NATURE DE L'OBSTACLE
En cas de bride, de barre susprostatique ou le rétrécissement est vraisemblablement constitué par un tissu fibreux cicatriciel : leur structure est celle même des obstacles normaux que nous avons signalés dans les chapitres précédents à l’état d’ébauche et variable comme peut l'être cette dernière. Toutefois, Loumeau considère comme spasmodique un rétrécissement infranchissable qu'il lui fut donné d'observer (Observation 21), qui entraîna à deux reprises une crise de rétention complète et l'obligea à pratiquer une urétrotomie externe de l’urèthre profond. Même il dut, pour la mener à bien, réaliser le cathétérisme rétrograde à travers la plaie hypogastrique réouverte. M. Loumeau admet, « jusqu’à plus ample informé », un peu malgré lui, la nature spasmodique de ce rétrécissement. Deux faits
Le
plaident en faveur de cette opinion : 1° il fut toujours.
(2) On nous reprochera peut être de parler encore d'urèthre prostatique. Nous savons qu'il n’y a plus d’urèthre prostatique à vrai dire, puisqu'il a été enlevé au moment de l’énucléation de la tumeur dans la grande majorité des cas Mais comment désigner alors cette portion du conduit excré- - teur qui unit l’urèthre membraneux à la vessie et traverse la loge prosta- . tique déshabitée? Or, cette loge persiste bien individualisée, comme nous l'avons vu, le plus souvent.
impossible à M. Loumeau d'introduire aucune sonde dans la vessie par l’urèthre ; 2° lors de la périnéotomie, l'opérateur ne se trouva en présence d'aucune trace de sténose cicatricielle. Mais nous partageons l’hésitation de M. Loumeau dans l'interprétation de ce cas. Invoquer l'idée d'un spasme nous paraît en effet un pisaller pathogénique. Instruit par l'observation du professeur Rochet (voir observation 27), je suis tenté de penser que, dans le cas du chirurgien de Bordeaux, les sondes ne pénétraient pas dans la vessie parce que l'urèthre présentait une coudure.
L'obstacle pourrait-il être produit par une récidive de la tumeur ? Il est admis par tous les chirurgiens que jamais il n'y a récidive à la suite de prostatectomie hypogastrique complète bien exécutée pour hypertrophie simple de la prostate, encore que l'opération ne fasse qu'énucléer des adénomes et laisse derrière elle, presque toujours, comme nous l'avons vu, du tissu prostatique sain. La lecture des observations que nous avons eues entre les mains n'a fait qu'affermir cette certitude, Mais, certaines hypertrophies de la prostate en apparence simples sont en réalité des tumeurs malignes. Elles ne se présentent pas toujours comme telles à l’opération parce qu'elles restent aisément énucléables, et leur nature épithéliomateuse passerait inaperçue si l'examen histologique ne venait contredire les résultats de la macroscopie, si plus tard la récidive ne survenait. Nous venons de voir, dans le service de M. Marion, à l'hôpital Necker, un malade opéré il y a deux ans, de prostatectomie suspubienne pour une hypertrophie qu'on croyait bénigne et chez lequel la fistule hypogasirique un moment fermée s'est réouverte. Tout espèce de cathétérisme est impossible. Tous les instruments sont arrêtés à partir de l’urèthre membraneux et le toucher rectal permet de sentir, dans la région prostatique une masse bourgeonnante et dure qui refoule et envahit la paroi antérieure du rectum.
Enfin, dans deux cas de Pauchet, la nature de l'obs-
tacle est toute particulière. Ayant agrandi la plaie suspubienne, Pauchet a pu se rendre compte que la vessie était totalement close, que la muqueuse seule séparait le cul-de-sac urétral de la cavité vésicale. Dans ces conditions il faut bien admettre que la vessie et l’urètre se sont cicatrisés chacun isolément.