RESULTATS OBTENUS
Nous avons voulu constater l’accroissement d’assimilation (absorption et élaboration) de l’azote provenant soit des réserves naturelles du sol, soit d'engrais azotés apportés à ce dernier.
Désireux surtout de donner aux résultats obtenus une valeur interprétative convenable, nous avons confié nos essais à plusieurs modes d’expérimentation; d’autre part une technique a été utilisée pour la constatation d’un accroissement d’assimilation azotée.
En égard aux possibilités de critique quant à la comparaison de résultats fournis par certaines méthodes avec ceux obtenus par d’autres nous avons classé nos expériences en deux catégories distinctes :
1° — ÆExpérimentation en, Essais en solutions nutritives. milieux synthétiques! Essais en sols artificiels.
2° — Expérimentation Cul-, Essais en vases de végétation, turale. | Essais au champ et en serre.
Expérimentation en milieux synthétiques
Remarques générales. — Dans toute recherche précise ayant trait à la nutrition végétale, le bio-chimiste est amené à effec-
tuer des essais en milieux synthétiques; ceux-ci consistent à amener une plantule à se développer non plus dans son milieu naturel, mais dans un milieu artificiel formé de toutes pièces à l’aide des principes chimiques dont les physiologistes ont établi la nécessité pour la plante ou l’action favorisante.
Les méthodes synthétiques sont nécessaires pour corriger ce que les méthodes analytiques peuvent avoir de trop absolu.
Le milieu de culture peut être liquide et contenir en dissolution les éléments mis à la disposition de la plante (solutions nutritives) ou bien solide et dans lequel on incorpore après humectation les sels désirables (sols artificiels).
Dans le but de nous justifier de certaines critiques à l’égard de l’emploi de ce mode expérimental, nous croyons utile de souligner sommairement ses avantages et ses inconvénients.
Avantages. — La grande maniabilité du milieu utilisé rend ces méthodes très commodes ; la composition chimique peut être contrôlée d’une façon très précise et l’addition ou la soustraction de tel élément doit déterminer un effet facilement saisissable dans la physiologie de la plante.
Inconvénients. — La plante se trouve placée dans des conditions peu comparables à celles du milieu naturel; notons brièvement les différences suivantes :
Physiquement, le milieu synthétique est essentiellement homogène et continu, alors que le sol naturel est de nature hétérogène et discontinu (1).
Chimiquement, la concentration saline plus élevée en milieu artificiel peut entraver le développement de certaines plantes (2); les variations de concentration peuvent aussi plus qu’en milieu naturel déséquilibrer les échanges osmotiques et nuire aux essais (le renouvellement du milieu s'impose donc).
(1) A. DEMOLON et F, BARBIER, Ann, Sc. Agron. n° 4, p. 531, 535, 1931.
(2) D'après M. Levis (thèse doct. Sc., Paris, 1925) la marge cependant paraît large: Cet auteur a pu cultiver pois et sarrasins dans les milieux hypersulfatés renfermant 12 % de sel (loin du 5 % max. indiqué par les physiologistes).
Enfin les réactions du sol naturel (influence des complexes colloïdaux, etc.) n’ont pas lieu en milieu artificiel.
Biologiquement, en ce dernier milieu l’activité microbienne des sols naturels ne peut utilement se produire,
D'autre part, si le « pH » des sols est en général assez constant, celui des milieux artificiels — tout au moins en solutions nutritives — subit des fluctuations susceptibles d’entraîner parfois un mauvais développement des plantes (3).
En somme, on ne saurait retrouver en milieu synthétique les caractéristiques qui constituent la « dynamique » du sol.
Méthodes de dosages employées
Dosage des éléments fertilisants : azote, acide phosphorique, potasse, chaux, et des constituants physiques : argile, sable, limon, humus, d’après les méthodes officielles d'analyses des Stations et Laboratoires agronomiques.
Dosage des différentes formes de manganèse : d’après G. BERTRAND (4). En ce qui concerne le manganèse soluble
dans les acides faibles, nous avons utilisé en premier lieu,
selon BERTRAND, l’acide acétique étendu (au ) puis dans
les anayses ultérieures la solubilité citrique (acide citrique à 2 %) car ce dernier réactif a souvent été utilisé pour la détermination des autres éléments fertilisants du sol dits « assimilables » et que d’après A. DEMoLoN (5) il constitue un meilleur dissolvant du manganèse que l’acide acétique de
même concentration.
a) Pour les expériences en milieux artificiels, les dosages d'azote total ont été faits sur la totalité des liquides ou des
(3) Cf. : Nutrition artificielle des plantes cultivées par Ch. ZINZADZÉ, Ann. Sc. Agron. n° 6, 1932 et n° 1, 1933.
(4) G. BERTRAND : Sur ile dosage des différentes formes du manganèse contenues dans la terre arable, Ann. Sc. Agron., n° 9, p. 305, 1924.
(5) A. Demoron : Guide pour l'étude expérimentale du sol, Gauthier- Villars Edit., Paris, 1933, p. 194.
(6) Cf. Rev, de Chim, Analyt,, p. 371, 1909,
| sols provenant de chaque essai; après réduction préalable des nitrates au moyen du procédé de Sazze (6) dans lequel l’hydrogène réducteur est produit par l’action du zinc et du sulfate ferreux sur la soude, on a dosé l’azote ammoniacal par distil-
lation dans l’appareil SCHLORSING-AUBIN en recueillant l’ammo- T
’our Ï l ‘est servi d’ luti 1 tasse de Pour le titrage on s'est servi d’une solution de potasse
niaque dans l’acide sulfurique
même titre avec le rouge de méthyle comme indicateur, qui à l'avantage de donner un changement très vif de couleur.
Les réactifs employés avaient été préalablement examinés au point de vue de leur teneur en azote par un essai à blanc.
b) Analyse des tissus végétaux. — Dans les expériences en sols naturels, on a eu à doser les matières azotées des organes végétaux sous la forme d'azote total, d'azote soluble et d’azote albuminoïde.
L’azote total a été obtenu par un Kjeldahl ordinaire avec emploi de mercure comme catalyseur, et hypophosphite de sodium suivant MAQUENNE, comme réducteur. La réduction préalable des nitrates était faite à laide de fer pur réduit par l’hydrogène et vérifié.
L’azote albuminoïde a été dosé par la méthode Kjeldahl
normale, en recevant l’ammoniaque libérée dans une solution N
d’un essai préalable à blanc. Le mode d'extraction de cette forme d'azote était le suivant : (7)
d'acide sulfurique, la liqueur sodique ayant fait l’objet
L'échantillon de feuilles (5 g1.) ayant été réduit d’abord en pulpe grossière avec des ciseaux, puis en pulpe extrêmement fine dans un mortier en verre dépoli intérieurement, a été introduit dans un bécher contenant 200 cc. environ d’eau additionnée d'acide acétique à raison de 1 % .Après une ébullition d'environ 10 minutes, on a filtré sur papier Berzélius. Après lavage à l’eau acétique, les matières azotées albumi-
(7) Méthode Grandeau,
noïdes demeurées sur le filtre à l’état de coagulation ont été recueillies pour le dosage de l’azote.
Le filtrat, constitué par un mélange complexe de substances azotées solubles: nitrates, amides et acides aminés, ces deux dernières formes d'azote résultant en partie d’une hydrolyse par l’eau acidulée, n’a fait l’objet d'aucun dosage. La nature des substances contenues dans ce liquide d'extraction ne représentant pour nous aucun intérêt direct, nous avons simplement obtenu la proportion d'azote soluble qu’il renfermait, en faisant la différence entre le taux d’azote total déjà connu et celui de l'azote albuminoïde obtenu comme indiqué.
D'après Brioux et Bussarp ce procédé de dosage donne les mêmes résultats que la méthode classique de STUTZER (procédé de RITTHAUSSEN modifié par A. STurzEer) basée sur linsolubilisation des matières albuminoïdes par l’oxyde de cuivre hydraté.
Les dosages de cendres et de manganèse dans les feuilles ont été effectués en suivant exactement les techniques indiquées par Gabriel BERTRAND dans son guide pour les manipulations
de chimie biologique (p. 41 et p. 31).