‹ Contribution à l'étude bactériologique des néphrites infectieusesChapitre 5 sur 23 · ANIMAUX · texte numérisé non relu

ANIMAUX

Ces expériences ont porté sur trois lapins et dix cobayes. L'urine était prise aseptiquement dans la vessie aussitôt que les animaux venaient d'être sacrifiés. L'examen immédiat était suivi de cultures sur bouillon et agar (à 38o) et sur gélatine. Nous avons ensemencé chaque fois également le sang du rein et le sang du cœur, chacun sur les trois milieux.

L'examen sur lamelles de l'urine des trois lapins et toutes les cultures ont été négatifs.

Sur les dix cobayes, cinq fois l'examen de l'urine ainsi que les cultures de l'urine, du sang du rein et du sang du cœur n'ont rien donné.

Dans les cinq autres cas où les cultures ont été positives, l'examen immédiat de l'urine n'a donné de résultat que dans nii seul cas : la préparation était remplie de bâtonnets, fins, effilés à leurs extrémités, les uns rectilignes, les autres recourbés, de longueur très variable. On trouvait mélangés à ces bâtonnets, mais en moins grand nombre, des coccide dimension à peu près égale, disposés deux par deux, en petits amas ou en grappes. Quant aux cultures, dans deux cas les tubes d'agar ont donné un staphylocoque blanc au bout de 24 heures. Les tubes d'agar ensemencés avec le sang du rein ont été stériles.

Dans deux autres cas, l'ensemencement de l'urine, du sang du rein et du sang du cœur a fait pousser dans tous les tubes un staphylocoque dont quelques colonies ont pris au bout de quelques jours sur les tubes d'agar et de gélatine la teinte jaune dorée.

Le cinquième cas se rapporte à celui où Fexamen de l'urine après la prise, nous a révélé la présence d'une grande quantité de bâtonnets mélangés à des cocci. Tous les ensemencements ont cultivé. Sur l'agar on distinguait deux espèces de colonies, les unes grises, les autres jaunes. Les grises étaient composées de bâtonnets, les jaunes d'un staphylocoque.

En résumé, sur treize expériences portant sur des animaux pris au hasard, paraissant bien portants, huit fois l'urine était aseptique. Cinq fois, elle contenait des micro-organismes, quatre fois un staphylocoque, une fois un staphylocoque associé à un bacille.

Dans tous les cas où les cultures d'urine ont été positives, l'ensemencement du saniï du cœur a donné identiquement les mêmes résultats.

Incidemment nous ajoutons que sur un certain nombre de cobayes qui ont servi à nos expériences notre collègue et ami Létienne a fait des prises aseptiques de la bile contenue dans la vésicule biliaire. L'examen immédiat ne lui a fait reconnaître des micro-organismes que dans un cas, celui où l'examen de l'urine avait été également positif ; mais les cultures ont été fécondes quatre fois sur cinq.

Réflexions. — Si dans nos expériences sur le vivant il restait un doute sur l'origine des microbes que nous

avions trouvés dans l'urine normale, ce doute n'existe plus par la série de reclierclies sur le cadavre, où l'urine prise dans la vessie, de 20 minutes à 1 heure au plus tard après la mort, n'a pas encore eu le temps d'être envahie par les micro-organismes de la putréfaction d'une part, et d'autre part n'a pas eu à subir le contact de la muqueuse uréthrale, habitat normal de certaines espèces microbiennes. Nous sommes autorisé à conclure que si l'urine normale (acide, sans albumine) est asepti(|ue généralement, elle peut contenir dans certaines circonstances, chez des sujets ({ui ne présentent aucun phénomène d'infection, des microbes qui affectent le plus souvent la forme de staphylocoques. La présence dans le sang du cœur des microbes trouvés -dans l'urine dans nos cinq expériences sur des animaux en apparence de santé, pris au hasard, nous autorise à penser que leur existence dans l'urine normale chez l'homme, peut être rattachée, dans (quelques cas, au passage à travers les reins de germes introduits accidenteHement dans le sang.

Après avoir consigné les faits que nous avons observés, nous avons essayé de pénétrer pour chacun d'eux la condition particulière qui pouvait les expliquer dans une certaine mesure.

Dans les seize recherches que nous avons faites sur l'urine humaine, onze sur des sujets bien portants, cinq sur des cadavres d'individus ayant succombé à des maladies nullement infectieuses, dix fois l'urine a été reconnue aseptique et par l'examen et par les cultures. Donc, dans la majorité des cas, la notion courante que l'urine est aseptique demeure vraie. Restent six cas. quatre sujets et deux cadavres, dont les urines normales, acides, sans albumine ni cylindies, ne montiaicnt pas

(le microbes à l'examen sur lamelles, mais ont cultivé sur ditïérents milieux (cinq fois les staphylocoques pyogènes, une fois un staphylocoque non pathogène).

Si les six fois où l'urine a donné heu à des cultures positives, l'examen immédiat au moment de la prise a été négatif, c'est que les germes qu'elle contenait étaient en nombre fort restreint. Cette notion est importante à étal)lir, puisqu'il est reconnu aujourd'hui après les recherches de Gliau veau, Waston-Cheyne, Bouchard et Charrin, que le nombre d'agents infectieux entre pour une large part dans la production de Tinfection. Ainsi la petite quantité de microbes (|ui existaient dans ces urines expliquerait, dans une certaine mesure, l'eabsence de symptômes infectieux et de détermination rénale.

Parmi ces six cas, deux se rapportent à des élèves du service, quatre à des sujets choisis dans nos salles. Il esta remarquer que ces quatre derniers cas de cultures positives d'urine concernent quatre malades de la même salle, la salle Aran (deux hystériques et deux cadavres), alors que kl même recherche sur les sujets et les cadavres des deux autres salles (Broussais et Roustan) est restée constamment négative. Dans ces conditions on ne pouvait s'empêcher de rechercher s'il n'existait pas dans la salle Aran une cause spéciale d'infection, qui faisait défaut dans les deux autres. Il se trouve, en effet, que cette salle est particulièrement réservée aux tuberculeux du service : 15 lits sur 24 au moins sont occupés constamment par des phthisiques, dont l'expectoration est une cause permanente de dissémination dans l'atmosphère des nombreux germes d'infection secondaire qui y pullulent. — Or, les expériences de M. le professeur

Straus (1) ont démontré qu'un petit noiiibre seulement, 1/600 à peine, des germes qui pénétrent dans les voies respiratoires avec le courant d'inspiration sont éliminés par l'expiration. La plus grande partie se dépose à la surface de la muqueuse respiratoire jusque sur les alvéoles pulmonaires. D'autre part, il résulte de nombreuses recherches que la couche épithéliale normale, intacte des alvéoles, ne constitue pas une barrière suffisante capable d'arrêter la pénétration de ces microbes dans l'organisme. La loi de Timperméabilité des membranes vivantes formulée naguère par Wissokowitsch est fortement ébranlée aujourd'hui (2). Ba umga rten et Botte (3) ont prouvé que les bacilles charbonneux morts franchissent très facilement la couche épithéliale normale des alvéoles, et qu'ils peuvent être retrouvés déjà, au bout de 3 heures dans les follicules lymphatiques péribroncliiques. A coup sûr, la pénétration n'est pas aussi facile pour les microbes vivants. L'organisme se défend par les phénomènes de phagocytose qui se produisent à la surface des alvéoles et qui ont été bien étudiés par Thistovitch (4). Mais si la plus grande partie des microbes sont absorbés par les cellules épithéliales, comme Fleck (5) l'a démontré pour le staphylococcus pyogenes aureus, un certain nombre peuvent pénétrer dans le courant circulatoire, qui ne tarde pas à les disséminer soit dans les organes destructeurs des microbes, comme la rate, le foie, la moelle des os, le

(1) Annales (le l'Instilut l'aslnur, 1888, y^v^o 181.

(2) Une 1res imporlarUc communication de Galippe à la Socioli> de lîiolo^nc esl venue lout récemmenl confirmer nos résullals. iIS'ov. 181)1.)

(3) Bal'mgartk.n et Di/riic cités d'ajirès Hh.deiuîam. Kd'uisberL;. 1SS8.

(4) Fleck. Die aeule Kntzundunrj dcr I.uiif/e. lîoiiii. j,S8(i.

(5) Thistovitch. A)>nal' s înHiiut l'aslcur^ 1889, p. WSl.

corps thyroïde ou les amygdales (Bouchard), soit au niveau des glomérules où ils sont éliminés avec l'urine. Cette élimination, pour ainsi dire physiologique, de microbes, ne s'accompagne pas d'infection, parce que, comme dit le professeur Bouchard, « ce qui rend possible le développement de la maladie infectieuse, ce n'est pas la rencontre fortuite d'un lionnne et d'un microbe; l'agent infectieux ne trouve qu'exceptionnellement les circonstances favorables, je ne dis pas, à sa pénétration, mais à son développement et à sa multiplication. ))

Les deux autres cas où l'urine normale de sujets en pleine santé a donné des cultures de staphylocoques pyogènes concernaient deux élèves du service de notre maitre, M. le docteur Ballet. L'un avait eu, deux • semaines auparavant, une angine assez intense pour l'obliger à s'absenter quelques jours. Bouchard et Kannenberg les premiers ont appelé l'attention sur les néphrites consécutives aux angines infectieuses; mais dans le cas particulier, il n'y avait aucun symptôme de néphrite : l'urine normale ne contenait pas trace d'albumine, l'examen microscopique ne révélait ni cylindres, ni globules blancs, ni globules rouges, et cependant, l'élimination rénale de microbes, ayant conservé une certaine virulence, continuait à se faire plus de 10 jours après la guérison de l'angine. Au surplus, pour bien nous assurer de la relation qui existait entre la détermination pharyngée et la présence des staphylocoques dans l'urine, nous avons recueilli l'urine du même sujet, dans les mêmes conditions, trois mois après la première expérience : l'examen et les cultures de cette seconde prise ont été négatifs.

L'autre élève dont l'urine normale contenait égale-

ment le staphylococcns pyogenes aureus, était l'externe chargé du service des autopsies. Il se trouvait dans une certaine mesure, dans les mêmes conditions que nos malades do la salle des tuberculeux. Il présentait en plus, à l'index gauche, une légère écorchure qui avait donné lieu à la formation d'une gouttelette de pus. Cette infection locale, toute insignifiante qu'elle était, s'accompagnait d'une élimination rénale des micro-organismes qui l'avaient causée, sans que cependant l'urine présentât ni albumine, ni cylindres^ ni éléments figurés.

La conclusion qui se dégage de ces recherches, c'est que : si l'urine normale est aseptique, privée de toute espèce de germes, dans le plus grand nombre de cas, elle peut cependant contenir, dans certaines circonstances, quelques micro-organismes en petit nombre, il est vrai, qui d'ailleurs ne s'y développent pas ou s'y développent mal à cause de son acidité. Cultivés sur agarurée, ces germes n'ont pas provoqué de fermentation ammoniacale. — Les staphylocoques pyogènes sont lesmicrobes que nous avons trouvés le plus fréquemment. Ces microbes proviennent, selon toute vraisemblance, d'une véritable élimination physiologique rénale; celle-ci contribue à débarrasser le sang d'une façon mécanique des germes qui ont pu s'y introduire accidentellement, malgré le phagocytisme normal permanent qui défend les voies respiratoires et digestives contre les diverses espèces de microbes qu'elles contiennent.

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