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CHAPITRE PREMIER

Bactériologie de Turine normale

Dès le début de nos recherches bactériologiques sur l'urine de quelques-uns de nos malades, après avoir essayé plusieurs procédés pour recueillir le liquide tel qu il existe dans la vessie, en évitant autant que possible les chances d'infection par les germes du canal de l'urèthre, ou ceux de l'atmosphère, nous avons été étonné de ce fait, à savoir : que l'urine des sujets en apparence de santé, loin d'être toujours aseptique, comme on l'admet généralement, contenait parfois des micro-organismes.

Nous avons cru qu'il y avait un certain intérêt à contrôler ces premiers résultats; aussi avons-nous entrepris à ce sujet trois séries de recherches:

1° Sur l'urine de quelques sujets bien portants;

2o Sur l'urine prise dans la vessie très peu de temps après la mort ;

3" Sur l'urine d'un certain nombre d'animaux en apparence de santé.

Nous dirons immédiatement que ces recherches ont confirmé nos premiers résultats : rurine contenait des germes une fois sur trois en moyenne. Ce fait qui, au

premier abord, semble en contradiction avec toutes les notions acquises aujourd'hui, s'explique parfaitement par cette autre notion, bien établie à l'heure actuelle^ du microhisme latent.

Historique. — M. Pasteur (1) le premier a recherché les microbes de l'urine. Par des expériences restées célèbres, il a prouvé que la fermentation ammoniacale de l'urine était l'œuvre d'un micro-organisme inférieur, le micrococcus urese. A la séance de l'Académie des sciences du 23 avril 1863 il déposa un ballon de verre stérilisé, rempli d'urine recueilUe dans la vessie, urine qui s'était conservée intacte pendant quarante jours.

En 1874, Roberts (2) et Meissner, chacun de leur côté, arrivent à la même conclusion, à savoir que l'altération ammoniacale de l'urine ne peut se produire que par le contact des germes qui existent dans l'air.

Plus tard, Gosselin et Robin (3) examinèrent des urines devenues spontanément ammoniacales dans la vessie et y trouvèrent toujours la torulacée décrite par Pasteur et Van Tighem.

En 1877 Gazeneuve et Livon (4), dans une série d'expériences bien conduites, prouvèrent également qu'une vessie contenant de l'urine, suivant le cas, acide, alcaline^ albumineuse ou sucrée, abandonnée à l'air ou

(1) Pasteur. Comples rendus de r Académie des Sciences, IS6,J.

(2) RoBEins. Philnsophical transactions, ]87i.

(3) Gosselin et Rouix. Recherches sur l'urine ammoniacale. Comples rendus, 1874.

(i) Cazk.nki've oI Livo.n. licvue mensuelle de médecine et de cliirurgie, 1877, p. 733, t. H, p. 100.

môme à l'étuve ne dégageait pas d'odeur ammoniacale et ne contenait pas de micro-organismes au bout de douze jours, si préalablement on avait eu soin de jeter une double ligature sur l'uretère et sur le col de la vessie, de façon à éviter l'apport des germes au contact même du liquide.

Ces différentes expériences sont démonstratives en ce qui concerne la fermentation ammoniacale; elles établissent que la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque nécessite dans l'urine le développement de certains micro-organismes bien déterminés, mais elles ne démontrent pas que Furine au moment de sa sécrétion est toujours totalement dépourvue de microbes : en dehors des germes qui provoquent la fermentation ammoniacale, elle pourrait en contenir d'autres, incapables de produire les mêmes phénomènes de dédoublement. Il est vrai que Gazeneuve et Livon font, dans toutes leurs expériences, des examens microscopiques qui ont été négatifs. Mais il est de notion courante aujourd'hui que l'examen seul d'un liquide ne suffit pas pour affirmer l'absence de microbes^ qu'il faut toujours faire suivre cet examen de cultures sur différents milieux nutritifs. C'est ainsi que MM. Straus et Chamberland (1), dans leurs recherches sur l'urine des animaux charbonneux, ont pu constater que quelques bactéridies, trop rares pour être vues à l'examen microscopique, s'éliminaient cependant par l'urine, puisqu'un grand nombre do cultures d'urine, qui paraissaient au microscope privées de bactéries, ont été fécondes.

(1) Straus et Cuamberland. Archives de Physiologie, 1883.

Toute autre est l'affirmation de Kannenberg (1), qui, au début d'un travail important sur les néphrites dans les maladies infectieuses, se croit en droit de poser cette conclusion : « On réussit de temps en temps à voir des microbes dans l'urine fraîchement émise des personnes bien portantes, non fébricitantes, microbes qui affectent la forme de sphères ou de biscuits (microcoque ou diplocoque), plus rarement celle de chaînettes ou de bâtonnets ». Mais Kannenberg n'entre pas dans le détail de ses recherches, il n'indique pas le procédé dont il s'est servi pour recueillir l'urine d'une façon aseptique. D'autre part, il n'a fait que de simples examens sans les contrôler par des cultures.

Les recherches de Leube (1) sur l'urine normale sans être complètes, semblent entourées de toutes les garanties désirables au point de vue du manuel opératoire. Il ne met pas en doute un instant la possibilité pour les germes de traverser la membrane des glomérules, dans les conditions de santé aussi bien que de maladie. Il rappelle que la graisse pouvant filtrer à travers la membrane du glomérule intact, il est irrationnel d'admettre Timperméabilité de cette même membrane vis-à-vis-des microbes. Cependant ses expériences, au nombre de vingt, l'engagent à conclure que l'urine normale recueillie aseptiquement ne contient pas de bactéries. Dans un seul cas, l'urine s'est troublée et a dégagé l'odeur de la fermentation ammoniacale. Dans toutes les autres observations, elle s'est conservée intacte à l'étuve pendant des semaines et des mois.

(1) Kannenberg, Zeilschrift filr klinis Med., BD. I.

(2) Leube. Zeilschrifl fur klinis. Med,. BD. III, p. 238.

Mais pour Leube, si l'urine normale est aseptique dans le plus grand nombre des cas, c'est que les germes, qui peuvent filtrer accidentellement par les glomérules sans y déterminer aucune lésion, ne tardent pas à être entraînés au dehors par le courant du liquide sécrété. D'ailleurs les résultats négatifs obtenus par cet expérimentateur ne nous semblent pas très démonstratifs : il a recueilli l'urine et l'a portée à l'étuve. Or, l'urine est acide, et on sait que les milieux nutritifs de cette réaction ne conviennent qu'à un petit nombre de germes. Le développement de la plupart des micro-organismes p pathogènes nécessite des milieux à réaction légèrement alcaline ou tout au moins neutre.

En résumé, pour tous les auteurs, excepté pour Kannenberg, l'urine normale des sujets en état de santé est toujours aseptique.

MM. Corn il et Brault (1) disent cependant textuellement : (c H pourrait se rencontrer dans l'urine des germes en petit nombre qui n'y déterminent pas de fermentation et qui n'y trouvent pas le miheu nutritif propre à leur développement

Nous avons essayé de notre côté d'examiner et de cultiver l'urine d'un certain nombre de sujets bien portants; dans quelques cas, nous avons recueilli l'urine dans la vessie même, immédiatement après la mort; enfin nous avons ensemencé l'urine, en même temps que le sang du rein et le sang du cœur, de quelques animaux qui présentaient toutes les apparences de la santé. Voici les résultats auxquels nous sommes arrivé (2) ;

(1) CoRNiL ot Brault. — Pathologie du rein, p. 289.

(-2) Communicalion à la Société de Biologie. 21 nov. 1891. •

A. — Recherches sur l'urine de sujets

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