INTRODUCTION
En 1915, le Professeur agrégé Reverchon,.du Valde-Grâce, présentait à la Société de laryngologie, d'otologie et de rhinologie de Paris, un cas fort intéressant de mastoïdite de Bézold avec ostéite des cellules périlabyrinthiques, et méningite consécutive.
Il y faisait ressortir qu'il existe des voies peu connues de propagation des suppuralions oliques à l’endocrâne. L'observation qu'il rapporte est remarquabiement instructive à cet égard.
{1 s’agit d'un malade, qui, à la suite d'une otite moyenne suppurée aiguë, fit une cellulite de [a pointe avec fusée purulente dans la gaine du sternocleidomastoidien et dans là région carotidienne. Cette masloïdite de Bezold fut jugulée par une intervention heureuse, mais secondairement, après une accalmie trompeuse d’un mois, le malade ‘fit brusquement : une méningite de la base qui l'emporta, malgré une - deuxième intervention. :
Nous n'approfondirons pas l'histoire clinique de. ce malade. Bien que pleine d'enseignements, elle ne nous intéresse pas directement, et nous concentre-
rons notre attention sur le compte rendu de lautopsie pratiquée par le professeur Reverchon
Vers la partie moyenne de la pyramide pétreuse, à cheval sur la face supérieure et sur la postérieure, nous notons une cavité osseuse de la dimension d'un gros pois, dont le fond qui correspond au toit du conduit auditif interne, est parfaitement lisse, mais dont les bords et surtout le postérieur et lPinterne sont déchiquetés.
« La cavité se prolonge en avant du côté de la pointe. Mais elle nous intéresse surtout par ses rapports el ses communications avec la base de la pyramide pétreuse au niveau de l’autre. :
*« Entre la boucle du canal semi-circulaire supérieur et la corticale interne, nous trouvons en avant un orifice, véritable canal de 2 millimètres de long sur 1 de large ; au-dessus et en arrière de la boucle, des orifices beaucoup plus étroits. Enfin dans la boucle même du canal, nous trouvons, sans aucun artifice de dissection, un autre pertuis qui est en communication évidente avec la base de la pyramide pétreuse.
« Nous tenons évidemment la clef du problème. C'est par l'intermédiaire de ces communications, qui nous représentent autant de traînées cellulaires préformées, atteintes d’ostéite, que notre malade a infecté la partie moyenne et la pointe de son rocher et consécutivement ses méninges... » | ‘ Comment ne pas rapprocher cette description anatomo- ‘Pare de l’étude ‘anatomique publiée
par Girard en 1912, dans le recueil d’oto-rhino-laryngologie? Le professeur Reverchon, d’ailleurs, ne manque pas de le faire.
« .… Après le professeur Mouret, dit Girard, nous voulons attirer l'attention sur ce groupe de cellules aériennes, qui se trouve au-dessus du conduit auditif interne, entre le conduit d’une part — d'autre part la crête du rocher et son versant antérieur. Les. quatre traînées cellulaires périlabyrinthiques de l'étage supérieur du rocher viennent s’y fondre en une seule.
« C’est une sorte de carrefour où ces quatre routes venant de la base se réunissent avant de pénétrer dans la pointe.
« Laffitte-Dupont a signalé une traïnée cellulaire qui partant de l'antre, accompagne le canal antrocérébelleux et s'engage avec lui dans l’anse du canal sermi-Circulaire supérieur. Nous avons rencontré aussi cette fusée de cellules, et nous avons pu la suivre jusqu'au-dessus du conduit auditif interne, jusqu'au carrefour que nous venons de décrire... »
Girard est donc parvenu à isoler une traînée de cellules qui aboutissait au-dessus et'en dehors du con- : duit auditif interne, c'est-à-dire dans une région décrite par les anatomistes sous le nom de fossa subarcuata. z ? | ‘ Depuis la communication de Mourét et Rouvière -et celle plus récente de Girard, on sait que le canal osseux appelé pétro-mastoïdien par les premiers,
pétro-cérébelleux par Girard (1) se lrouve noyé au milieu des cellules décrites par ces auteurs, et on est en droit de se demander, &i ce canal ne peut lui aussi, au même titre que les cellules qui l'entourent, Jouer un rôle dans la propagation des infections de l'oreille moyenne vers l'endo-cràne.
Mais les cas cliniques de proplgation de l'infection de la base vers la pointe de la pyramide pétreuse sont assez rares, et l'étude nécropsique des pièces est particulièrement délicate. Aussi n'est-il pas étonnant que la question n'ait pas encore été nettement éjucidée. |
Nous avons pensé que pour rechercher d'une manière efficace quelle peut être l'importance du canal pétro-cérébelleux comme voie de propagation infeclieuse, il était avant tout nécessaire d’être fixé par l'anatomie comparée sur la signification de ce vestige embryonnaire. | -
Un fait paraît acquis : Le canal pétro-cérébelleux est une transformation de la fossa subarcuata très développée chez le fœtus.
Un autre fait patent, dont Cuvier ne fait pourtant pas mention, c’est l'analogïe entre l’enfoncement cérébelleux-qu'il décrit chez beaucoup de mammifires, et la fossa subarcuata de l'homme adulte, réduite à sa plus simple expression. Ceci n’a point be-
(1) Cette dernière appellation est plus logique,” Car justifiée par l'anatomie. Nous démontrerons que ce canal n’a pas de rappor ts avec l’antre mais avec les cellules mastoïdiennes qui sont en arrière de lui ; le qualificatif de cérébelleux rappelle l’histoire embryologique du canal et sa phylogénie,
RÉ ME E NIEE
soin d'être démontré. Il suffit de jeter les yeux sur Lendo-crâne d’un fætus humain pour y trouver une fossa subarcuäta fort semblable à celle d'un singe inférieur ; le contenu seul est différent ; le cervelet à été remplacé par de la dure-mère.
Nous n’aurons donc pas la prétention de prouver l'évidence, mais nous ferons une étude comparée de tout ce qui concerne la fossa subarcuala, et nous essayerons de contribuer à la précision ANNE de cette région un peu délaissée.
Nous nous efforcerons de ne pas oublier que c’est
clinique qui nous a conduit à ce travail.
sphere
Position de la question et division du sujet
« À 5 ou 6 millimètres en arrière et au-dessus du trou auditif interne, tout près du bord supérieur du rocher, se voit une fente étroite, entourée le plus souvent par des parties irrégulières, et plus ou moins lUQUEUSES... »
C'est ainsi que Testut décrit dans son Traité d'anatomie humaine, la fossa subarcuata, où plus exactement les vestiges de cette cavité, sur le crâne’adulte.
Il s’agit là d’une sorte de cicatrice osseuse, simples restes d’ un organe fœtal très développé. Cette partie du rocher, cavitaire chez le fœtus, ne disparaît pas * entièrement et se trouve représentée par le canal pétro-cérébelleux qui, dans le corps de l’os fait suite à la’ fossette minuscule de la face postéro-supérieure de la pyramide pétreuse.
Nous étudierons d’abord chez l'homme, succintement, l’anatomie de cette région que Forns, Mouret, Rouvière, Girard, ont A traitée dans plusieurs communications.
Les singes anthropomorphes présentent sur ce point particulier une grandé analogie avec. l’'hom-
NE
-me. Nous les passerons en revue, en faisant ressortir les points communs, les divergences.
Les singes dé l’ancien et du nouveau monde ainsi que les Lémuriens, présentent une fossa subarcuata : en plein développement chez l'animal adulte. Leur chservation nous sera d’une grande ‘utilité.
Nous croyons superflu de prolonger plus avant nos investigations dans la série animale. Notons simplement qu'il est des Mammifères, comme les Rongeurs, qui présentent presque toujours un enfoncement cérébelleux (ou fossa subarcuata) ; les Ruminants, au contraire, n’en ont jamais : chez les Edentés, le tamandua a un énorme enfoncement cérébelleux, alors que le tatou du Mexique n’en a pas. Ges contradictions apparentes tiennent tout simplement au fait que les classifications sont nécessairement imparfaites, et que des espèces apparentées étroitement par Certains caractères, divergent considérablement par d’autres.
Nous avons donc préféré ne pas tenir compte des données pourtant intéressantes des Maminifères autres que les Primates. L'étude de ces derniers sera féconde en enseignements ; nous leur consacrerons la première partie de ce travail.
Une observation qui porterait sur def êtres complètement développés, sans tenir compte de l’em-
bryogénie, du développement fœtal, serait, à conp
Re À GR
sûr, incomplète. On admet que l’embryogénie reproduit la phylogénie mais l’étude de la seconde ne dispense pas d'une comparaison avec la première.
D'ailleurs, nous avons pu nous rendre compte au cours de nos dissections, que si le rocher d'un fœtus humain, par exemple, a des caractères de ressembiance évidente avec la pyramide pétreuse d’un singe inférieur adulte, il y a des points de divergence très importants, qu'il est bon de mettre en relief. C'est seulement dans les grandes lignes que le développement des êtres rappelle la série.
Nous avons praliqué la dissection d’un fœtus de macaque et d’un fœtus de chimpanzé, appartenant au laboratoire d'anatomie comparée du Muséum d'Histoire naturelle.
Nous avons surtout approfondi au point de vue particulier qui nous intéresse, l'étude du fœtus humain à ses différents âges.
Sur un embryon de > mois 1/2 environ, nous avons constaté la présence de la fossa subarcuata.
Le fœtus de 3 mois 1/2, d'étude déjà plus facile, montre à l'observateur une fossette plus développée el nettement caractérisée.
Le fœtus de cinq mois nous a fourni des renseignements de premier ordre, surtout au point de vue des connexions vasculaires.
Mais c'est incontestablement le fœtus de sept mois ét demi qui possède la fossa subarcuata développée au maximum, Nous en approfondirons l'étude.
Avec le fœtus à terme, enfin, nous entrons dans la
ression qui ne se terminera que vers
par la formation du canal pétro-céré-
LRQ ne