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COMBIEN I.V DÉCMÉVNCE 1)1' I,\ri\ EST DOMMAGEABLE
(^)naiul Home (>\all(' le laliii ol nous presse d'en relever chez nous l'usage, soyons surs (ju'elle souticinl une grande cause : sa cause sans doule. mais aussi la cause de l'humanité et la cause de notre nationalité française. Car la chute du latin entraîne un amoindrissement de l'éducation humaine, entame notre caractère national en nous déracinant de notre sol naturel, énerve la force religieuse de l'Eglise en brisant ce lien d'unité qu'est la langue commune.
1. Je dis d'abord ((ue la chute du latin entraînerait un amoindrissement de l'éducation humaine. Si c'est l'Eglise qui empêche le latin de périr, elle aura encore rendu ù l'humanité un service de premier ordre. Il n'entre pas dans mon sujet de développer cette considération. D'ailleurs, nous sommes tous persuadés de la puissance éducalrice des classiques anciens, et principalement des auteurs latins. Nous connaissons les éloges qu'en ont faits les plus grands esprits depuis le xvi" siècle; nous avons lu les belles pages où Mgr Dupanloup, dans son traité de l'Education, exalte les classiques et met en relief la particulière aptitude du latin à rendre les esprits vigoureux; nous savons que, de tout temps, l'Eglise a revendiqué le droit de tremper l'intelligence de ses clercs dans le commerce des Anciens, et spécialement des Latins. C'est du latin que parlait Léon XIII, lorsque, dans sa lettre du 8 décembre 1899 au clergé de France, il disait : « C'est le propre des belles-lettres... de développer rapidement dans l'àme des jeunes gens tous les germes de vie intellectuelle et morale, en même temps qu'elles contribuent à donner au jugement de la rectitude et de l'ampleur, et, au langage, de l'élégance et de la distinction ». Ce qui donne aux auteurs latins cette puissance éducatrice, c'est que, par un mérite tout singulier, ils sont moins l'expression
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d'une race, d'un peuple, d'un siècle, que l'expression de l'homrnf^ même, tel qu'il doit être ou tel qu'il est chez tous les peuples et à travers tous les temps. La littérature latine est moins cellede Rome que de l'humanité. Plus que tout autre, elle est un écho de la raison humaine; l'homme universel s'y reconnaît, parce qu'il y retrouve les sentiments qui constituent le fond de sa nature. C'est pourquoi Joubert disait des Anciens, qu'ils rendent « l'esprit plus beau, le goût plus pur, le sens pins droit, la langue plus ornée, l'âme plus délicate... » Brunetière^ faisait remarquer (Revue des Deux Mondes, 15 décembre 188o), qu'on sent trop l'Anglais dans Shakespeare, le Français dans Molière, l'Allemand dans Goethe, qu'il faut aller chez les Latins pour trouver l'homme. Et, dans le même sens, M. Fouillée a écrit : u L'anglais et l'allemand ont un caractère trop contemporain, trop commercial et industriel, pour devenir facilement des objets d'esthétique et de littérature pure ». (L'enseignement au point de vue national, p. 197). Pour lui aussi, ce sont les lettres latines et grecques qui sont vraiment humaines.
Ces idées, messieurs, sont encore communément admises chez nous. En dépit de certaines apparences contraires, l'opinion des gens éclairés rend toujours hommage à la supériorité de la culture classique. A la fin du second Empire, Duruy introduisit dans l'éducation nationale ce qu'on appela l'enseignement moderne, d'où les langues anciennes étaient bannies pour céder la place aux sciences positives et aux langues vivantes ; mais ce n'était qu'une branche de nos programmes officiels, à l'usage de ceux qui optaient pour les carrières commerciales et industrielles, et les langues classiques restaient obligatoires, pour tous les jeunes gens qui se destinaient aux carrières libérales. En 1885 parut un livre qui fit grand bruit, La question du latin, de Raoul Frary,. où l'auteur sembla à nombre de lecteurs déclarer la guerre au latin ; mais, dès le début de son livre, p. 15, M. Frary faisait une déclaration qui aurait dû rassurer les plus chatouilleux amis des classiques : « Je ne suis pas assez barbare pour