V. — Le GUIERR
( Guiera senegalensis Lamk.).
Au cours de son récent voyage d’exploration au centre de l’Afrique, M. Aug. Chevalier a eu l’occasion de constater que le Guiera senegalensis est l’une des plantes les plus communément usitées dans la médication journalière des noirs du Soudan, et il a bien voulu nous communiquer ses notes sur le mode d’emploi de cette drogue.
Le Guiera senegalensis (Combrétacées) ou Guierre st encore nommé dans les divers dialectes du centre africain : Nguer (en ouolof) ; Kafounoukakou (diola de Casamance) ; Biousi (balante, en Casamance) ; Cofina (bambara deDjenné) ; Kongouèlè (bambara du pays de Samory) ; Ngouègné (bambara des bords du Niger) ; Baliniama ou Guéloki (toucouleur et foulbé de Sansanding).
C’est, au dire des indigènes, un excellent remède contre le rhume, les maux de gorge et de poitrine.
En Casamance, on boit l’infusion de la plante pilée.
D’après le fama Mademba, de Sansanding, sur le Niger, une
(l) B. Benoit, De la fièvre bilieuse hémat. au Sénégal, Arch. de Méd. nav., 18644890, IV, 4, 105, 209, 298, 379.
infusion de celte plante, prise à jeun, en guise de thé, constitue un excellent apéritif. Celte boisson s’est très répandue chez les noirs de Saint-Louis, et le fama lui-même en boit, chaque matin, une infusion dans du lait. Ce même roi prétend qu’on peut substituer au Guiera le Rhcit ( Combretum glntiriosiun G. et P.) ; seulement ce dernier donne une tisane amère beaucoup plus désagréable à boire.
A Djenné, en cas de fièvre accompagnée de vomissements, on fait infuser les jeunes rameaux feuillés et, quand le liquide est en ébullition, on respire la vapeur qui se dégage, puis on se lave le corps avec le reste du décocté encore chaud.
De notre côté, nous avons fait, avec les feuilles que M. Chevalier nous a procurées, une infusion qui possède un arôme et un goût agréables quelque peu analogues à ceux du maté. L’infusion, d’abord verdâtre, se fonce à l’air de plus en plus.
Sans vouloir cependant rien préjuger de la valeur thérapeutique de cette drogue, disons qu’on peut la considérer presque comme un succédané du thé : l’étude chimique et pharmacodynamique, qui ne saurait manquer d’être faite, nous dira quel espoir nous pouvons fonder à son sujet.
Nous avons relaté, au chapitre de l’Etude des genres, les caractères morphologiques et anatomiques de cette plante dont l’étude nous a semblé justifiée par l’emploi courant qu’en font les indigènes. 11 semble que l’on peut, d’après les renseignements qui précèdent, considérer ce végétal comme susceptible d’applications ultérieures dans la thérapeutique européenne.