CHAPITRE II
Falsifications de la racine du Polygala de Virginie (1).
Comme beaucoup de substances employées en thérapeutique, la racine du Polygala Senega se trouve souvent, par fraude ou par accident, mélangée à d’autres racines.
MM. Planclion, Bâillon, Flückiger ont signalé le mélange du Polygala de Virginie avec des plantes de l’Amérique du Nord :
Panax qiûnquefoUum, 4. Ginseng d’Amérique. Araliacées.
Gillenia trifoliata, Mœnch. Rnsacées-Spirées.
Cijpri[iediiim parviflorum, Wildenow. Orchidées.
M. le professeur John Maisch, des Etats-Unis (2), dénonçait l’année dernière, un faux Polygala, le « Polygala BoyKinii ». Ce Polygala a été trouvé dans diverses pharmacies, pari. G.Planchon.
MM. Collin, Palrouillard(3), Holmes(4) ont observé que diverses plantes européennes servent à falsifier le Polygala de Virginie, et ils
(1) Communication faite à la Société de Pharmacie de Paris, le 7 mai 1890. Journal do Pliai'maoie et Chimie, t. XXII, 1“'' juillet 1890, p. 12.
(2) L. Reuter, archiv der Pharmacie, 1889, p. 457.
(3) Pati'Ouillard. Journal de Pharmacie et Chimie, t.XXI, p. 420, 1875 et Bull, de la Soo. de Pharmacie du sud-ouest, janvier 1887.
(4) Holmes, Pharrnaceutical Socidty of Great Biitain, 6 novembre 1878,
ont monlionnc la racine d’Asclépiadc domplo-vonin et la racine de pelit-lioux.
Tout récemment, M. Flückiger adressa à M. Collin un échantillon d’un autre faux Polygala trouvé à Bruxelles dans ces dernières années. A la suite de l’examen de cette drogue que je dois à la bienveillance de M. Collin, J’ai cru qu’il ne serait pas inutile de faire, au point de vue histologique, l’étude des différentes racines qu’on trouve mélangées au Polygala de Virginie.
1" .Polygala Senega. Nous connaissons la structure caractéris tique de cette racine (lig. 3). J’ajouterai que, dans les échantillons récents ou bien conservés, on remarque qite les cellules du parenchyme cortical sont remplies de gouttelettes huileuses ; on n’ohserve pas de canaux secréteurs, ni de cristaux ;
2" Polygala BoyKinii (J. Maisch). Cette racine n’offre pas la crête de l’espèce précédente: la couleur de l’écorce est blanchâtre, le cylindre ligneux ne présente pas d’échancrure.
3" Gillenia trifoliala. Mœnch. Les racines de couleur brune ne sont pas contournées comme celtes An Polygala Senega : le parenchytne cortical est formé de cellules plus ou moins arrondies qui ne contiennent pas de gouttelettes huileuses : le liber est assez développé, le bois est très dense : les rayons médullaires très apparents sont k deux ou trois rangées de cellules.
Fig. 4. — Coupe transvers.xle d'une RACINE DE Gillenia trifoliata.
s. suber. — p. c. parenchynio cortical.
— Hb. liber. — b, bois. —r.m. rayon médullaire.
4“ Ctjpripediiim parviflorum. Wildenow. La slruclure est celle d’une inonocolylédone : l’écorce formée de grandes cellules est très développée ; le bois forme un cylindre à la périphérie duquel on observe des ilôts de liber assez nombreux. Les cellules de l’endoderme et du péricycle présentent un épaisissement de leur paroi, seulement en face des faisceaux libé-
Fig. 5. — Coupe tbansversai.e d'une RACINE DE Cypripedium parviflorum.
ép, épiderme.— pc. parenchyme cortical.
— e. endoderme. — per. péricycle. — l. libor. — b. bois.
5“ Panax quinquefolivin. L. Ginseng d’Amérique. Celte racine est napiforme surloul quand elle a une certaine grosseur. On observe des canaux secréteurs dans l’écorce et jusque dans le liber ; le bois n’est pas lignifié ; on ne remarque pas de cristaux.
15" Asclepias vinceloxicum. Asclépiade dompte-venin. L’écorce de cette racine renferme do nombreux cristaux d’oxalate de chaux ; on y trouve aussi quelques laticifères.
7" Iluscus nculealim. l’elil-boux. La racine offre tous les caractères d’une monocotylédone ; l’épiderme est recouvert de poils unicellulaires coni(|ues ; l’écorce est formée de cellules arrondies et à parois épaisses ; l’endoderme est à une assise de cellules quadrilatérales à parois jaunes et épaisses ; les cellules du péricycle simple à parois épaissies alternent avec celles de l’endoderme ; le liber est en faisceaux disposés au bord de ranneau formé par le bois autour de la moelle.
Fig.6.— Coupe transversale de la RACINE DE Ruscus aculcatus.
ep. épiderme.— p. u. poil unicellulaire. — p. c. parenchyme cortical. — e. endoderme.— per. péricycle.— lib, liber. — b. bois. — m. moelle.
8° Faux Poljjgnla de Belgique.
Flückiger. L’écliantilloii que in’a remis M.Collin est constitué par un rhizome portant des racines et dont l’aspect est celui d’une petite souche d’Asparaginée. La structure de cette drogue est celle d’une monocotylédone.
La coupe transversale de la racine présente de dehors en dedans : un épiderme à plusieurs rangées de cellules, une écorce très développée formée de cellules à parois très épaissies, un endoderme à parois épaisses, disposées sur une seule rangée ; les cellules du péricycle alternent avec celles de l’endoderme ; le liher est en faisceaux plongeant dans l’anneau ligneux qui entoure la moelle.
Les cellules du parenchyme cortical et celles de la moelle renferment des aiguilles d’oxalate de chaux.
Fig.7.— Coupe transversale de la RACINE DU Fai4X Polygola de Belgique.
ep. épiderme. — pc. parenchyme cortical. — c. endoderme.— lib. liber — b. bois. — m. moelle.
De cet exposé des principaux caractères des (liiïérenlos racines mélangées au l’olygala de Virginie, il résulte que l’examen microscopique permet de distinguer la racine officinale à l’absence de canaux secréteurs et de cristaux, à la présence de l’échancrure du cylindre ligneux et de la crête saillante le long de la concavité de la racine.