POUR QUELLES RAISONS CES OBSTACLES SE SONT-ILS PRODUITS
J'ai cherché à savoir, en analysant avec soin les observations que j'ai pu me procurer, s’il était possible de irouver la raison de ces obstacles soit dans la technique employée, soit dans l'anatomie pathologique, soit dans l'existence de difficultés opératoires spéciales. Tout d’abord, rappelons-le, ces obstacles ne sont autres, pour la plupart, que l’exagération des obstacles normaux que nous avons étudiés précédemment.
En ce qui concerne la « barre susprostatique » -notarmment, il semble qu’on ne puisse invoquer d’autres raisons ; les conditions qui la font varier d'épaisser» n'ont rien à voir avec tel ou tel point technique (r) et ne dépendent apparemment que davantage d'un incident ou d’une difficulté opératoire spéciale.
Il n’en est peut être pas de même des rétrécissements ae l’urèthre membraneux. Dans l'observation 23, due à Loumeau, cet auteur « extrait en une masse unique l'urèthre et l’adénome prostatiques pesant, dans leur ensemble, 140 gr. À cette masse fait suite inférieurement sous forme d'un lambeau déchiqueté une certaine longueur de canal préprostatique ». Pour M. Loumeau, d’ailleurs, le rétrécissement uréthral postopératoire est dû à l’arrachement de ce lambeau uréthral.
Dans l'observation 16, M. Paul Delbet en examinant les lobes prostatiques enlevés, trouve qu'un centiniè-
(1) M: le Professeur Carlier me signale que depuis qu’il ne tamponne plus (1308), les difficultés du cathétérismetenant à l'existence de cettebarre sus-prostatique sont moins fréquentes.
tre environ d'urèthre membraneux a suivi la muqueuse.
Dans l'observalion 19, Küss énuclée une grosse prostale en un seul morceau du volume d’un citron. L'urèthre prostatique passe en son milieu ; sa surface externe est revêlue de loutes parts « d’une capsule striée transversalement et dont la partie antérieure est très épaisse el comprend de façon évidente des fibres du sphincter strié de l’urèthre. »
Ainsi, voilà trois observations dans lesquelles des rétrécissements ultérieurs survinrent et dans lesquels il est certain que l’urèthre membraneux fut plus ou moins endommagé. Dans sa communication, Ertzbischoff avail insisté sur ce fait. Sans doute, nous avons d’autres cas où malgré une telle lésion 1l ne survint pas d'accident imputable à la sténose ; où celle-ci fut latente ; il en existe dans lesquels malgré qu'il est spécifié que l’énucléation n'a pas entraîné à la suite de la masse hypertrophiée de lambeaux d’urèthre préprostatique, des rétrécissements n'en sont pas moins survenus. Mais cela ne veut pas dire que les parois de cette portion de l’urèthre n'aient pas été tiraillées et plus ou moins dilacérées : C’est au moment du clivage et du dégagement de la partie antérieure des lobes hypertrophiés qu'on rencontre le plus de difficulté. Cette difficulté s'accroît encore dans les cas qui s'accompagnent de périprostatite. On comprend bien, dès lors, que même s'il n’est pas arraché, l'urèthre préprostatique ne soit pas toujours indemne el que ces lésions puissent devenir cause de rétrécissements conséculifs. Le professeur Casper nous écrit que dans son cas « la prostate difficile à énucléer vint d'un seul bloc ». Il est vrai que dans les cas du professeur Kallionzis, Pénucléation fut facile. Toutefois, il nous paraît logique de faire jouer, avec Loumeau et Ertzbischoff un rôle important aux lésions opéraloires de l'urèthre membraneux dans la pathogénie des rétrécissements consécutifs.
On peut aussi, au moins dans cerlains cas, considérer avec Richardson, comme une cause de rétrécisse-
ment, les délabrements de la capsule. Dans aucune de nos observalions, ce mécanisme ne peut être invoqué. Il nous semble, d’ailleurs, que ces lésions doivent être exceptionnelles si l’on procède fidèlement suivant la technique de Freyer. Dans certains cas, cependant, où l'hypertrophie s'accompagne de lésions inflammatoires marquées, de pareils délabrements peuvent évidemment sembler inévitables.
Le volume de la glande énucléée ne paraît pas avoir de grande importance au point de vue qui nous occupe. Il est permis de penser que la forme de la glande hyper-
trophiée peut en avoir, au contraire : les glandes en fer à cheval exposeraient moins à la mutilation de l’urèthre préprostatique que celles qui viennent en un seul bloc et dont l’énucléation est plus pénible.