Contribution à l'étude biologique du hareng
Nous nous sommes proposé d'étudier le cycle biologique et géographique des harengs que l’on pêche pendant l'automne et l'hiver dans la Manche.
Cette étude, fort intéressante au point de vue scientifique, a été réclamée par les conférences internationales pour l'exploration de la mer du Nord (Stockolm 1899 — Christiania 1901) ; elle peut et doit donner des indications très utiles à la pratique des pêches, et c’est à ce titre que l'exécution nous en a été confiée par le Comité consultatif des Pêches au Ministère de la Marine. |
L'urgence d'un pareil travail ne peut être méconnue si l’on considère l'extrême importance des industries qui ont pour origine la capture du hareng ; et nos connaissances présentent des lacunes surprenantes qui ressortiront suffisamment du bref exposé qui va suivre.
L'œuf est pondu et fécondé à une époque connue (restent à trouver les limites extrêmes de cette période et leurs variations annuelles) : il se dépose et s’agglutine sur des fonds imparfaitement connus ; il évolue suivant des lois connues et dans un temps déterminé ; après l'éclosion, le jeune paraît rechercher des eaux peu profondes et peut-être légèrement saumâtres car on
le trouve en abondance à la côte, dansles baies, dans les estuaires, jusqu’à la taille de 12 centimètres (ex : White-baït de la Tamise pro parte, Blanchaille ou Menuise de Normandie pro parte.) Il est probable toutefois que des jeunes se rencontrent également au large, à la surface ou en profondeur, sinon même sur le fond, comme il arrive par exemple dans le Loch Fyne où W. Fulton en à trouvé à toutes les profondeurs.® Il est extrêmement rare de trouver à la côte dés harengs compris entre la taille de 12 cent. et celle de 20 cent. IU est done probable qu'à l'âge de deux ans les harengs gagnent le large.
Presque en tous temps les chalutiers capturent en des points très dispersés quelques individus de tailles variées ; il y a donc en tous temps des harengs. dans la Manche et probablement dans toute la Manche ; ces harengs se tiennent en partie, sinon en totalité, au voisinage du fond. L’inadaptation du chalut usuel, l'irrégularilé des captures ne permettent pas de conclure quoi que ce soil sur la densité des harengs, sur la régularilé de leur dispersion, non plus que sur leur présence ou leur absence entre le fond et la surface. Il est vraisemblable pourtant que les individus sont dispersés, sans quoi on les trouverait en grand nombre dans l'estomac des poissons prédateurs qui ne manqueraient point de suivre les réunions nombreuses.
Pendant les mois de mai, juin, juillet, les bateaux armés aux petits manets pour la pêche du maquereau prennent dans la Manche une faible quantité de harengs gras (sans organes génitaux développés), il y a donc au moins quelques harengs à la surface, et sans doute en prendrait-on davantage si la grandeur des mailles, si le mouillage du filet étaient mieux adaptés à la taille et aux mœurs du hareng. En tous cas il est fort probable que les harengs ne sont pas très nombreux à la surface, ou qu'ils y sont très dispersés, sans quoi les pêcheurs au cours des siècles s’en seraient avisé, et ils en auraient poursuivi la capture au lieu de s’en aller à grands frais et grands risques chercher du hareng à la même époque par delà les Shetland et jusqu'aux Fœroë.
Reste à démontrer que ces harengs d'été sont bien de la même race que ceux qui donnent lieu à la grande pêche d'hiver. La même question se pose pour les harengs de côte qui apparaissent en petit nombre à Ia fin de septembre et qui sont la proie des tendeurs de parcs. »
La grande pêche commence sur les bancs de Flandre dans les premiers. jours d'octobre, se poursuit devant Calais vers le 15 de ce mois, devant Boulogne aux environs de la Toussaint et jusqu’à la fin de novembre, vers la Hève et Antifer au mois de décembre, dans la baie de Seine et jusqu'à Cherbourg en janvier, février et même jusqu’au mois de mars.
(1) T. Wemyss Fulton - Report of an Inquiry on the action of the herring seine-net. = Eighteenth annual, report of the Fishery board for Scotland.
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I semble que ce soit le même banc qui se déplace, mais il se peut aussi que des races ou variétés locales se trouvent en diverses stations (Harengs de la Plata, Harengs de Cherbourg); quoiqu'il en soit une série de problèmes se posent au sujet du banc. Et d’abord d’où vient-il? Est-ce la suite du banc que l’on pêche en septembre sur la côte anglaise devant Yarmouth et Lowestoft? Est-ce au contraire un banc distinct, et en ce cas d’où viennent les individus qui le composent, comment viennent-ils, pourquoi viennent-ils? Quelle est la répartition des tailles et des âges dans ce banc? (la répartition des tailles dans la pêche est fonction des dimensions de la maille du filet et le lot pêché ne représente pas le banc lui-même).
Quelle est la répartition du banc en profondeur : comment varie cette répartition avec l’éclairement (de jour et de nuit), avec la température, les vents, les courants, la houle, le plankton, toutes questions essentielles aux pêcheurs et pour lesquelles ils possèdent des règles empiriques parfois contestables; quelles sont les lois du déplacement horizontal, quel rôle y joue l'instinct et dans quelle mesure est-il influencé par les circonstances actuelles que nous venons d'énumérer ? Enfin comment se fait la disparition du banc, et que deviennent jusqu'à l’année suivante les individus qui ont échappé aux filets”?
Nous en avons dit assez pour poser la plupart des questions à résoudre et faire ressortir leur intérêt. Pour quelques unes d’entre elles l'institution des recherches demeure incertaine ou difficile. Mais pour la grande majorité, la marche à suivre s'impose nettement : elle se résume en deux points : 1° Définir la race de harengs ou, si possible, le banc de harengs que l’on veut étudier, et cela de façon à pouvoir en reconnaître toujours les individus. 20 Poursuivre cette race pendant toute l'année et en tous lieux ; ce sera dans l'intervalle des pêcheries ordinaires, une poursuite incessante avec tous les engins possibles de fond, de surface, ou d’entre deux eaux ; et pendant la période des pêches l'observation continue de celles-ci et leur complément à l’aide de filets plus larges ou plus serrés, plus profonds ou plus superficiels que ceux adoptés dans la pêche industrielle.
Un pareil programme exige donc des recherches très longues, très assidues et parfois très arides; il réclame l'attention permanente d’un ou plusieurs hommes, libres de toute autre préoccupation; il nécessite de fréquentes sorties à la mer en toutes saisons, il oblige à des relations ininterrompues et familières avec les pêcheurs, il nécessite un laboratoire, situé dans un centre important d'armement et de pêche, spécialement outillé,
(1) On a cru longtemps sur une observation de Valenciennes que les harengs de Calais étaient distinets de «eux de Dieppe et la question reste entière.
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pourvu de bateaux, de personnel naviguant, d'engins spéciaux, de crédits étendus.
I nous paraît peu compatible notamment avec l’enseignement, ou toute autre fonction imposant de façon analogue des devoirs inéluctables à dates. fixes : et nous insistons fortement sur ce point parce qu’on peut être tenté de faire à cet égard des erreurs regrettables.
Les laboratoires d'enseignement sont peu propres à ce genre de recherches, à raison de leur clientèle spéciale, de leur direction intermittente, de leur outillage insuffisant, à raison aussi de la situation géographique du plus grand nombre d’entre eux.“ L'idéal est donc la réunion de tous les moyens d'action dans quelques laboratoires spécialement affectés à ces recherches.
La Station Aquicole de Boulogne satisfait admirablement à la plupart des exigences ; il ne lui manque guère que quelque matériel et quelques crédits pour être parfaitement appropriée aux recherches dont nous avons tracé le programme
Nous avons l'ambition et l'espoir d’y faire d'utile besogne en ce sens malgré les quelques défectuosités qu’elle peut encore présenter.
Dans ce premier travail nous nous sommes proposé : 1° de déterminer les caractères des harengs de la Manche et plus particulièrement de ceux que l’on pêche devant Boulogne pendant le mois de novembre ; 2 de comparer ces harengs à ceux que l’on pêche en d’autres mers et que Heincke à définis au moins provisoirement ; 3 de comparer particulièrement les harengs de Boulogne à ceux que l’on pêche dans la Manche en d’autres points ou à d’autres époques ; 4 dé comparer la où les races de la Manche à celles des. régions limitrophes pour essayer de délimiter son habitat.
Au début de nos recherches nous avons adopté purement et simplement la méthode de mensurations et de moyennes préconisée par Heincke, parce qu'elle nous semblait la meilleure et la plus éprouvée, parce qu’elle permet des comparaisons avec les races établies par Heincke, parce qu’elle nous a permis aussi d'utiliser une quantité de documents et de mensurations brutes accumulés à la Station Aquicole à différentes reprises. Au cours de notre
(1) Les Anglais ont reconnu à l'essai des inconvénients de ce genre et le laboratoire Ecossais de Dunbar pour l'étude des pêches vient d’être transféré à Aberdeen. Dans un rapport récent l'Ichthyological Committee (commission parlementaire des pêches) propose la création de Laboratoires spéciaux à Plymouth pour la Manche, à Liverpool pour la mer d'Irlande, à Grimsby pour la mer du Nord. Pareillement et pour les mêmes raisons, les Allemands se proposent de déplacer leur magnifique Station ®Héligoland ; les Norwégiens ont installé leur- Laboratoire des pêches à Bergen et non à Christiania qui est pourtant leur capitale scientifique.
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travail certaines défectuosités nous sont apparues dans la méthode et aussi certaines lacunes regrettables, et nous avons dès lors rassemblé les matériaux utiles pour y remédier, mais ces modifications n’apparaîtront nulle part dans ce premier mémoire, et nous conserverons au moins provisoirement les symboles employés par Heincke avec la signification qu'il y a attachée.
L longueur totale prise du bout du museau à la ligne qui joint les pointes de la caudale. D distance du bout du museau à l'extrémité antérieure de la nageoire dorsale. V distance du bout du museau à l'extrémité antérieure des nageoires ventrales,. A distance du bout du museau à l'anus.
ee | ARS Ai= D là A An longueur de la nageoire anale divisée par la longueur totale du corps L. Ds longueur de la nageoire dorsale divisée par la longueur totale du corps L. lcpl longueur latérale de la tête (du bout du museau au bord postérieur de l’opercule). divisée par la longueur totale du corps.
lcps longueur supérieure de la tête (du bout du museau à la crête occipitale) divisée par la longueur latérale de la tête.
ler longueur du crâne divisée par la longueur latérale de la tête. Imd longueur de la mâchoire inférieure.
V nombre total des vertèbres.
Ajoutons que tous les harengs étudiés sont des adultes mesurant au moins 22 centimètres de long (moyenne générale 26,5) et tels que toute cor-
rection à raison de leur âge serait inutile, comme nous le montrerons dans un cas topique.