VI. — Les Gommes d’ANOGEISSUS
Notre attention s'est trouvée attirée, au cours de ce travail, sur les gommes fournies par deux arbres du genre Anogeissus , A. latifolia Wall, et A. pendula Edgw. Grâce à l’obligeance de M. le Dr Prain qui nous en a fourni des échantillons, nous avons pu étudier la valeur de ces gommes et leurs divers caractères au point de vue pharmaceutique.
A. latifolia , dont nous avons donné plus haut la description botanique et histologique, porte dans les principaux dialectes
de l’Inde les noms de dhava. dhâurâ, dhauri, dhaù, golra, dhauk, dhokri, dhavdo, dhaundak, daavu, etc... 1).
A. pendula porte des noms vernaculaires analogues à ceux de A. lati folia : dhoù, dhaukra, ou encore kala, kardahi,' etc... (2).
Ces deux arbres fournissent, outre les gommes sur lesquelles nous reviendrons, d’autres produits utilisés dans les pays d’origine. C’est ainsi que l’A. latifolia donne :
1° un bois très dur utilisable comme combustible et, par calcination, un très bon charbon [3) ;
2° des feuilles aussi riches en tannin que celles du sumac et renfermant, d'après le D1 2 3 4 5 Hummel, 15,5% d’acide tannique. Elles sont très employées pour la teinture en noir et le tannage (4).
Le bois de A. pendilla ne peut guère être utilisé à cause de la petitesse de l’arbre.
Mais les produits les plus intéressants sont, sans contredit, les gommes qui découlent de ces deux espèces d ' Anogeissus.
Ces gommes sont appelées indistinctement Gomme de l'Inde, gomme ghati ou ghatti (5).
Aux Indes, elles sont employées pour l’impression sur calicot.
En Europe, elles n'ont encore reçu aucun emploi ; nous allons nous efforcer de montrer les raisons qui peuvent leur faire accorder droit de cité dans notre matière médicale.
La gomme d’A. latifolia se présente en morceaux vermiculaires ou arrondis, parfois en larmes allongées. Certains de ces morceaux sont de couleur presque blanche, d’autres ont une teinte jaune pâle ou brun clair. On pourrait, par un triage raisonné, obtenir plusieurs variétés commerciales. La cassure est vitreuse, transparente ; la saveur un peu fade et mucilagineuse.
(1) G. Watt, Loc. cit ., vol. I, p. 256.
(2) G. Watt, ibicl.
(3) Dymock, Warden et Hooper, Loc. cit.
(4) Bombay-Gaz XIII, part. I, 24.
(5) L’adjectif Ghati (Marathi) signifie : qui se rapporte au Desh, ou au pays au dessus de la chaîne du Sayhadri.
L’attention a été appelée sur cette gomme par Cooke ; 1874; et Watt (1089) qui la considèrent comme moins adhésive que la gomme arabique. Dymock. Wakden et Hooper (1891 en citent l’emploi pour les apprêts sur calicot.
En 1889-90, Cl. -F. Henry (1) publie sur la gomme ghati les résultats suivants :
Solubilité : 75 % ; le reste se gonfle seulement, même après ébullition prolongée.
Cendres : 1,7 °/0 ; plus blanches que celles delà gomme arabique et plus riches en carbonates.
Cet auteur conclut en préconisant cette gomme comme agent adhésif: « une once de ghati produirait environ 3 fois autant de mucilage que la même quantité de gomme arabique et coûterait 12 fois moins.»
Le Dr S. Ride al (2), l’année suivante, publie une note sur la même gomme et indique les réactions suivantes :
Avec le sublimé, précipité blanc ;
Avec le borax, épaississement;
Avec le perchlorure de fer, la solution se fonce par suite de la présence du tannin ;
Elle jaunit avec la soude normale et donne un abondant précipité avec l’alcool.
Cendres 1,28 Ojo
Humidité 12,40 °/0
Viscosité n — 0,0397
— z rr 320
Poids spécifique (solution à 10 °/o . )' 1,002
— solide 1,696
Nitrogène 0,039
Bocquillon (3) (1899) prétend que cette gomme a les mêmes mêmes propriétés que la gomme arabique.
La gomme d’Â. pendula a la même structure que la gomme d’A. latifolia , c’est ce qui nous porte à croire que les auteurs
(1) Cl. -F. Henry, Pharm. Jour., 3e sér., t. XX, p. 781.
(2) D1 2' S. Rideal, Pharm. Jour., 3e sér., t. XXII 1891-92, p. 1074.
63) Bocquillon, Rép. de Pharm., Paris, 3e sér., t. XI, p. 194.
ci-dessus, eu étudiant la gomme ghati, ont étudié sans doute un mélange dVl. lati folia et dbl. pendula.
Comme nous avons eu la bonne fortune de posséder séparément des échantillons de chacune de ces gommes, nous avons jugé utile d’établir un tableau comparatif de leurs principales réactions et de les mettre en parallèle avec celles de la gomme arabique.
Les tableaux suivants sont le résumé de nos essais :
Solution
(1) Ces flocons disparaissent au bout de 1 $4 d’heure environ.
(2) La liqueur dans laquelle nage ce précipité se trouble comme le font les solutions d’extrait de suturne étendues d’eau.
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