les enluminures comme dans les sculptures, tous les vices étaient mis sur le compte du clergé. La luxure, la volupté, c'était un moine tirant la langue; la gourmandise, c'était un moine dévorant un gâteau; l'ivrognerie, c'était un moine ayant dérobé les clefs de la cave du monastère, et se livrant sans mesure à son penchant. Bref, en tout et partout, le moine, toujours le moine! Donc, si grande était la domination, et non moins grande l'influence,* grande aussi était l'irrévérence, à tel point que nous n'oserions pas, hérétiques et incrédules, reproduire ici certaines images qui faisaient les délices de nos très catholiques et très apostoliques ancêtres. Certaines horloges à personnages ne montrent-elles pas en leurs gais carillons, la conjonction des moines et des bonnes sœurs? Que de cris. que de protestations n'entendrait-on pas, aujourd'hui, s'il prenait fantaisie à quelque industriel à la recherche de l'actualité, de transformer en un petit jeu clandestin ce qui, jadis, se laissait voir publiquement au coup de midi !

Et il en fut ainsi jusqu'au jour où la Réforme, puissamment aidée

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par l'Imprimerie, put faire sortir de terre des milliers de feuilles volantes, ces fliegende Blàtter, acerbes et violentes, véritables pamphlets à images qui popularisèrent, multiplièrent et répandirent partout ce qu'il fallait, auparavant, aller voir, chercher jusque dans l'église.

Alors apparurent le pape-âne — la tète de Maître Aliboron symbolisant les doctrines fausses et matérialistes de la Papauté, — et le moineveau, emblème de l'état monacal; images de Lucas Cranach, accompagnées d'un texte explicatif attribué par d'aucuns à Luther, et qui, très certainement, durent jouir, entre toutes, d'une retentissante célébrité.

Alors se multiplièrent les démons revêtus d'habits pontificaux, couronnés de la tiare, tenant en main une fourche en guise de crosse pastorale; les allégories comme le Bon et le Mauvais Pasteur, et toutes les parodies de la Messe, et toutes les satires sur notre sainte mère l'Eglise, et toutes les postures scatologiques en pleine tiare pontificale. Images non moins violentes que celles précédemment enregistrées.

La France ne suivit point l'Allemagne dans cette lutte formidable contre Rome, et, là même où les doctrines calvinistes devaient prévaloir, l'imagerie ne se montra jamais aussi acerbe.

L'esprit libéral de la Gaule s'était réservé pour les Jésuites. C'est contre eux, surtout, que se manifestera l'anticléricalisme français.

Qui ne connaît l'édit d'Henri IV contre la terrible Société (Janvier 1599). la célèbre Déclaration du Clergé de France (Mars 1682) posant ce fier principe d'indépendance que « le jugement du pape n'est pourtant pas irréformable », et l'édit de Louis XV ordonnant de façon perpétuelle et irrévocable que 'la Société de Jésus n'ait plus lieu dans le royaume (Novembre 1704)?

A ces actes répondirent naturellement des pamphlets illustrés, et l'on peut dire que toute la première moitié du xvm° siècle fut inondée d'une imagerie noire qui, avec ses personnages aux légendes s'échappant de la bouche, des mains, de toutes les parties du corps, parait être, aujourd'hui, bien compliquée, bien embrouillée, et qui, cependant, alors, eut sa raison d'être.

Certes, cela n'avait rien de comparable au formidable mouvement

qui, entre les mains de Luther, avait soulevé l'Empire Germanique contre Rome, et qui avait permis à l'Allemagne de jeter les bases de sa nationalité future: mais si la France de 1870, infidèle à sa mission, ayant renié son passé, osa à peine élever la voix contre le principe de l'Infaillibilité du pape, la France des premières années du xvme siècle fut profondément remuée par la fameuse bulle Unigenitus.

Pamphlets, brochures, images se levèrent contre cette bulle qui, appelée de Rome en 17 13, permit aux Jésuites de causer tant de maux, et fut l'origine de tant de lettres de cachet. Les Français prirent en mains courageusement la cause du juste contre l'injuste; plumes et crayons s'escrimèrent à faire ressortir les fruits malsains de la Constitution Unigenitus. En des images qui nous apparaîtraient bien dogmatiques, on voyait le clergé gallican se serrer étroitement, s'unir solennellement contre les Jésuites, contre Rome même; on représentait Y abomination dans le lieu saint, les écoles de la vérité renversées, la foi outragée. Ce ne fut pas seulement une querelle de principes, d'articles de foi, de coutumes et de constitutions : ce fut un véritable soulèvement de la conscience nationale contre les Jésuites, contre leurs pernicieuses et dangereuses doctrines, contre leurs abominables moyens d'action, contre les hommes noirs, véritable tache noire sur papier blanc, a dit Voltaire, qui, en 1729, avaient détruit Port-Royal, et ouvert les tombeaux des morts. Après l'attentat commis contre Louis XV (1757), après l'assassinat du roi de Portugal ( 1 7 s ^ ) , l'imagerie ne lâche plus nos hommes noirs « souillés de tous les crimes », et réclame l'expulsion générale de « l'infernale Société que Satan vomit sur la terre ».

Armés tous d'un courage et d'une foi perfide, Ils colportent partout leur ardeur homicide, Fourbes, traîtres, méchants, intrigants, séducteurs, De ligues et de complots détestables auteurs. Éternels ennemis des suprêmes puissances, Ils font du crime seul toutes leurs espérais tes, Bouleversent les Etats, assassinent les rois, Et îles pi 11- suints devoirs méconnaissent la voix.

Point sectaire, plutôt aimable et tolérante, l'ancienne société fran-

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çaise s'était levée contre ces nouveaux missionnaires de ' l'Eglise romaine, parce qu'elle s'était vue menacée, par eux, dans sa sécurité, inquiétée dans son libéralisme. Elle tenait pour les libertés de l'Eglise gallicane; elle ne se sentait nullement apte à opposer dogme contre dogme, à affirmer sa foi en une Église réformée.

Pour reprendre l'œuvre de Luther, il fallut la Révolution française, cette révolution qui, suivant la si juste remarque de M. Aulard, » fut commencée par l'accord du Clergé et du Tiers-État ».

En réalité, la Révolution ne fit que continuer, élargir, généraliser l'œuvre de la Monarchie française, puisqu'il est acquis que celle-ci, de 1768 à 1780, ne supprima pas moins de neuf ordres religieux.

Mais ici il faut rendre hommage à la clairvoyance, à l'esprit d'émancipation de l'estampe.

Dès l'origine, en effet, c'est-à-dire dès 1789, bien avant qu'aucune parole hostile, ou même simplement désobligeante, eût été prononcée dans les Assemblées contre les Ordres religieux, l'imagerie se montra nettement révolutionnaire, antireligieuse.

Dès l'origine, elle fut, on peut le dire, nettement antipapale, et c'est là un fait d'une importance considérable puisque les écrivains les plus consciencieux — tel Aulard, — qui ne veulent se servir que des documents écrits, qui considèrent toujours le document-image comme quantité négligeable, ne voyant en lui que pur amusement, pure calembredaine illustrée destinée à vulgariser le fait accompli, proclament justement « qu'on ne saurait trouver de l'anticléricalisme dans un parti comme le parti révolutionnaire qui comprenait des moines, des prêtres, la plus grande fraction du prolétariat ecclésiastique et l'élite de son aristocratie ».

Que les hommes d'État, que les représentants de la nation, n'aient eu aucune idée d'affranchissement religieux, aucune tendance à l'anticléricalisme avant l'Assemblée Législative, cela est fort possible ; mais dès 1787, par conséquent avant les États-Généraux, il existe déjà dans les masses un esprit de révolte contre Rome, qui se manifeste en ces estampes : Route de Rome (les congrégations mises à la porte), cl l'abbé galant surpris, et fustigé, avec cette légende suffisamment explicite : Chassez-les tous ainsi, pour le plus grand bien du pays.

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L'imagerie, qui avait donné le la, allait donc suivre, annoter, illustrer, éclairer graphiquement les faits et gestes des représentants de la nation. Qu'il s'agisse des congrégations régulières ou des congrégations séculières, chaque acte public, chaque décret des Assemblées eut son imagerie, tout entière au service des violents, de ceux qui eussent voulu des mesures extrêmes. En réalité, durant toute cette période, l'estampe se montre nettement extreme-gauche. Si elle ne fut pas toujours de bon goût, si elle se complut à représenter messieurs du clergé s'empressant d'aller offrir aux belles le trop-plein de leurs vœux monastiques: si elle mit un malin plaisir à montrer religieux et religieuses à califourchon, tandis que l'envoyé du Paradis leur crie : « Allez-vous-en, Sainte Famille »; si elle prit, ce semble, un malin plaisir à faire donner la fessée aux galants abbés et aux religieuses grassouillettes — il en est qui sur leur lune rosée voient s'abattre un éblouissant soleil, — fessées qui, je ne sais trop pourquoi, suscitent l'indignation de mon ami, le docteur Cabanes, — c'est que, de tout temps et à ce moment plus que jamais, le peuple sera toujours heureux de pouvoir décocher quelques traits à l'adresse des frocards.

Car ce sont bien les frocards, réguliers et séculiers, que vise le ll<>t d'une imagerie toujours grandissante, et les gros et les gras, tous ceux : moines, abbés, prêtres, évêques et archevêques, que les dessinateurs, avec une satisfaction non déguisée, vont faire passer sous le pressoir, ou dégraisser jusqu'à extinction, jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus que la peau et les os.

« Ah! monsieur l'abbé, en quel état vous voila! — Adieu, les grasses prébendes, adieu les évccbès! — Adieu, les douces sinécures. — Envolées, mes rentes! » — ainsi gémissent, en légendes expressives, messieurs les gros rentes du clergé.

C'est que la Révolution, avec ses aspirations égalitaires, atout fait passer au pressoir national.

Et bientôt, non contente de réformer à l'intérieur, l'image va plus loin et s'attaque a l'Église catholique elle-même. File vise au cœur, et secoue le pape de belle façon, traitant quelque peu irrévérencieusement ses protestations, ses bulles, ses excommunications, même majeures. Dans X Atelier des foudres du pape se forgent, ou plutôt se gra-

LA SATIRE ANTICLERICALE AUTREFOIS

LA DERNIERE ASSEMBLEE PAPALE Chanson sur l'air de : Or, écoutez petits et grands.

Or, écoutez, petits et grands, L'histoire des grands pénitents :

Ce sont les cardinaux de Rome, C'est leur bon pape, ce pauvre homme, Qui ne pleurent pas leurs péchés, Mais qui pleurent leurs éxèchés!

Vous pleurez connue des enfants ; Consolez-vous, prétendus grands, Apprenez qu'un grain de sagesse, Vaut bien mieux qu'honneurs el richesse ; Et, vous rendant Républicains, Soyez dignes d'être Romains!

A Paris, chez Depeuille, rue des Mathurins-St-Jacques.

Caricature de la Révolution.

vent des estampes à allure souvent classique, et qui rappellent le faire de l'Iliade travestie. Telle, la Réponse à l'auteur de la chronique qui appelle Bombe la Bulle du Pape, réponse en couleurs... tricolores.

- Kl vous, l'homme à moustaches, de quelle religion ètes-vous?

— I>e la Vieille Garde !

D après une \ ignette de 1817 pour les Ermites de M. de Jouy.

Le pape, gras et joufflu, s'amuse à faire des bulles de savon et, au dessous, se lisent les vers suivants, plus significatifs qu'éloquents :

Sandis ! monsieur île la Chronique, Je vous trouve un plaisant bouffon, A ce Bref anticatholique De Bombe de donner le nom.

Sachez de moi qu'un Bref inique l'ail pour nous faire la nique, N'est ni Bombe ni Canon, Et qu'une Bulle apostolique N'est qu'une bulle de savon.

LA s.VTIRE ANTICLERICALE AUTREFOIS

I/ORAÇfc

Inventé et dessiné par Grœnia, gravé par Hulk. — A Paris, chez Noël, rue Saint- Jacques, ei Palais-Royal, galerie île Nemours.

Estampe de la Restauration, visant la crise subie par l'Église catholique durant la Révolution.

Le plus clair pour les imagiers de l'époque, c'est qu'il faut rendre gorge, rendre l'argent et les honneurs; c'est que pape et cardinaux en snnt réduits à pleurer chapeaux, évêchés et riches prébendes.

Le Consulat et l'Empire viennent arrêter le mouvement. Les forces de la nation sont employées ailleurs ; et le Concordat a, momentanément tout au moins, ramené la.... concorde entre Rome et Paris. Le culte de la Gloire a fait passer au second plan le culte.... romain; et s'il n'est point vrai, le propos que l'on prête à un général de la Grande Armée, il apparaît vraisemblable : «Qu'on les laisse prier, et qu'ils nous

f. la paix ! »

Mais la bigoterie intransigeante et le jésuitisme des partis extrêmes, qui. sous la Restauration, triomphent bruyamment avec Charles X, ramènent au premier pian la question religieuse.

« De quelle religion êtes-vous? » dit, aux premières années du règne de Louis XVIII, un prêtre à un soldat de la Grande Armée : « De la Vieille Garde », lui répond l'homme aux moustaches; et cette image est doublement éloquente, car elle indique les tendances du libéralisme durant les quinze années de monarchie de droit divin que devra à nouveau subir la France, et laisse entrevoir quelle va être l'œuvre persistante du clergé vis-à-vis de l'armée, plus ou moins imbue de philosophie voltairienne.

La réaction contre l'esprit moderne est si nette, si caractéristique, que l'imagerie, reprenant les armes de la grande satire, crée avec un entrain qui ne se lassera jamais : l'Ordre de l'Eteignoir et Y Ordre des Chauve-Souris, aux armes parlantes, aux brevets et décorations d'une amusante fantaisie. Pendant cinq ans on ne vit qu'éteignoirs partout; il y eut des éteignoirs de tous formats, de toutes grandeurs, suivant l'importance du personnage qu'il s'agissait de coiffer. Partout également apparaissaient les hommes noirs armés d'une grande perche que surmontait l'éteignoir classique, les hommes noirs, éteigneurs brevetés, passant leur temps à éteindre les lumières, les flambeaux de la Science, de la Vérité et du Progrès.

— Hommes noirs, d'où, sortez-vous? — Hommes noirs, rentre^ sous terre! — cela se lisait couramment sous des images signées : Charlet, Pannetier, Grandville; cela se chantait; cela s'illustrait.

LA SATIRE ANTICLERICALE AUTREFOIS

Méditation. — Lithographie de !•'. Férogio [vers 1825'.

• De 1825 à 1840 on ne consulterait pas sans fruit les livrets des Salons. Rappelons qu'un tableau

du même genre : Béatitude, fit scandale, et fut refusé au Salon de ÎS-.'X.

— Hé! va donc à l'école, toi qui prétends enseigner les autres! dit un Vieux de la Vieille à un Frère orné de mirifiques oreilles d'âne. — Es-tu seulement Français? toi qui veux apprendre le français à nos petits? s'exclame un popolo bien planté, le bonnet de papier posé sur la tète, en cascadeur, à la vue d'un Frère ignorantin disparaissant sous le chapeau de dom Basile. Car ce fut- l'époque de la grande lutte pour l'instruction primaire; car l'image de la Restauration n'avait pas hésité à emprunter aux feuilles acerbes de la Réforme allemande, l'âne, ce pauvre Maître Aliboron que les âneries humâmes eussent plus d'une fois surpris, s'il avait pu voir et entendre.

Asiims asinum frtcat : le baiser fraternel: — quelle joie pour les libéraux de l'époque, que d'assembler ainsi, étroitement unis, les frères bi ban, bi ban ! — Bien faits pour s'entendre; — Les ânes au concert : —

« ASINL'S ASINUM FRICAT ». — LE BAISER FRATERNEL. Caricature île la Restauration, dirigée contre les Frères des écoles chrétiennes.

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Lequel a les plus grandes (Il s'agissait des oreilles); — La promenade des ânes; — La reconnaissance des parents éloignés; — qu'étaient tous ces titres,- sinon autant d'allusions directes aux bons Frères, aux Frères ignorantins partout chargés de refaire à leur image une France cléricale? D'un côté Voltaire, de l'autre Loyola; ici Jean-Jacques, là le Père Ravignan, voilà ce que nous montrent estampes, brochures, pamphlets, chansons. Oui, chansons! car à côté de Y imagerie anticléricale — on peut bien l'appeler ainsi — il y a tout un chansonnier anticlérical dont Béranger fut le grand-prêtre, le primus inter pares.

C'est nous qui fessons

Et qui refessons Les jolis petits, les jolis garçons...

Toute une société devait être élevée avec ce refrain qui eut les honneurs de la traduction dans toutes les langues connues. — L'espéranto n'existait pas encore, il faut le regretter.

Mais il n'y avait pas que des curés militants, il y eut aussi, de-ci de-là, des curés tolérants, que chanteront les épicuriens du jour. La chanson de Ch. Hubert : Le Curé de Village (1828) est typique, entre toutes. Qa'on me permette de la reproduire ici :

D'mo'n village

Vive l'curé !

D'un Dieu de paix il est l'image; Aussi, tant que je vivrai,

J'crairai :

Vive, vive notr' bon curé!

Sans rien exiger de notr' lucre, Lorsqu'il nous baptise un bambin, Dans sa petit' bouche il sait bien Mettre peu d'sel et beaucoup d'sucre.

Comme il chérit les idées vierges,

En chaire il nous dit, tous les soirs

« Je voudrais que les éteignoirs

Ne servissent d' chapeaux qu'aux cierges »

D'damner l'genre humain il n'a garde,

Il bénit mém' les huguenots;

Et quand il demand' des fagots,

Ce n'est qu' pour rôtir... un' poularde

Il plaint ce délateur farouche Qui voudrait aggraver nos maux :

Union! oubli.' v'ià les mots Qui d'son coeur volent à sa bouche.

Pour obliger, il a des ailes; Or, croyant plaire au Créateur, Il s'est nommé le Moniteur De l'école des demoiselles.

Chez l'ligueur qui d'son d'voir s'écarte, Il ne court point porter l'efi'roi; Mais afin qu'il chériss' le Moi, Vite, il court lui porter la Charte.

Par lui notre France est chérie Et lorsqu'il est dansjle saint lieu, Jamais il ne s'adresse à Dieu Sans prononcer le mot : Pairie.

Tous les jours et même les fêtes.

En dépit îles < erveaux troublés, C'est au retour des exilés Qu'il boit le vin de ses burettes.

Je suis souris, voyez mes ailes! C'était le cure correct : Pour Dieu, pour la Patrie, pour le Roi.' Oui. mais il y avait la Charte, cette maudite Charte cause de tous les maux, cette Charte qu'il fallut saluer, épeler, apprendre et réciter par coeur en 1830.

LA SATIRE ANTICLERICALE AUTREFOIS

Ah ! l'image se chargea, alors, d'en inculquer les principes aux noirs, aux corbeaux, aux frères du goupillon, — ce n'étaient déjà plus les ânes placides de la Restauration; — l'image qui, lors de l'avènement du roicitoyen , eut à nouveau l'enthousiasme des grands jours, l'esprit cinglant de la satire.

Le Second Empire calme sans apaiser, et le

personnage de crie donc : « vive la charte! » CORBEAU de malheur!

Rodin permet à la Lithographie de C. Paimetier (1830).

caricature de flé-

, ... * Quantité d'images parurent alors avec cette légende qui était,

trir et de ndlCU- (hi r(^(|, [e erj p0puiajre ;, [a 1Ul„j,,. ,,„ :,ila jusqu'à représenter un

liser à nouveau Jésuite obligé d'avaler le texte de la Charte, le Jésuite.

Courbet et Jean-Paul Laurens font entrer dans la peinture l'humour et la satire anticléricales : Courbet, dont les Curés en goguette. Le Retour de la Conférence, photographiés en tous formats et même en carte de visite, firent des années durant la joie des libres penseurs; Jean-Paul Laurens, dont les images du journal Le Philosophe (1868), tel le cure ventru dans l'atelier du peintre, commandant une Immaculée- Conception, avec de l'inspiration, charmèrent les délicats et les lettres.

Subitement, en 1870, un événement inattendu, un tait de peu

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