I.k: I. VIIN DANS l.ES !«t.\Il>AlUb:S
nirromiaîlic la spiciulcur dos U'ilics antiques cl le cliaiiiic e\t|uis ilu ((iiMiiieice des muses jj^recques it latines. M(»i aussi. j<' pn-niirais plaisii- à et'li'l)i-er les ijicnfaits de it-ducation classi(iue, à joindie ma \(ii\ au chœur des disciples (|ui chantent ces maîlies immortels de l'art décrire et de penser. Mais le cullc du beau ne doit pas nous faire négliger la culture de futile. IVut-ètie aussi est-ce rendre aux Muses un hommage plus délicat que ne point pousser dans leur temple une l'ouïe trop nt)nibreuse pour n'être pas un peu profane ». Telle est aussi, au fond, la conclusion de la grande Eivinètc sur l'cimcigiiemcnl secondaire, si habilement conduili' par M. llibûl en 18'J'J : les lettres anciennes sont incomparables, leur pouvoir éducateur est sans égal, elles seront toujours cultivées par l'élite ; mais, pour la masse, on se bornera à des programmes plus immédiatement utilitaires. Et c'est dans cette ligne de pensée, accentuée encore par l'esprit sectaire, qu'ont été créés les cycles divers de notre nouvelle organisation scolaire. Et qu'on n'objecte point certain discours bruyant, prononcé en Sorbonne le 7 mai 18U8 par M. Jules Lemaître, en faveur de l'éducation sans les langues classiques ; l'orateur, chaussant des idées de circonstance, y a dit : u J'ai appris pendant dix ans le grec et le latin, et je ne sais pas un mot de grec et de latin ; je ne dois rien au latin, pas même le talent d'écrire en français » ; il était à la fois plus fidèle à luimême et plus vrai, lorsqifil écrivait dans Les Débals du 14 mai 1894 : (( Si je sais le français, c'est en grande partie parce que. je sais le latin ; parmi nos grands artistes, ceux dont la langue est sûre, sont à des degrés divers des latinisants ».
De toutes ces considérations si hâtivement présentées, je conclus que, s'il y a une éducation où le latin doit rester en honneur, c'est l'éducation des clercs. L'Eglise veut — et elle a raison — que ses clercs soient l'élite de la société où ils vivent, qu'ils se distinguent entre tous par l'élévation de leur intelligence, qu'ils aient ce prestige qui s'attache à une culture supérieure : quand même les langues classiques seraient te-
nues pour inutiles au\ autres carrières, elles devraient être considérées comme essentielles à la carrière ecclésiastique. En devenant chez les clercs une force pour l'Église, les lettres latines seraient préservées du mépris et de l'oubli ; et, si la génération présente, ingrate, les dédaigne et les rejette pour un temps, les âges futurs recueilleront de nos mains cet héritage de l'humanité passée, comme le xvi* siècle le recueillit des mains des savants moines du moyen »ge. Sauvant le latin, nous ferons une œuvre éminemment humaine.
2. J'ajoute que nous ferons une œuvre éminemment française. Car, si Victor Cousin a pu écrire que, « sans la connaissance de la langue et de la littérature latines, tout homme est comme étranger dans la famille humaine », à plus forte raison pourrait-on dire qu'il serait un étranger dans la famille française. C'est un point de vue que personne n'a développé aAcc plus d'éloquence que Brunetière dans son article de la Revue des Deux Mondes, du 15 décembre 1885.
Il est hors de doute qu'une nationalité conserve son caractère propre et sa vie personnelle par la fidélité à ses traditions : « C'est autour d'une tradition, dit Brunetière, que se sont groupés et formés les hommes en corps de nation. Ce sont leurs traditions qui empêchent les peuples, à chaque moment de leur vie collective, de se désagréger pour se disperser en poussière ; c'est le prix qu'ils attachent à leurs traditions qui est pour eux le seul gage d'avenir et leur unique promesse de durée... Tous les maux sont moindres, pour un peuple, que la perte de ses traditions... On oublie, dans cette guerre aux traditions, que l'humanité, selon le beau mot du philosophe, se compose en réalité de plus de morts que de vivants ; que la solidarité des nations à travers les âges de l'histoire est le lien même des sociétés, si peut-être elle n'en est pas la cause ; et que la civilisation ne difTère de la barbarie par rien tant que par l'étendue, la nature et l'antiquité des traditions qu'elle représente et qu'elle continue (p. 880-881). »
Par ailleurs, il n'est pas moins vrai que la langue est par
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oxcollonce le Iwmi de l'iiiiilt'- iialioiialc : c'est elle qui allaclic lous les éléi)ients du piésoiit en un luème faisceau ; c'est elle qui luainlieîit dans le souvenir et dans les nidîurs tout le passé. i)u'\ ne \(n[ qur] |)iiissaiit lien d'iiiiilé est le lan^M^^e ? Sont un même jXMiple tons ceuv (jni parlent une même langue, (l'est pouicpioi les nations soucieuses de s'étentlie répandent la connaissance de leur lanj^jne. La loice de la Franc(; était autrefois dans la din'usion du fran(;ais. I/Angleterre l'a, de ce chef, depuis longtemps su|i[)lantée. L'Allemagne étend, à cet égard, cha(pie jour ses conquêtes, et jus(pie dans notre propre sein. Par la langue pénètrent les idées, les sentiments, les préjugés, les instincts, et aussi les traditions qui font un peuple. Caries traditions elles-mêmes sont incarnées dans la langue ; elles sont exprimées dans les chefs-d'œuvre littéraires, elles sont conservées dans les documents hisloriqvies, elles sont incrustées jusque dans les mots et les idiotismes. On a dit qu'un homme est de tous les peuples dont les littératures lui sont ouvertes et dont il parle les langues, de sorte qu'apprendre une langue nouvelle c'est élargir d'autant son horizon ; de même on peut dire d'une nation qu'elle cesse de s'appartenir, lorsqu'elle répudie sa langue, et qu'elle passe sous le joug du peuple dont elle adopte le langage.
Ces principes sont gros de conséquences pour le sujet qui nous occupe. Car, dit Brunetière, « nous sommes Latins foncièrement, éminemment Latins, certainement plus Latins que les Espagnols, peut-être plus Latins que les Italiens... Notre histoire est celle d'une longue lutte soutenue sur le sol gaulois par l'élément latin contre le germanique, et nous ne pouvons la comprendre qu'avec le secours du latin ». Nos origines sont tellement latines, que le latin est pour nous (( le seul moyen de pénétrer dans notre histoire », et que « le latin tout seul nous ouvre plus de portes sur l'antiquité que toutes les autres langues ensemble ». Nos institutions sont latines, puisqu'elles prennent leur source dans le Droit romain, dans le Droit canon, et dans les coutumes du long et multiple moyen âge
qui fut tout latin. Xotro langue est latine : les mots portent l'empreinte de leur origine ; notre phrase, si latine jusqu'à la fin du ivn' siècle, demeure marquée du sceau romain, même dans l'élégante allure qu'elle a prise depuis plus d'un siècle. Si étroit est le lien du français et du latin, que Bossuet disait : (( Ce que j'ai appris de style, je le tiens des livres latins et un peu des grecs » ; et que La Harpe de son côté afiirmait que (( c'est dans Cicéron qu'il faut apprendre à parler français ».
Pour notre langue, pour nos institutions, pour nos traditions,, pour notre histoire, il importe donc que nous. Français, nousrestions fortement attachés au latin. Que le latin vienne à disparaître de notre éducation, que l'usage en soit aboli parmi nous, aussitôt notre langue sera menacée dans sa pureté, n'étant plus préservée, par ses attaches à ses racines, de l'envahissante influence des termes saxons et teutons ; — aussitôt jios institutions seront entamées dans leurs caractères traditionnels, n'étant plus ^iviflées par la sève de leurs origines mêmes, mais étant livrées sans défense aux formidables courants des idées sociales, si inconsistantes, de l'heure présente ; — aussitôt notre histoire elle-même tombera dans l'oubli, les sources où elle s'apprend restant fermées pour nous, et l'on pourra, sans crainte d'être contredit, faire dater nos commencements de la Révolution française. ?sous ne resterons Français qu'à la condition de rester latins, et nous ne resteronslatins qu'à la condition de conserver chez nous la connaissance et l'usage de la langue latine.
ÏNous n'en concluons pas que tout le peuple doive savoir le latin, ni que le latin doive s'enseigner dans toutes les écoles. Mais les esprits d'élite, les esprits destinés à diriger l'âme du pays, doivent être trempés dès leur jeunesse dans la langue latine, tant ceux qui façonnent la langue que ceux qui créent les institutions et modèlent les mœurs.
Et comme il n'existe aucun corps qui tienne plus à honneur d'être français et de maintenir l'âme fiançaise dans sa per-
i.r. i.\Ti\ i»v\s i.Ks si';minmiii:s 'MV.i
sonnaliu'" Iradilioiiiicllo (|ii(' le corijs du cIoi'^m', il n'en ost point ((iii (l(n\o plus srnipiil(Mis(MiuMil coiisoivor dans son (''ducati(i:i l'iisa^o du lalin.
DailltMiis. en dcnuMiianf , ])ar le lalin. ])lus lonciôreiiionl l''ran(,"ais, les pirtics dcN icndiont aussi par là ])lus cnicacoruoiil romains.
'.\. A sotitonir la oultuic latin(\ nous fiMons enfin une oMivrel'-isonliclleniont cal/nilifiiu'. u L'étude de la langue latine, disait Mgr Dupanloup (Haute éducation, t. I, p. 132) est quelque chose de si important pour l'Eglise catholique, qu'on peut dire que l'usage pratique de cette langue n'est rien moins (.[uc la sauvegarde et le boulevard de ses plus chers intérêts ». Aussi est-il à remarquer que les ennemis de l'Eglise sont aussi les eiuieniis du latin. Les réformateurs du xvi' siècle ont déclamé contre l'enseignement des lettres latines, et,, quoique le latin fût encore une langue vivante de leur temps, ils supprimèrent l'usage de la prière latine, espérant ainsi séparer plus sûrement de Rome tous leurs adeptes. La Révolution, au moment où elle se livrait aux fureurs les plus impies, proscrivit l'enseignement du latin dans les collèges. Nos derniers programmes français d'études, qui portent au latin une si profonde atteinte, sont de même — personne ne l'ignore — d'une inspiration très antireligieuse. Pourquoi faut-il aussi faire observer que, dans les pays catholiques, les partisans des innovations dangereuses ont le plus souvent déclaré la guerre au latin ?
Au surplus, regardons-y de près. Etudions à quel point la connaissance du latin importe à la vraie vie de l'Église, et quel dommage elle subirait, si l'usage s'en perdait parmi ses clercs.
a) Et d'abord, c'est en latin que l'Eglise prie : en latin qu elle célèbre l'auguste sacrifice de la messe, qu'elle engendre ses enfants à la foi par le saint baptême, qu'elle bénit les époux, qu'elle consacre ses ministres, qu'elle aide les agonisants dans leurs derniers combats, qu'elle intercède
pour les morts, qu'elle sanctifie tous les objets à l'usage des fidèles ; en latin que les ministres sacrés s'acquittent du devoir public de la prière au nom de toute l'Eglise, que les Offices liturgiques sont célébrés dans tout l'univers ca- Ibolique ; en latin, donc, que le chrétien fidèle parle à Dieu. 11 est vrai que, dans plusieurs liturgies orientales, l'usage de la langue nationale est autorisé : mais, outre que ce sont simplement les restes du passé et que ces langues liturgiques sont définitivement fixées, ce privilège — si privilège il y a — est restreint à un tout petit nombre de fidèles et ne s'étend jamais aux nouvelles conquêtes de l'Eglise, comme l'Amérique, rOcéanie et l'Extrême-Orient. 11 est vrai aussi que l'Église bénit certaines prières, que les fidèles aiment à réciter dans leur langue nationale, et dont ils comprennent ainsi plus aisément la teneur religieuse : mais ces formules restent privées, elles n'entrent pas dans le culte officiel de l'Eglise : ellessont concédées, jamais imposées.
Or cette unité de la langue liturgique n'est pas seulement belle, elle est à certains égards indispensable. Grâce à cette unité de la prière, le catholique, en quelque lieu du monde qu'il voyage, n'est étranger dans aucune église. Il reconnaît ses rites sacrés, il entend la langue des offices, il s'associe à la prières des prêtres, il sait répondre aux invocations des ministres des autels. Son àme a la sensation d'être en harmonie avec les âmes qui prient chez tous les autres peuples : grâce à l'unité de langue, il sent qu'on invoque partout le même Dieu, qu'on exprime partout la même supplication, qu'on se retrouve partout dans la même famille religieuse. Est-il rien de plus beau et de plus touchant que cette fraternité établie par l'unité de langue entre toutes les races humaines ? Est-il malaisé d'en conclure que c'était nécessaire : nécessaire pour que la prière chrétienne, expression et gardienne de la foi, restât la même à travers les siècles qui se succèdent et en dépit des langues nationales si multiples qui naissent et meurent avec les peuples qui les parlent ;