B. — EXCRÉTION PAR LES VOIES URINAIRES
BACTÉRIURIE ÉBERTHIENNE.
Eu égard à son degré de fréquence et au rôle qui lui revient dans la propagation de la fièvre typhoïde, elle
serait, au dire de certains auteurs, à mettre sur le même rang que l’excrétion par la voie rectale.
a) Historique. Fréquence el marche de la bactériurie éberthienne. — La présence du bacille d'Éberth dans les urines, au cours et pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, a été signalée pour la première fois par le prof. Ch. Bouchard (2) en 1881, au Congrès international des sciences médicales de Londres : la recherche de ce bacille dans les urines de 65 malades où convalescents avait donné un résultat positif dans 21 cas.
En 1886, le D' Seitz (51) dans ses études bactériologiques sur l'étiologie de la fièvre typhoïde relatait deux exemples de la bactériurie typhique : celle-ci coïncidait du reste avec une néphrite aiguë.
Dans une étude, en langue russe, sur l'affection bactérienne des reins chez les typhiques, Konjajeff (32), mentionnait la présence du bacille d'Eberth, dans les urinés des typhiques. À vrai dire il n'avait pu la constater que chez 3 malades sur 20, et Hueppe (25) seulement chez 1 malade sur 16.
Dans une communication de H. Neumann (42), à la société de médecine de Berlin, on trouve dés renseionements très intéressants sur la bactériurie éberthienne. L'auteur de cette communication imsistait sur ce que le nombre des bacilles d'Eberth contenus dans les urines des typhiques était susceptible de varier entre des Hmi-
tes très vastes. Ils étaient très rares dans 3 des 48 cas
examinés par Neumann. Au contraire, dans 8 cas ils élaient tellement nombreux, qu'ils grouillaient en quelque sorte dans les préparations. Aussi, dans ces cas-là, les urines présentaient-elles déjà à l'œil nu un aspect louche, trouble. Le début de la bactériurie typhique coïnciderait, d'apres l'auteur que nous citons, avec l'apparition des taches de roséole, Dans trois cas, Neumann avait vu celte bactériurie persister pendant la convalescence, une fois 10 jours, une autre fois 16 Jours, une troisième fois 21 jours après la chute de la fièvre. Toujours elle avait disparu sans laisser de traces du côté des voies urinaires.
Dans la suite Petruschki (44) et Richardson (48) ont confirmé l'exactitude de ce qu'avait avancé Neumann, touchant le caractère massif que peut revêtir la bactériurie lyphique, et touchant la durée relativement longue qu'elle peut atteindre, cette durée embrassant quelquefois plusieurs semaines.
Une étude de IH. Neufeld (41) sur la bactériologie de la fièvre typhoïde est venue ajouter aux notions qui précèdent quelques données nouvelles. Voici, du reste, en quels termes Neufeld caractérisait la bactériurie typhique :
L'élimination du bacille d'Eberth à travers les reins s'effectue, chez les typhiques, sans donner lieu à des troubles appréciables de la miction. Presque toujours elle s'établit d'une façon subite. D'ordinaire, elle es tellement abondante, qu'il en résulie un aspect trouble des
urines. Celles-ci sont acides ; le pus ne s'y rencontre
qu'à litre exceptionnel, même quand les intéressés présentent des symptômes de cystite. Les bacilles d'Eberth peuvent n'apparaître dans les urines que tardivement, c'est-à-dire trois ou quatre semaines après la défervescence. Quand on ne lui oppose pas de traitement, celle bactériurie peut persister pendant des semaines et des mois, exceptionnellement pendant des années. Sa fréquence varie d'une- épidémie à l’autre, mais 1] semble qu'elle ne survient jamais dans plus du quart des cas.
Cette dernière évaluation a été corroborée par la staustique de Mahaut (38) : sur un total de 940 cas de fièvre typhoïde, 246, soit 26 %, se sont accompagnés d'une élimination du bacille d'Eberth par les urines. Il est vrai que À. Burdach (6), sur 25 cas de fièvre typhoïde, en à trouvé'18 avec bactériurie éberthienne, que Karlinski (28), sur 44 examens, a obtenu 21 résultats positifs, Enriquez (18), sur 12 examens, 7 résultats positifs, et Silvestrini (52), 7 cas sur 7. Enfin Lesieur (36), dont la stahistique embrasse 2.914 cas, a évalué le taux de la baclériurie éberthienne à 45 % des cas.
b) Epoque d'apparition et durée de la bactériurie éber- {hienne. — Le bacille d'Eberth existe dans l'urine des typhiques, en pleine évolution de la fièvre typhoïde : c'est ce que démontrent un nombre considérable de faits connus.
Il peut, d'autre part, ne se montrer dans les urines, que pendant la convalescence, plus où moins longtemps après la chute de la fièvre ; nous en avons cité des preuves, dans le précédent paragraphe.