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LES INVENTAIRES

— Trois lustres en miettes, soixante chaises brisées, huit chandeliers tordus, et la grille du chœur arrachée... Ah! monsieur le Curé, nous avons bien défendu votre église, allez!...

Caricature d'Albert Guillaume, Par fil spécial (Figaro, Février 1906).

cOntiîi r."Mi

— Donnez-moi mon revolver. Bri-

gitte aujourd'hui, nous allons prêcher

le calme !

Caricature île Antoine Lesainl

{Lu Lanterne).

aucun comb...le, d'autant qu'il y trouve toujours matière à quelque actualité; — il ira jusqu'à nous donner comme légende : Dominus vomit ce Combes ; il ira jusqu'à nous représenter l'ancien président du Conseil s'écriant, en présence du classique écriteau :

Parleç au concierge : « Otcz donc ça. Dans concierge, il y a cierge ».

Le monde renversé ! car jusqu'alors on s'amusait à y trouver autre chose.

— « Vous ne chassez donc pas, vous, monsieur Combes ? ►> — demande-t-on au chef du parti anticlérical. — « Pas personnellement ; mais, vous le savez, je fais chasser. »

Calembredaines sans grande portée, il faut bien le dire, mais que durent savourer les esprits forts de toutes les sous-préfectures.

Léandre, lui-même, le grand

— Charité chrétienne. » Accrochez la

herse plus haut, car, en t banl de si

bas, elle ne ferail ipie blesser les soldats; il vaul mieux qu'ils soient tués sur le coup. »

Caricature de Antoine Lesainl l.ii Lanterm \.

l'imagebie française devant les congbégations

et noble artiste, qui nous a donné dans le Cri de Paris un pape superbe, d'allure moyen-âgeuse, partant en guerre contre les mécréants de Paris, sacrifie à l'atmosphère qui règne en la maison du Rire. Le pape qu'il y dessine est perplexe, ne sachant quelle attitude tenir devant cette politique nouvelle :

« Dois-je le bénir, ou l'excommunier? (Il s'agit de Loubet.) — Par le tempsqui court, c'est une bénédiction, qui lui sera le plus désagréable. »

La caricature française blague les gens, blague les principes — même les bons! — elle blague même les dogmes, les choses saintes1.

— « Sais-tu, au moins, ce que c'est que le Purgatoire? » demande

— Votre Clin>t vous a, lui-même, imposé le respect île la loi, quand il a dit, selon vous : « Rendez à César ce qui appartient à César... »

— C'est parfaitement exact ; mais il n'a pas parlé de la République française.

Caricature de B. Moloch (Le Radical, Revue de la semaine. 12 février 1906).

CONTRE l'.iiMI

un ecclésiastique à un jeune gamin.

« Pardine, m'sieu le curé, c'est là qu'on boit tout le temps de l'huile de ricin. »

Et voilà !

Heureusement , la cause de l'anticléricalisme a pour elle les magistrales compositions de

Y Assiette au Beurre et les amusantes s< Semaines illustrées » de la Lanterne et du Radical.

Le numéro : « Les Inventaires », de

Y Assiette au Beurre, restera comme un document sur les

mœurs cléricales en l'an de grâce 1906. Sous le crayon de Grandjouan, de Poulbot, de Delaunay, de Wagner, de Ricardo Florès, défilent autant de pages de l'histoire contemporaine, une histoire qui, dans quelques années, apparaîtra à beaucoup comme un rêve.

On y voit le curé prêchant en chaire et disant à ses ouailles : « Et si le Gouvernement a recensé dernièrement vos champs et vos bestiaux, c'était pour en faire l'inventaire et vous voler ce que vous avez! » On v voit la vieille garde du Saint-Sacrement, s'écriant : « Pour toucher au bon Dieu, il faudra nous passer sur le corps! » Ici, le cure dit à une brave paysanne : « Tourne-lui le dos tous les jours, à ton mari, et tu verras qu'avant longtemps il reviendra à Notre-Seigneur ! " Là, l'officier suivant Saint Loyola, crie bien haut : «Je ne veux pas enfon-

— Spécimen d'une des vignettes qui ornaient les affiches cléricales illustrées, placardées sur les murs durant la période électorale du <'> mai 1900. La présente vignette, sous luirait- île Reinacfa <-i de Rothschild, représente les juifs inventorianl les trésors des églises pour les acheter à vil prix, par la suite.

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cer le portail d'une église où se trouve le Saint-Sacrement. Je n'ai jamais enfoncé que les portes de la Bourse du Travail! » Ailleurs, enfin, on voit dans toute sa magnificence, le nouveau sport, le sport à la mode, avec les belles madames au premier rang. « Avec les paysans comme rabatteurs >>, porte la légende, « chacun, peut s'offrir, avec des invités, une jolie chasse au sous-préfet. »

Vous souriez, vous restez incrédules. Vous voyez, en ces images, non des pages de vie réelle, mais des fantaisies voulues, cherchées, poussées au noir, à l'extravagance, dans un but de propagande. Eh bien, puisque vous doutez, ouvrez la Croix, la très batailleuse et très sainte Croix; alors là, en petites images, aussi nulles comme dessin que comme idée, œuvre d'un crayon sans conscience à la solde des Jésuites, vous verrez que les compositions de l'Assiette au Beurre sont encore bien peu de chose en comparaison des attaques sans nom dirigées contre la société civile.

Et si cela ne vous suffisait point, reportez-vous devant les affiches illustrées (! !) — oh ! combien peu spirituellement — par le même crayon patenté des officines cléricales; et, comme ces affiches furent, durant la période électorale que nous venons de traverser, placardées sur tous les murs des cités réactionnaires, aux yeux de tous, il n'est pas possible de méconnaître, de nier leur valeur documentaire.

Or, colporteuses de mensonges et d'infamies cléricales, ces affiches, aux titres multiples : Le 6 mai. — Communards! — Vendus à l'étranger. — Les nouvelles couches, représentaient les églises transformées en salles de bal ou en cabarets, à la suite delà loi de Séparation, les Juifs mettant la main sur les trésors des Eglises, les catholiques battus ou tués par la justice du Bloc; mieux encore, Jeanne d'Arc foulant aux pieds de son cheval deux soldats en armure. Sur l'un était écrit : s< Anglais, 1431 »; sur l'autre : « Franc-maçon, içoô « (1). Pauvre Jeanne d'Arc, servant à toutes sauces : ici, contre les libres penseurs; là, contre l'alliance anglaise!

Et après de pareilles infamies, qui devraient à jamais déshonorer

(1) Cette affiche fut placardée à Versailles. Elle visait tout particulièrement le professeur Thalamas — auteur, on le sait, d'une plaquette sur Jeanne d'Arc, — qui s'était présenté aux élections du 6 mai 1906.

CONTKF. ROME

le parti qui s'en sert, il se trouvera sans doute encore des gens pour parler avec mépris — et Dieu sait quel mépris! — de la caricature anticléricale!

La caricature anticléricale, la vraie, — celle qui se respecte, celle qui ne provient pas des anciens habitués de sacristie, — on a pu la voir ici, empruntée aux journaux de tous les pays. 11 est donc permis de dire qu'elle représente dignement la cause du Bon Sens, de la Raison et de l'Avenir libre émancipé de tous les cléricalismes, quels qu'ils soient.

Echos, par Caran d'Ache.

(Le Figaro, ±2 octobre 1900.)

" Allusion a l'arrêté |>ris par le maire d» Kremlin Bicêtre, interdisant le costume ecclésiastique sur ledit territoire.

l'imagerie française devant les congrégations

LA NOUVELLE LOI MILITAIRE — Allons, arrive, ma vieille branche!... Ça t'embête, de changer de gamelle?... Mais, bidocheà part, tu verras, mon vieux camarade, qu'il est plus beau de servir la Patrie française, que de servir la messe suivant le rite romain.

Caricature de G. Frison (Le Troupier français, 1889).

* Non seulement dans Le Troupier, niais également dans Le Grelot, dans Le Polichinelle, dans Le Pétard, dans La Charge et dans nombre d'autres illustrés à tendances populaires, on trouverait quantité d'images sur ce sujet. Beaucoup même sont d'un esprit plus ou moins élevé, d'un goût plus ou moins douteux. Il semble que certains caricaturistes s,- soienl surtout complu en des comparaisons osées sur les premières armes des jeunes séminaristes dans le bataillon de Vénus. — Allons, vieux frère, maintenant que te voilà un numéro, faut bien que tu les connaisses tous, dit une caricature de Pépin, sur laquelle je n'ai pas à insister autrement. Je note cette tendance, uniquement parce qu'il fallait la signaler. Voilà qui est fait.

— Ah! c'est comme ça! Eh bien, nous aussi: la grève!

Caricature de GraveDe (Le Grelot, 2 novembre 1902).

* Cette image fait allusion à la pétition en faveur de la demande d'autorisation faite pour les congrégations, déposée par soixante-quatorze archevêques et évoques, et qui, le tobre, a été déférée « comme d'abus » au Conseil d'Etat.

Dans cette pétition aux sénateurs el aûi dépotés, les hauts dignitaires se posaient en défenseurs 'i ms dissoutes. Mais, loin de se mettre en grève, comme le laissait entrevoir le dessinateur du Grelot, les hauts prélats dont il s'agil ne firent que s'insurger de \<h\< en plus contre la République. On sail que c est à la séance du "-' décembre 1902 que le Gouvernement présentait l'exposé des motifs pour refuser les demandes d'autorisation des coi lions enseignantes et prédicantes

L IMAGERIE FRANÇAISE DEVANT LES CONGREGATIONS

L ETERNELLE BLAGUE Combes. — Ne craignez rien, c'est encore une « frime » !

Caricature de Gravelle {Le Grelot, 17 mai 1903).

* Après les jupes de Marianne s'accrochent les représentants des trois cultes subventionnés : le curé, le rabbin, le pasteur. Combes, qui est encore affublé de la soutane et chaussé de souliers à boucles, brandit un sabre de bois déjà à moitié brisé. Cette image traduit on ne peut mieux le sentiment si souvent exprimé en France par une partie de la population, chaque fois qu'on a annoncé des lois contre la domination cléricale : Tout ça, c'est de la blague/

CONTRE ROMK

— A Longuyon, coin ailleurs, il n'es! pas dédouane pour l'imbécillité .

Caricature de E. Joranl [L'Action, 1903). Entrée on Belgique des congrégations expulsées. '•' Iction, que dirige aujourd nui M. Benr) Bérenger, a publié dans le cours de ['année 1903 toute une série de caricatures, d | ■ la plupart, à nn dessinateur d'un taire très particulier, Joss.it, qui s'est pour ainsi dire créé un genre, une spécialité avec - l'imagerie antii 1er i cale,

l'imagerie française devant les congrégations

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