B. — EXAMEN DES AUTRES ORGANES
Foie. — Depuis les travaux de Yersin, Hanot et Gilbert, Chauffard, nous connaissons la fréquence des lésions du foie d’origine splénique ; la propagation secondaire à la glande hépatique, par l’intermédiaire de la voie portale, de tuberculoses primitives et fibrocaséeuses de la rate se trouve clairement établie aujourd'hui.
En clinique, on peut dire qu'il n’y a presque pas de splénomégalies tuberculeuses qui ne s’accompagnent d’un certain degré d’hypertrophie du foie. C’est un fait qui ressort de toutes les observations actuellement publiées ; même la double hypertrophie du foie et de la rate, évoluant simultanément, peut rester le seul symptôme de la maladie.
Nous ne nous étendrons pas ici sur les différents
modes d'exploration du foie ; il nous suffira de signa-
ler les principaux traits intéressant notre étude clinique.
L’hypertrophie du foie est, avant tout, un phénomène secondaire. Elle apparaît le plus souvent au moment
où la tumeur splénique se présente avec toute sa net-
teté. Il n’éxiste que rarement des troubles fonctionnels
dans la région hépatique : pas de douleurs spontanées, pas de troubles sensitifs au cours de la palpation ni de la percussion. Il faut dire cependant que le malade de Rendu et Widal éprouvait une douleur intense à la pression de la région hépatique.
Au point de vue physique, accroissement de volume du foie se produit de façon assez lente et il n’est pas habituel que le malade, tout occupé de sa splénomégalie, ait l'attention détournée du côté de son hypocondre droit.
L’inspection donne peu de renseignements : à peine parfois peut-on noter un léger redressement des côtes en haut et en dehors.
La palpation permet de sentir le bord inférieur du foie qui déborde les fausses côtes de 3 ou 4 centimètres ; il est facile à la pulpe des doigts d’accrocher le bord inférieur de l'organe qui est en général épaissi. Toute la surface accessible à La main est ferme, élastique, lisse, sans nodosités ni sillons.
La percussion montre une augmentation modérée de la zone de projection de la matité hépatique qui dépasse rarement 12 à 13 centimètres.
Tous ces symptômes s’observeront surtout au niveau
du lobe droit, qui est en général le plus hypertrophié.
Cependant, l'accroissement de volume du lobe gauche est loin d'être rare : nous avons déjà vu que chez le malade de Quénu et Baudet sa matité se confondait avec celle de la rate. De même dans l’observation de Rendu et Widal, l'augmentation ‘paraissait surtout siéger à gauche.
Quoi qu'il en soit, on peut résumer tous ces faits en disant que l’on constate au niveau du foie une hypertrophie de faible intensité, sans troubles fonctionnels marqués et, — à la période de début tout au moins — sans phénomènes témoignant de l'insuffisance hépatique.
A une période plus avancée, le foie peut, au contraire, apporter son tribut dans la symptomatologie de la maladie: tantôt c’est une coloration subictérique des téguments, tantôt une ascite de moyenne intensité.
Il est regrettable qu'à cette période de tolérance, chez les malades atteints de splénomégalie avec gros foie, on n'ait jamais pratiqué les épreuves de la glycosurie alimentaire et de l'élimination du bleu de méthylène. Cette dernière épreuve a été faite par MM. Achard et Castaigne et par nous-mêème sur des malades arrivés à la période de cachexie ; l’intérêt de la recherche s’en trouvait d’autant diminué. Sur des sujets encore vigoureux, au contraire, il nous semble que ces procédés eussent donné d’utiles renseignements sur le fonctionnement du foie et, partant, sur l'intensité du processus morbide. Il y aurait une indication très nette à utiliser ces épreuves au moment où l’on discute le trai-
tement chirurgical : celui-ci sera en effet de bien peu
CEA de valeur pratique si la cellule hépatique est devenue insuffisante.
II. — Reins. — L'examen de l'appareil urinaire présente, en général peu d'intérêt. L’albuminurie, absente pendant la phase de tolérance, apparaît à la période terminale de la maladie et relève surtout de l'infection générale de l'organisme. La quantité des urines est habituellement normale : on y décèle un peu d’urobiline. Le seul caractère réellement intéressant consiste dans le maintien du taux normal de l’urée, oscillant en moyenne, entre 20 à 25 grammes par vingt-quatre heures, à la période de début tout au moins.
II. — Poumons.— Il est exceptionnel que, dans les premiers temps de la maladie, le sommet du poumon présente des lésions bacillaires: même, dans l’observation de Jeanselme et Weil où la maladie évolua d’une façon subaigüe, les symptômes pulmonaires étaient très peu marqués.
IV. — Système nerveux. — Enfin, du côté du sysième nerveux, sauf les troubles de la sensibilité, an ne trouve rien de particulier ‘ à signaler dans les observa-
tions publiées jusqu’à ce jour.