‹ Contribution a l'√àtude de la tuberculose primitive de la corn√àeChapitre 4 sur 7 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

D'après les recherches nombreuses que nous avons été à même de faire dans le domaine de la tuberculose, nous pouvons dire que ses manifestations, du côté de l'œil, n'ont été soupçonnées et étudiées que depuis quelques années et que c'est surtout grâce aux recherches histologiques que sont dues nos connaissances les plus certaines sur ce sujet.

On sait aujourd'hui que, de toutes les membranes de Toeil pas une, excepté le cristallin;, n'a échappé au processus tuberculeux.

La sclérotique, elle-même, qui jamais n'a été atteinte primitivement, subit cependant l'infection : cette enveloppe fibreuse de l'œil semble être un terrain défavorable au développement de cette affection.

La choroïde, la première, fut signalée comme envahie parle tubercule. Gueneau de Mussy (1837) tout d'abord, remarqua de petits grains jaunâtres sur cette membrane, à l'autopsie d'une jeune fille morte phthisique. Plus tard, Jœger (1855), Manz (1863) puis Galezowski (1867), Panas (1878-79) firent la description de cette affection que Cornil consacra, en 1868, par une étude anatomique publiée dans V Union médicale.

En 1870, Gradenigo fait connaître la tuberculose de

l'iris, à laquelle Baumgarten (1878), Parinaud (1879), Manfredi (1879) et surtout Poncet(1882) apportèrent de nouvelles confirmations .

Bouchut, en 1869, dans la Gazette des hôpitaux, rapporte un fait de tuberculose de la rétine, auquel viennent s'ajouter les publications, sur le même sujet, de Manfredi, Sattler, etc.

Plus tard est faite la mention de cette affection dans la conjonctive, d'abord, par Kœster, en 1873, puis par Walben, en 1875. Hock (1876) en cita encore deux cas et Haab six nouvelles observations dues à Horner et à Sœmisch.

Des thèses sérieuses, dues à Hesseling (1883), Luc (1883), Remy(1883) traitèrent ce sujet à propos duquel Gayeta, fait une communication au Congrès français d'ophtalmologie en 1885.

Mais la plus récente des découvertes des différentes manifestations de la tuberculose oculaire est la tuberculose cornéenne, qui fait aujourd'hui le sujet de notre thèse.

C'est en 1870 que Gradenigo, en rapportant un cas de tuberculose de l'iris, indiqua dans l'autopsie de son sujet, que la cornée avait participé à la lésion tuberculeuse. Puis le même fait fut signalé par Péris (1873), Herter, Sattler, Weiss (1877), Baumgarten (1878). Parinaud citait un autre cas de tuberculose de la cornée en 4879 et Haensel, d'après les Annales d'oculistique de 1880, donnait au congrès d'Heidelberg,en 1879 une communication intitulée : Contribution à la doctrine de la tubercidose de l'iris, de la cornée et de la conjonctive.

Quelques expérimentateurs avaient fait antérieurement des inoculations de matière tuberculeuse dans cette membrane. Mais il faut arriver jusqu'en 1884, époque à laquelle, dans une séance de la Société française d'ophtalmolog-ie, MM. le professeur Panas et A. Vassaux, chef-adjoint du laboratoire de cet éminent maître, firent une coQimunication si remarquable et si concluante sur la tuberculose de la cornée, pour trouver une description exacte de la marche et de la nature de certains abcès et ulcères tuberculeux qui n'avaient même pas été soupçonnés avant les travaux de ces deux savants éminents.

L'année suivante, en 188^5, furent publiées les recherches et observations de Nicati, Gayet, Roy et Alvarez et Benson que résumaient, en 1886, la thèse du D"" Wojtasiewicz, sous le titre d' Essai sur les rapports de la tuberculose oculaire avec la tuberculose générale et un article du D'" Fontan, professeur à l'école de médecine navale de Toulon, publié dans le n° 10 du Recueil d'ophtalmologie du mois d''octohre de la même année.

Mais, dans toutes ces communications ou travaux qui ont trait à ce sujet, nous ne trouvons qu'une seule observation de tuberculose primitive de la cornée, née et disparue sur place, sans avoir gagné les autres parties constituantes de l'œil, observation rapportée par M. le professeur Panas, et qui offre de nombreuses analogies avec celle que nous avons recueillie nous-même et que nous donnons plus loin.

D'après les études expérimentales de ce savant professeur, la tuberculose de la cornée aurait la marche et les

caractères décrits ci-dessus^ étudiés sur huit lapins ayant subi, dans les deux yeux, pour les cinq premiers l'inoculation de crachats de phthisiques et, pour les trois autres, celle d'un liquide provenant des ulcérations provoquées chez les précédents.

« Le 2'i avril 1884 (1), on pique obliquement la cor- « née d'un lapin avec une lancette imprégnée de virus « tuberculeux. Les six premiers jours, aucun phénomène a inflammatoire ne se révèle et la cornée est toujours « transparente.

« Le septième jour, petite tache blanchâtre, à l'endroit « oii l'inoculation a été faite et quelques vaisseaux le « long du droit supérieur.

« Le huitième jour, injection plus marquée : la cornée, « du côté ou siège la piqûre, devient opalescente et, en « ce point, on voit un petit nodule d'un blanc laiteux, « mesurant environ 1/2 millimètre.

« Le neuvième jour, la tache est plus grande et repré- « sente la forme d'un trèfle : à la loupe, on reconnaît « qu'elle est formée par trois petits points fusionnés en- « semble ; l'opalescence de la cornée Tentoure de tous « côtés et les vaisseaux s'avancent lentement entre les « lames, sous forme de pinceaux très fins.

« Le douzième jour, autour de la tache primitive et « dans la zone opalescente, apparaît un semis de petits « points blancs, irrégulièrement espacés.

« A partir de ce moment, l'opalescence de la cornée

|1) Bulletin et mémoires de la Société française d'ophtalmologie, séance du 28 janvier 18S5. Communication de Panas et A. Vassaux.

« diminue, le vingt et unième jour, elle a complètement « disparu : les petits points, devenus confluents, n'en « ressortent que mieux, la tache primitive a changé d'asti pect, elle est un peu jaunâtre : on dirait un abcès « interstitiel de la cornée.

« Le vingt-deuxième jour, l'épithélium qui recouvre « cette tache se soulève, se desquame et, le lendemain, « une exulcération occupe toute son étendue : les petits « points périphériques grandissent rapidement, quel- « ques-uns se touchent par leurs bords et tendent à se « fusionner.

« Le vingt-troisième jour, l'exulcération a fait place « à une véritable ulcération, qui s'étend en largeur et en « profondeur.

« Une préparation du liquide recueilli en ce point, « montre des bacilles caractéristiques en grand nombre. 1 Les tubercules centraux fusionnés se desquament à « leur tour; il en résulte bientôt une seconde ulcération « qui se réunit à la première.

a Le vingt-septième jour, l'ulcération irréguliêre offre (c un aspect cratériforme à bords déchiquetés, à fond sale, « dans la profondeur duquel on distingue quelques points « un peu plus blancs. Les vaisseaux "capillaires engagés « entre les lames de la cornée et sous l'épithélium de la « membrane de Bowman s^accentuent de jour en jour et « finissent par former un pannus vasculaire s'étendant « sous l'ulcère et, à sa périphérie, le pannus devient « bientôt sarcomateux, si bien que l'ulcération primitive « semble creusée dans le pannus lui-même.

« A celle époque, une nouvelle poussée de points blan-

« châtres apparaît autour du pannus, souvent vers le « centre de la cornée. Ces nouveaux tubercules aug- « mentent rapidement de volume et se rapprochent de « l'ulcération primitive qui commence à se déterger, « vers le vingt-neuvième jour.

« Peu à peu, les vaisseaux cornéens disparaissent, « le pannus s'efface et prend une teinte grisâtre (chair « d'anguille).

« Le quarante-quatrième jour, le pannus, demi-trans- « parent, ne laisse plus apercevoir, dans la profondeur, « que quelques vaisseaux et points grisâtres rares. La se- « conde poussée de tubercules reste stationnaire sans « s'ulcérer et change peu à peu de teinte en prenant « une couleur jaune d'ocre.

« Le soixante-seizième jour, l'ulcère, complètement « détergé à bords arrondis, se recouvre d'un vernis épi- « thélial et se comble peu à peu. Le pannus s'affaisse et « disparaît lentement de la périphérie au centre.

« Le cent septième jour, il ne reste plus que deux vais- « seaux le long du droi t supérieur, venant se terminer en « capillaires très grêles à la périphérie d'une petite éle- « vure de la grosseur d'une lentille, restant du pannus.

« Le cent quarante-cinquième jour, un voile blan- « châtre occupe la place du pannus : on aperçoit encore « quelques capillaires très fms dont la profondeur, ainsi « que quelques extravasats sanguins, se présentent sous d Taspect de petites taches irrégulières rouillées etquel- « ques points albugineux.

« A partir de ce moment, le voile s'éclaircit de plus en « plus, les vaisseaux disparaissent complètement de la

« cornée et de la conjonctive, les hémorrhagies se ré- « sorbent, et le 5 novembre, c'est-à-dire 6 mois et «f 21 jours 1 /2 après l'inoculation, la cornée a recouvré « sa transparence normale, sauf en un point très petit, « proéminant légèrement et à aspect dépoli exulcéré. »

Cette expérimentation si nette et si précise que nous nous sommes plu, à cause de son importance, à retracer textuellement, trouve sa confirmation dans un fait clinique qui nous est encore fourni par M. le professeur Panas, dans la même séance de la Société française d'ophtalmologie : nous ne pouvons mieux faire que de reproduire cette observation en entier :

Observation I Tuberculose primitive de la cornée.

(Panas. Archives d'ophtalmologie, 1885, p. 193).

Une dame de 30 ans, pâle et manifestement lymphatique, vint me consulter pour des douleurs ciliaires vives, qu'elle ressentait depuis peu, à la partie supérieure de la sclérotique de l'œil droit. L'exploration la plus minutieuse de cet œil ne m'ayant rien révélé d'anormal, je prescrivis des lavages chauds et du sulfate de quinine.

Cinq jours plus tard, la malade revint me consulter, et je constatai chez elle une injection sclérale profonde, s'accompagnant de nébulosité légère du quart supérieur de la cornée. Les douleurs ciliaires n'ont fait que s'accentuer. Iris sain ; pupille mobile, rien d'anormal au fond de l'œil, photophobie.

Je prescrivis à la malade des compresses chaudes, de l'atropine en collyre et du calomel à l'extérieur.

Huit jouis plus tard, l'infiltration cornéenne s'était étendue à la moitié supérieure de la cornée ; les vaisseaux épiscléraux s'étaient avancés sur le territoire de la cornée, et, chose particulière un point blanc, ressemblant tout à fait à une granulation tuberculeuse miliaire, s'était montré dans l'épaisseur des lames de la cornée, tout près du limbe.

A ce point s'en ajoutèrent bientôt deux autres, puis encore de nouveaux jusqu'à ce qu'enfin le quart supérieur de la cornée devint le siège d'un ulcération pulpeuse, jaunâtre, rappelant les ulcères tuberculeux des muqueuses.

L'ulcération serpigineuse en question faisait des progrès constants, en avançant toujours vers le centre de la cornée, et elle ne s'est arrêtée qu'après avoir atteint la conjonction du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de cette membrane.

Chose digne de remarque : chaque nouvelle étape de l'envahissement de l'ulcère était précédée de l'apparition de points tuberculeux, analogues à ceux décrits précédemment. Ces points en se fusionnant entre eux, puis en se liquéfiant, détruisaient de proche en proche le tissu de la cornée.

Comme pour confirmer mes soupçons sur lanatuie tuberculeuse de l'affection que j'avais sous les yeux, la malade s'est mise à tousser, à maigrir et à ne plus bien digérer. Nuits mauvaises, avec sueurs ; mouvement fébrile léger. Pour tirer au clair la question de l'apparition delà maladie, je priai mon collègue et ami M. Brouardel, de me donner son avis. Pour lui comme pour moi, bien que les signes stéthoscopiqucs fussent négatifs, il était probable que nous avions affaire à une poussée tuberculeuse imminente dans les poumons. Tous deux nous fûmes frappés aussi de la physionomie tuberculeuse des lésions cornéennes, telles que je lésai décrites précédemment.

Il n'a pas fallu moins de trois mois pour que la large ulcération en question de la cornée se cicatrisât, laissant après elle un albugo qui, bien que diminué, gène la vision depuis bientôt trois ans et nécessitera tôt ou tard une iridectomie optique.

Finalement donc le mai s'est arrêté, l'ulcère délergé a fini par

se cicatriser sans que le mal se soit propage dans d'autres tissus de l'œil.

La malade est aujourd'hui bien portante et depuis trois ans qu'elle vit au bord de la mer, rien ne fait supposerqu'une nouvelle menace tuberculeuse doive se réaliser.

D'après ces inoculations et de l'observation précédente, nous pouvons diviser en différentes périodes l'évolution de la tuberculose dans la cornée.

La première sera la période d'incubation, pendant les 8 ou 10 jours qui suivent l'inoculation, la cornée garde son aspect normal.

La seconde période sera celle d'évolution et de propagation. Les tubercules se montrent, s'agrandissent jusqu'à soulever l'épithélium. Puis, arrivés au summum de leur évolution, ils se reproduisent en émettant, autour d'eux de jeunes colonies qui se relieront bientôt au tubercule primitif, pour s'ulcérer avissi et produire de vastes ulcérations qui représenteront la 3® période. Parvenus en effet, au terme de leur développement, les produits tuberculeux se ramollissent, se désagrègent, en détruisant les tissus où ils se sont implantés et en laissant de plus ou moins grandes pertes de substance.

Arrive enfin la 4^ période, celle de réparation. Grâce au pannus dont les vaisseaux viennent nourrir les parties ainsi compromises par le tubercule, l'ulcération ne tarde pas à se déterger : de plaie spécifique qu'elle était elle devient plaie simple et, dès lors, tend à la réparation et finit par se cicatriser. La guérison est le mot de la fin mais, avec une perte de substance plus ou moins consi-

dérable : rien ne rappelle la texture du tubercule, ni bacille ni dégénérescence granuleuse et si ce n'était un albugo qui subsiste comme vestige de cette affection, rien ne dénoterait son passage dans Fœil, dont toutes les parties sont restées indemnes.

Voilà ce que l'on pourrait appeler le type classique, normal, de la marche de la tuberculose primitive de la cornée. Mais, à côté de ce fait si bien défini, nous trouvons d'autres faits de même nature qui semblent différer un peu, par la variabilité du processus, dans le plus ou moins de temps mis à accomplir ses différentes périodes, soit que la durée de ces périodes ait été subordonnée à la violence et au nombre des générations successives de tubercules, soit que la gravité des phénomènes et leur intensité aient accusé une évolution plus prononcée ou une réparation plus lente.

C'est ainsi que certaines ulcérations ont revêtu une allure serpigineuse, phagédénique au point de détruire la presque totalité de la cornée et de la perforer. D'autres fois, les effets de l'inoculation ont été excessivement bénins, à tel point, que l'ulcération a manqué, bien que Ton ait été assuré du fait de l'inoculation ; la guérison. s'est effectuée sans perte de substance, laissant à peine un léger néphélion.

Que devenait, pendant ce temps-là, l'organisme de ces animaux soumis à ces expériences? Là est, je crois, le point essentiel à noter et qui devra nous servir à conclure à la fin de ce travail.

En effet, nous remarquons que, de toutes ces ulcérations spécifiques bien déterminées, pas une ne s'est pro-

pagée aux tissus voisins ; les lésions sont restées localisées à la cornée et ont guéri sur place.

Bien plus, Torganisme tout entier n'a pas eu à en souffrir, à tel point que les animaux soumis à ces expériences et observés pendant % 4, 6, 8 mois, et placés dans des conditions hygiéniques peu favorables, n'ont présenté aucun cas de généralisation de l'affection ni dans l'œil lui-môme, ni dans les autres parties de leurs viscères.

Cependant, chez deux d'entre eux, à l'autopsie, on remarqua quelques tubercules à la base des poumons.

Mais on sait que, chez les lapins, il n'est pas rare de constater de semblables lésions, même chez ceux qui sont placés dans les conditions les meilleures au point de vue de la nutrition.

Nous pouvons dire, d'après ces expériences, et d'après les deux observations qui font la base de notre thèse, celle de M. le professeur Panas et la nôtre, que nous donnons ici, que la tuberculose a débuté dans la cornée, y est restée limitée, y a guéri spontanément et n'a jamais provoqué de généralisation.

Observation II (personnelle)

(Kecueillie dans le service de M. le D' Brunschwig, à l'hôpital du Havre.)

Tuberculose primilive de la cornée.

La nommée Lem... (Héloïse-Marie) est âgée de 15 ans et demi ; née à Yporl, elle habite le Havre, avec ses parents, depuis près de sept ans.

Son père, âgé de 55 ans, jouit d'une bonne santé habituelle.

Sa mère est morte, huit jours après ses couches, à l'âge de 38 ans (il y a il ans), après avoir mis au monde son huitième enfant.

Ce dernii^r enfant a succombé à la diphtérie (?) quinze jours après sa naissance.

Notre malade a encore trois sœurs et deux frères, qui vivent et se portent bien : l'aînée, une fille, est morte sans que nous puissions avoir de renseignements sur l'affection à laquelle elle a succombé; elle était âgée de 12 ans.

Héloïse Lem . .. est la quatrième enfant : l'aînée des sœurs a 20 ans, l'autre 13 ans et demi et la dernière 11 ans. Les deux frères ont, l'un 22 ans, et le second 18 ans.

Nous ne découvrons nulle part, dans la famille, d'antécédents héréditaires.

La jeune fille dit n'avoir jamais été malade antérieurement; elle a l'aspect assez robuste pour son âge. Notre investigation du côté des dents ne nous laisse découvrir rien d'anormal.

La malade elle-même, est auscultée très attentivement : elle ne présente rien d'anormal dans aucun de ses organes : les poumons sont sains. Cependant, nous remarquons un ganglion assez volumineux à chaque augle du maxillaire inférieur ; il n'y a pas de ganglion préauriculaire.

Taille de la malade : 1 mètre 45 centimètres.

Elle entre une première fois à l'hôpital, le H février 1885, pour une kératite parenchymateuse des deux yeux.

On institua le traitement ordinaire de cette affection, c'est-àdire, collyre d'atropine, compresses chaudes, régime tonique, vin de quinquina, huile de foie de morue, en y adjoignant l'iodure de potassium à l'intérieur, alterné avec le sirop de Giberl. La jeune fille sortit guérie, avec des néphélions des deux cornées, le 19 juin de la même année.

Le 30 octobre suivant, elle revint à la consultation de l'hôpital, pour une nouvelle affection que présentait l'œil gauche seul, et pour laquelle elle entra salle Sainte-Hélène, lit n° 8.

Celte nouvelle affection, pour laquelle elle venait consulter, remontait, suivant son dire, à trois semaines environ.

A ce moment, on voyait, à la partie inféro-inlerne de la cornée de cet œil, une large ulcération, recouverte d'un enduit pulpeux gris jaunâtre ; une autre ulcération, de même aspect et certainement de même nature, siégeait à la partie inféro-cxterne de la cornée, mais elle était de beaucoup plus petite dimension que celle de la région interne. A chacune de ces ulcérations se rendait un pinceau vasculaire de peu de largeur.

Il n'y avait, pour ainsi dire, pas de photophobie : la malade ne se plaignait d'aucune douleur.

Le diagnostic porté à l'entrée fut celui de tubercules de la cornée, aveç un point d'interrogation. Ces ulcérations, comme aspect, comme réaction, ne présentaient absolument rien de commun avec les affections de la cornée d'origine strumeuse ou de tout autre nature.

Ce diagnostic devait être confirmé par des recherches spéciales (jue nous allons indiquer plus loin.

Le traitement suivi les premiers jours fut : un collyre de sulfate neutre d'ésérine de 0,05 centigrammes pour 10 grammes d'eau distillée, dont on faisait trois instillations par jour, des compresses chaudes d'acide borique toutes les heures pendant dix minutes, -et entre les paupières, on inséra, trois fois par jour, la pommade à l'iodoforme, de la formule :

lodoforme ) ,

aa 5 grammes.

vaseline.. ^

On insista sur le traitement interne, composé d'huile de foie de morue, et d'arsenic sous forme delitiueur de Fo^vler.

Le 12 novembre, l'état de l'ulcération était à peu près stationnaire : il y avait une vascularisation très légère et aucune réaction. Après anesthésie par la cocaïne, on fit un grattage superficiel de l'ulcération, et les produits du grattage, furent soumis à l'examen bactériologique.

Ce premier examen ne donna aucun résultat.

Le lendemain de cette opération, le 13 novembi e, on ne cons-

tata aucune réaction résultant du grattage : les vaisseaux internes, toutefois, étaient un peu plus nombreux.

Une amélioration assez sensible se produisit le 20 novembre, le même traitement étant continué.

Le 26 novembre, le collyre de sulfate d'ésérine est remplacé par un collyre de sulfate d'atropine à 0,03 centigrammes pour 10 grammes d'eau distillée.

Le 16 décembre, notre chef de service, M. le D'' Brunschwig, se décida à faire un nouveau grattage plus profondément que le précédent.

On recueillit les nouveaux produits de cette opération, dont on fit deux parts : la première devant être injectée dans le péritoine d'un lapin, au aïoyen d'une seringue de Pravaz flambée et stérilisée au préalable, la seconde devant être soumise à un nouvel examen micrographique.

Cette fois, nous fûmes plus heureux dans notre examen, car nous pûmes observer, après la préparation habituelle en pareil cas, les bacilles caractéristiques de la tuberculose.

Le 21 décembre, la pupille se dilatant très peu, le collyre d'atropine à 0,03 centigrammes pour 10 grammes d'eau, est remplacé par un collyre au centième.

Le 21 janvier, nouvel examen micrographique après un troisième grattage : cet examen laisse observer à nouveau le bacille caractéristique de la tuberculose.

Le même jour, c'est-à dire un peu plus d'un mois après l'inoculation, nous sacrifions le lapin, dans le péritoine duquel nous trouvâmes la confirmation du diagnostic porté. Le péritoine, en effet, était injecté fortement et les ganglions mésentériques envahis par le bacille de la tuberculose, ce que nous démontra un examen micrographique de ces ganglions. Le tubercule ne s'était manifesté nulle autre part dans l'organisme de l'animal, si ce n'est en quelques points disséminés dans les poumons.

Continuation du même traitement.

Le 20 février, on remarque une amélioration sensible et une diminution marquée de l'ulcération située à la partie interne de

l'œil : celle située à la partie externe est complètement cicatrisée,

TiOmme le traitement suivi jusqu'à ce jour avait donné les meilleurs résultats, il n'y avait aucune raison de le modifier; aussi est-il continué jusqu'au 27 mars, jour où l'cxeat est donné à la malade, par M. le docteur Brunschwig, notre chef de service, qui avait reconnu la complète cicatrisation des deux ulcérations.

Nous tenions à savoir ce que cette jeune fille était devenue et surtout si aucune autre manifestallon tuberculeuse ne s'était produite dans l'organisme, en môme temps que nous verrions s'il n'y avait pas de récidive du côté de la cornée.

Aussi le 5 mars 1887, c'est-à-dire une année environ après sa sortie de l'Hôpital, nous lui fîmes connaître notre désir de la voir et c'est alors qu'elle voulut bien se rendre dans le cabinet de M. le docteur Brunschwig, où elle tut soumise à un examen approfondi, qui nous donna les résultats suivants:

Notre ancienne malade, qui est employée comme bonne dans un débit de boissons, n'a subi aucun traitement depuis sa sortie de l'Hôpital. Son état général est resté excellent: elle n'a été soignée pour aucune affection; seulement, nous remarquons que les ganglions situés aux deux angles du maxillaire inférieur, sont encore très manifestes et que celui de gauche est un peu plus volumineux que celui de droite : nous conseillons à cette jeune tille, l'usage continu de l'huile de foie de morue.

Elle n'a pas encore vu ses règles et rien ne laisse pressentir leur venue prochaine.

L'œil gauche présente un aspect assez terne, dû à un néphélion s'élendant sur la moitié inférieure de la cornée, prenant la forme d'un cœur de carte à jouer, dont l'ouverture médiane correspondrait au niveau de la pupille, à sa partie supérieure.

Les cicatrices de ses anciennes ulcérations tuberculeuses sont marquées par une teinte beaucoup plus blanche, qui se rapproche du leucome, celle placée à la partie inféro-interne, couchée obliquement de haut en bas et de dedans en dehors a la forme

d'une ellipse dont le grand axe suit celte direction et mesure 6 millimètres : le petit axe a 3 millimètres: celle placée à la région inféro-externe est presque circulaire et a 2 millimètres de diamètre. Du côté gauche, la chambre antérieure est plutôt diminuée; le côté droit présente un néphélion beaucoup moins étendu qui tient également la partie inférieure de la cornée, en empiétant un peu sur la pupille.

L'acuité visuelle de OD = 1/4 ; pour OG à 2 mètres V r=

A l'astigmomètre de Javal et Schiôtz :

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