SUPPRESSION' DU BUDGET
Mesdames, vous réduirez un peu vos toilettes!... (Le Grelot, 8 juin 1904.)
Et l'on s'est effectivement séparé après que le pape, estimant que a Fille aînée avait besoin d'un savon, l'eut généreusement gratifiée d'une bulle... d'air.
Devant ce fait nouveau, devant cet acte que les savants et les penseurs n'hésitent pas, on le verra plus loin, à qualifier : la reforme la plus considérable depuis ij8ç, comment s'est comportée la caricature française; cette même caricature qui, à la mort de Léon XIII, je l'ai dit, avait considéré comme quantité négligeable l'élection pontificale ?
Les illustrés, à but nettement défini, n'ayant, ne visant qu'un seul objectif : le cléricalisme — tels, aujourd'hui, Les Corbeaux, — ne purent s'empêcher de manifester hautement leur satisfaction. Le contraire eût surpris, puisqu'ils ont été créés à seule fin de mener la campagne contre Rome.
Même chose parmi les quotidiens, — telle la Lanterne, tel le
L IMAGERIE FRANÇAISE DEVANT LES CONGREGATIi (NS Z*ï
Radical, dont les Semaines anticléricales de Lesaint et de Moloch — les vaillants défenseurs de la libre pensée, qu'on trouve toujours sur la brèche — sont comme l'histoire au jour le jour, des menées de l'Eglise contre la société civile.
Mais on serait surpris de la petite quantité de robes noires apparaissant parmi les actualités des journaux à caricatures, si l'on ne savait déjà que la France, quoique nettement anticléricale, n'est pas du tout pour la propagande par le fait, en matière religieuse. Elle veut bien rire, ridiculiser; elle n'entend pas affirmer, et volontiers se récuse.
LES HVEQUES NATIONAUX Combes. — Eh bien, tenez! voilà comme je les aime, moi!
(Le Grelot, 3! juillet L904.
CONTRE ROMF
— Je suis enchanté de la séparation de L'Église et de l'Etat, car je crois en Dieu 1 1 1 : i i s pas aux curés.
— Ben, moi, c'est le contraire le crois aux curés, mais pas en Dieu.
Caricature de Depaquit (Le Cri de Paris, ."> mars 1905).
Nulle part cette vérité : la France n'a pas voulu la guerre antireligieuse, c'est Rome qui l'a rendue inévitable par ses provocations, ne se montre aussi évidente que lorsqu'on parcourt les collections desdits journaux.
Pour que surgisse quelque image visant la politique religieuse ou les ministres du culte, il faut qu'une actualité s'impose; il faut que les crayons soient dans l'obligation forcée de l'enregistrer.
Qu'une loi comme la loi militaire astreigne les séminaristes au service, et voilà, sur ces enrôlés d'espèce nouvelle, des caricatures multiples, toutes plus ou moins dans l'esprit de celle ici reproduite ; que la propagande des Cercles catholiques, dans l'armée, commence à se faire sentir de trop violente façon, et le crayomde la satire n'hésitera
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pas à mettre le doigt sur la plaie! Qu'un archevêque ou un évêque viole trop ouvertement les prescriptions du Concordat, et il sera prestement secoué par ces mêmes crayons !
Quelquefois, il est vrai, un fait quelconque, qui semble être sans rapport précis avec le cléricalisme, amènera ce dernier sur la sellette. Je n'en veux pour preuve que ce qui se passa en 1900 à propos de Y Exposition de l'art religieux, où l'on vit des caricaturistes — tel Draner — servir à ce propos, sous forme rétrospective, les bûchers de l'Inquisition, les trésors des Églises, toute la ferblanterie des ex-voto, les entreprises d'eaux bénites, et même des jeux de passe-boule sous forme
LES MOINES FAINEANTS
Le Révérend Vive. — Gomment diable ce gaillard-là fait-il pour être si maigre?
[Les Corbeaux, 44 mai 1905.
LA SEPARATION Le Père Éternel. — La barbe !....
Composition île À. Coussers (Le Cri de Paria, 21 mai 1905).
de sacs d'écus entrant et sortant de la bouche du Souverain Pontife; — allégorie vivante pour le Denier de Saint-Pierre. Le rire, la raillerie dans cet esprit gaulois qui montre que la France est toujours le pays de Rabelais!
Mais là même où certaine pointe d'ironie ne permet pas de douter des véritables intentions de la satire, là même où l'on sent prédo-
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miner cet esprit de fronde si particulier à notre race, faisant de l'opposition par pur esprit d'opposition, par amour de l'art, pour ne pas être mise au rang des gobeurs, on peut affirmer hautement que l'imagerie n'est pas cléricale.
Rire de tout, même des choses les plus sérieuses, n'est-ce pas une de nos caractéristiques? Prendre tout, la vie elle-même, pour une pure blague; considérer la politique comme une simple farce; n'est-ce pas rester dans la tradition bien française?
Facilement le crayon se met au service des philosophes, des incrédules, desennemis de toute religion, même laïque, sans compter que
l'école du Chat Noir triomphe encore, facilement, dans nos illustrés.
Le Cri de Paris, qui détient toujours le record de l'esprit, nous
donne les pages maîtresses dans la note — doit-on le dire? — du
je m'enfoutisme : « La Séparation! Oh! la barbe!... » Et c'est le Père Eternel qui parle sur ce ton irrévérencieux. Et ailleurs : « Moi, je crois en Dieu mais pas aux curés. — Moi, c'est le contraire : je crois aux curés mais pas en Dieu! ». Et cela tandis que le Grelot fait danser aux évêques nationaux le cakc-walk de l'incrédulité, on les représente, — armée d'un nouveau genre, — levant la crosse en l'air.
L'esprit du Chat Noir triomphe dans le Rire.
Somm, qui des sommets de l'eau-forte est descendu à la petite vignette à la Cham, ne recule devant