CONCLUSIONS
La présence du bacille d'Eberth dans les déjections — fèces, urines — des typhiques, paraît être constante, c'est du moins ce qu'autorisent à supposer les constatations faites depuis que nous sommes en possession de procédés perlectionnés pour la recherche de ce bacille dans les excrela.
Cette excrétion du bacille d'Eberth ne prend fin qu'un certain temps après la défervescence. Dans la grande majorité des cas (66 %). elle ne persiste pas au delà du vingtième jour qui suit la cessation de la fièvre.
Dans environ un tiers des cas, elle se prolonge au delà de ce terme, pour persister pendant des semaines et des mois, exceptionnellement pendant des années.
Ainsi s'établit une infection éberthienne latente, qui peut devenir une source de contagion typhique. On a donné le nom d’'EXCRÉTEURS CHRONIQUES DU BACILLE D'EBERTH (Dauerauscheider), aux personnes qui réalisent des exemples de ce microbisme latent, consécutif à une atteinte de fièvre typhoïde.
Celte même infection éberthienne latente se rencontre chez des personnes qui, s'étant trouvées en contact avec des tvphiques, n'ont jamais présenté, à leur su
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ou au su de leur entourage, des symptômes ayant donné lieu de croire à une atteinte de fièvre typhoïde. C’est aux personnes de celle seconde catégorie, que certains auteurs allemands ont prétendu réserver la dénomination de BACILLIFÈRES ÉBERTNIENS (Bazillentraeger).
Etant donnée la multiplicité des formes cliniques de la fièvre ytphoïde, étant donnée aussi la bénignité que cette maladie peut revêlir, chez les enfants surtout, le doute subsisie relativement à Ia question de savoir si l'infection éberthienne latente, réalisée par les sujets de cette seconde catégorie, est réellement primitive, si elle n'est pas un simple résidu d’une attemte antécédente de fièvre typhoïde.
Quoi qu'il en soit, la distinction établie par certains auteurs allemands, entre les excréteurs chroniques du bacille d'Eberth (anciens typhiques) et les bacillifères éberthiens qui sont censés n'avoir jamais eu la fièvre typhoïde, importe peu, au point de vue pratique. L’essentiel est de savoir que les uns el les autres excrètent des bacilles d'Eberth et peuvent également concourir à Ja propagation de la fièvre typhoïde, propagation par contact, où propagation médiate et par l'intermédiaire du lait principalement.
La notion du microbisme latent réalisé par ces deux catégories de porteurs chroniques du bacille d’'Eberth éclaire d’un jour nouveau la genèse de certaines endémies de fièvre typhoïde, réfractaires aux mesures de prophylaxie qui visent exclusivement la propagation de
cette maladie par l’eau.
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Sans s'exagérer le rôle des porteurs chroniques du bacille d'Eberth, il y a lieu d'en tenir compte, chaque fois que, dans une ville ou dans un quartier urbain, dans un ou plusieurs villages, dans une caserne, dans un asile, la fièvre typhoïde s’est en quelque sorte implantée à demeure et revêt des caractères épidémiologiques bien différents de ceux qu'on lui trouve lorsque sa propagation se fait par l'intermédiaire de l'eau. En ce cas, une enquête destinée à dépister les porteurs chroniques du bacille d'Eberth s'impose.
La seule mesure réellement efficace pour couper court au danger de contagion typhique, qu'entretiennent autour d'eux et même loin d'eux les porteurs chroniques du bacille d'Eberth, consiste dans l'isolement des intéressés. Actuellement, nous ne connaissons pas de médication interne, à l'aide de laquelle 1l nous est loisible d'obtenir la suppression relativement rapide du microbisme latent réalisé par les sujets en question. Néanmoins, il est indiqué de recourir aux pratiques, — administration des cholagogues et des purgatiis, lavages de la vessie avec une solution de permanganate au 1/200, — dont l'emploi persévérant peut concourir à l'obtention de ce résultat : cela sans préjudice des mesures de précautions à recommander et, si possible, à imposer aux bacilhifères éberthiens : nettoyage minutieux des mains, après chaque délécation ; désinfection des fèces et urines, qui devront être recueillis dans des récipients SpéCIaux.
Etant donné que beaucoup de porteurs chroniques du
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bacille d'Eberth sont d'anciens typhiques, il y aurait lieu de rechercher systématiquement, à des intervalles déterminés, la présence de ce bacille dans les déjections des personnes qui relèvent d’une atteinte de fièvre typhoïde, sauf à exercer une surveillance spéciale sur celles qui continueraient d’excréter le bacille au delà du terme (20° jour après la défervescence) habituel. À vrai dire, une telle conduite est difficile à mettre en pratique dans la clientèle civile.
Les recherches récentes concernant l'épidémiologie de la fièvre typhoïde ont démontré qu'une importance par trop exclusive a été attribuée au rôle de l’eau, dans la propagation de cette maladie, et qu’on a trop perdu de vue le rôle qui revient à la contagion par contact et à la contagion propagée par certains aliments, en tête desquels figure le lait. Une plus juste appréciation de l'importance respective de ces différents facteurs aura vraisemblablement pouf conséquence de rendre plus efficace la lutte entreprise, de côtés et d’autres, contre les ravages de la fièvre typhoïde.
Vu : Le Doyen de la Faculté, Vu : Le président de la thèse, P. Lanpouzy. DIEULAFOY.
Vu et permis d'imprimer, Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, L. LraR».