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NOMBRE DES VERTÈBRES V

Ce caractère est réellement crucial, parce qu'il ne peut y avoir d'erreur sensible sur le nombre des vertèbres, parce qu’il s’agit d’un caractère à fluctuations assez réduites dans l'étendue d’une race, enfin parce qu'il s’agit d'un caractère essentiel. Les races à cet égard se répartissent de la façon suivante :

Vertèbres 58 Printaniers de Norwège (4e race).

57,3 Harengs d'Islande ({re race).

56,6 Harengs d'automne du Sud de la mer du Nord (9% race). 5!

56,54 Harengs d’automne de la Manche (8 race). 57,5 Harengs d'automne du Nord de la mer du Nord (10e race). 56 Printaniers du Liimfjord, du Belt etc (6e race).

5,7 Harengs d'automne du Kattegat et de la Baltique occidentale (12e race). cn.

59,9 strommlinge de la Baltique orientale (13e race). 99,4 Printaniers de la Baltique occidentale et mer du Nord méridionale (7e race).

53,8 Mer Blanche (14° race).

Sans y attacher plus d'importance qu’il ne convient, ou peut remarquer dans ce tableau un curieux accord avec la répartition géographique. Nous pouvons écarter immédiatement les races exotiques ou géographiquement isolées qui correspondent aux valeurs extrèmes, à savoir les harengs de la mer Blanche, de l'Islande, et les printaniers de Norwège. Restent deux groupes importants : l’un comprenant toutes les races de la Baltique avec 55 vertèbres 1/2 en moyenne (55-56 vertèbres), l’autre comprenant toutes les races d'automne de la mer du Nord et de la Manche avec 56 vertèbres 1/2 en moyenne (56-57 vertèbres). Entre ces deux groupes un lot intermédiaire à 56 vertèbres qui occupe précisément une position intermédiaire au point de vue géographique dans les détroits suédo-danois. À un autre point de vue, on peut remarquer que le nombre des vertèbres s'élève quand on passe des races confinées dans des mers peu étendues, à des races de plus en plus pélagiques. |

En résumé, nous observons que certaines races se trouvent tantôt très rapprochées, tantôt très éloignées de Ia nôtre, selon qu’on envisage tel ou tel caractère. Il n’y a guère, dans tout l’ensemble, que deux races qui avoisinent

ms ANT te

à peu près constamment la race de la Manche, ce sont celles des harengs d'automne de la mer du Nord,

Aiïnsi les harengs du Nord de la mer du Nord ont le même nombre de vertèbres que les nôtres et ils donnent des chiffres très voisins pour l'indice cranien, la longueur du crâne, la longueur supérieure et la longueur latérale de la tête, ils sont encore assez voisins des nôtres pour la position des nageoires et de l'anus, et nous ne trouvons guère en somme qu’une différence notable entre les deux races, la longueur de la mandibule, très coarte dans l’une, très développée dans l’autre, s’il n’y a pas d’erreur dans les moyennes comparées.

Les harengs d'automne du sud de la mer du Nord seraient encore plus voisins de ceux de la Manche, avec le même nombre de vertèbres, la même longueur du crâne, la même longueur de la mandibule, et des valeurs très voisines pour la longueur supérieure de la tête.

Nous sommes ainsi conduits, par les chiffres même de Heincke, à prévoir l'identité ou l’étroite parenté des trois races, et nous allons examiner cette question de plus près avec deschiffres qui nous sont personnels.

COMPARAISON SPÉCIALE DES RACES D'AUTOMNE DE LA MANCHE ET DE LA MER DU NORD

L'analyse qui précède nous a fait pressentir une grande analogie entre les races d'automne de la Manche et de la mer du Nord, ces dernières étant définies par Heincke. Mais ces conclusions exigent une étude plus approfondie; on peut, en effet, suspecter de part ou d’autre des erreurs systématiques; en outre, les chiffres de Heincke ne correspondent pas toujours à des lots suffisamment nombreux. C’est ainsi que pour la race méridionale de la mer du Nord, il a étudié 150 jeunes harengs pêchés à l'embouchure de l’'Elbe ou à Héligoland et mesurant en moyenne 15 centimètres de long, puis 17 harengs pris à 25 milles au large de Terschelling et mesurant 139 à 167mm ; nous ne pouvons accepter ces individus trop jeunes et qui pourraient par surcroit présenter un facies local plus ou moins accentué ; il ne reste donc plus pour définir la race que 19 harengs adultes pêchés ça et Ià aux mois d'août et septembre 1890 par l'expédition de la Sophie. (Fab. 104).

La race septentrionale est beaucoup mieux représentée dans les statistiques de Heincke : nous avons groupé dans le tableau ci-contre les divers lots étudiés par l’auteur : on y peut voir incidemment les fluctuations no-

tables que subissent les indices quand on les calcule sur des lots comparables mais trop peu nombreux.

On voit que les harengs de Heincke proviennent de trois régions bien distinctes : 1 la côte orientale d’Ecosse et les archipels du Nord ; 2 les bancs du Jutland et la côte danoise ; 3° la côte scandinave du Skagerrak. Nous aurions eu peut-être quelque scrupule à confondre tous ces groupes en une seule race, n'ayant pu jusqu'ici étudier que les individus de la première région, mais les indices de Heincke nous y autorisent comme les-autres circonstances extrinsèques et en particulier l’époque de la ponte. Nous avons donc fait pour l’ensemble la moyenne des indices. Nous avons fait figurer à la suite du même tableau les chiffres obtenus par nous pour 147 harengs d'automne du Nord de la mer du Nord : 100 de ces harengs ont été pêchés au large des Shetland (40 milles à l'Est magn. de Burrafjord) dans la première semaine de juillet 1902 ; les 47 autres ont été pris entre l'île Fair et les Orcades dans la seconde quinzaine de juillet 1902. Enfin, nous avons rappelé les indices précédemment trouvés pour nos harengs de la Manche.

Nos des tables de

Heincke

grigine lcpl lér

d'individus

Fair Insel eo D 3 e M En Peterhead.... 2,036 | 1,51 96

Moyennes. 2,04 | 1,52 | 100

Jutland Bank.| : GE 208 |'1,51"1 102 € 192 ?

id. d 2,06 | 1,54 99 $ 204 ?

Moyennes. > 2,05

Bohuslän..... 2,07 id. 207

Moyennes. 2,07

Moyennes générales pour les harengs de Heincke 1,527 | 100

Nos harengs d’'Ecosse 1,481 | 102,8

Nos harengs de la Manche 1,505! 99,8

Les indices trouvés par nous pour la position de l’anus et des nageoires, pour la longueur de celles-ci, concordent avec ceux qui caractérisent la race de la Manche, à peu près autant que ceux de Heincke. Mais on constate que les indices trouvés par Heincke étaient plus forts pour les harengs du Nord que pour les harengs de la Manche ; tandis que nos calculs et nos mensurations amènent le résultat contraire ; l’analogie se trouve donc confirmée plutôt qu'infirmée par ces résultats. Admettons un instant qu'il n’y ait pas d'erreur systématique sensible dans les indices à comparer Di, Vi, Ai, (cette hypothèse est d’ailleurs assez vraisemblable vu la nature des dimensions mesurées), nous pourrons alors combiner les moyennes de Heinckeet les nôtres : la même combinaison est encore légitime si les erreurs systématiques de Heincke sont de même sens que les nôtres ; dans le cas contraire, nous aurons des moyennes plus exactes, les lots étant à peu près égaux, mais

moins comparables aux moyennes des harengs de la Manche. Cette combinaison nous donne :

Harengs du Nord...... D=2182 Vi=2,05% Af=1,507 An =101,2? Ds =110,? Harengs de la Manche.. Di=2,185 Vi=2,045 Ai=1,505 An= 99,8 Ds = 110

Cette fois ce n’est plus une analogie, mais l'identité entre les deux races.

Nous observerons encore dans le tableau qui précède que les indices lcpl, lcps, lmd, ont des valeurs presque identiques pour nos harengs du Nord et nos harengs de la Manche : eu particulier le gros écart que nous donnaient les chiffres de Heincke pour la longueur de la mandibule, s'est considérablement réduit, et les harengs du Nord sont des individus à mandibule longue comme ceux de la Manche et ceux du Sud de la mer du Nord.

Examinons maintenant les harengs d'automne du Sud de la mer du Nord. Nous avons eu entre les mains divers lots conservés dans la glace et provenant tous des parages du Dowsing Bank ou de l’accore sud-ouest du Dogger-Bank : tous ont été pêchés dans les mois de septembre et d'octobre 1902. Au total nous en avons examiné 122. Nous donnons ci-dessous les indices relatifs à ce groupe et nous en rapprochons les indices correspondants des harengs du Nord et des harengs de la Manche.

Di V1 Ai | An | Ds | icpl ! &ps | er | im Harengs du Nord. 208... 2,171| 2,023 | 1,481] 102,8] 111,3| 197,6| 72,8 | 59,2 | 53,4 Harenas: du SL... some r 2,186| 2,034| 1,482 | 100,9] 111,6| 196,2| 72,8 | 59,5 | 53,2 Harengs de la Manche ...... 2,185 | 2,045| 1,505| 99,8] 110 | 200 73,0 | 58,8 | 54,0

Il est facile de voir que les harengs du Sud de la mer du Nord sont tout aussi rapprochés que ceux du Nord de nos harengs de la Manche, et l’on peut, avec le même degré de probabilité, conclure que ces trois races de Heincke ne se différencient par aucun des caractères examinés dans le tableau qui précède: le nombre de leurs vertèbres, le nombre des carènes comprises entre les nageoires ventrales et l'anus, militent encore dans le même sens, et il est probable que plus nous étudierons des lots nombreux, et plus nous trouverons de convergence entre les indices caractéristiques de ces races prétendues distinctes. :

HARENGS DE L'ATLANTIQUE (Exrrée pe Maxcue)

Quand nous avons entrepris l'étude comparative des harengs de la Manche et des harengs de la mer du Nord, nous avions admis d’après Heincke qu'ils formaient au moins deux races différentes. Nous voulions vérifier leurs caractères distinctifs connus, et, si possible, en trouver de nouveaux. Ces signalements établis, il eut été facile de distinguer partout les harengs de la Manche, de les suivre en leurs déplacements, de délimiter notamment vers l'Est leur habitat. Si l’on avait pu discerner un hareng de Boulogne et un hareng de Lowestoft, ou même un lot de harengs de Boulogne et un lot de harengs de Lowestoft, nous aurions pu tracer entre les deux bancs une ligne ou une zone de démarcation, peut-être une zone de pénétration. Mais l'hypothèse de Heincke s’est trouvée en défaut, et pour montrer s’il existe ou non une continuité entre les bancs qu'on pêche sur les côtes du Suffolk et ceux que l’on pêche sur les côtes de Flandre, pour trouver l'origine du banc de nos harengs, il nous faudra employer une méthode toute différente, mal certaine et beaucoup plus pénible à coup sûr.

Nous avons été plus heureux en ce qui concerne l’autre extrémité de la Manche, et si nous ne pouvons encore tracer la limite d'extension de nos harengs vers l'Ouest, nous avons accompli du moins une étape importante : nous avons pu établir qu'ils avoisinent de ce côté une race toute diffèrente et facile à discerner.

Pendant les mois d'avril et de mai, les bateaux de Boulogne et de Fécamp, avec quantité de bateaux anglais, pratiquent la pêche du maquereau aux filets dérivants sur la côte S-W d'Irlande : cette pêche se continue ensuite par le travers de la Manche. Or, il arrive souvent que dans les manets quelques gros harengs viennent s'emmailler : nous avons pu nous en pro-

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curer un certain nombre ; quelques autres nous sont venus par un coup de chalut donné au large des Sorlingues. Le hareng peut être assez abondant à cette époque, et les captures des manets n’en peuvent donner aucune idée car les mailles beaucoup trop larges ne peuvent capturer que les très gros individus et en outre le mouillage de cet engin à fleur d’eau ne convient pas pour la capture du hareng. En 1902, un bateau de Fécamp a rapporté 150 barils de harengs salés qu’il avait pêchés sur les fonds de Ballycotyn ou de Kinsale, c’est-à-dire à l'entrée du canal St-Georges, mais nous n'avons pu examiner ces individus qui appartiennent sans doute à la même race que ceux dont nous allons parler.

Au premier abord, tous les harengs de cette provenance se distinguent des harengs de la Manche par la forme de la nageoire caudale. Chez eux cette nageoire est relativement moins échancrée : elle est coupée plutôt carrément un peu comme celle des salmonides. Les opercules portent invariablement une large tache rouge carmin très vif qui persiste longtemps, même quand le poisson est conservé dans la glace : cette tache se retrouve parfois, mais à un moindre degré et assez rarement en somme, sur les harengs de la mer du Nord et de la Manche. Enfin, le système des canaux muqueux est extrémement apparent par transparence sur la lèvre supérieure. Cette particularité peut tenir d’ailleurs à la vieillesse des individus examinés : tous sont très gros en effet comme nous l’avons expliqué; la moyenne de leur taille atteint 282mm; pour un lot de 11 harengs la moyenne de leur poids était de 215 grammes et l’un deux pesait jusqu’à 280 grammes. Nous avons établi soigneusement la valeur moyenne des indices pour cette race à l’aide de 50 individus : à la vérité ce’ nombre est un peu trop restreint pour que les conclusions soient définitives, mais elles sont pourtant très probables, car les divers lots étudiés conduisaient séparément à des résultats très comparables comme le montre le tableau suivant :

(1) I se fait d'ailleurs au printemps une pêche de harengs assez fructueuse sur la côte du Comé de Cork, et il y aurait lieu de vérifier si ces harengs appartiennent à la race de la Manche ou à la race de l'Océan qui nous oceupe en ce moment. La même vérification serait utilement étendue aux harengs que l'on pêche dans la baie de Donnegal, et qui ont été si abondants au printemps de 1901. On prend encore en octobre des harengs guais dans le fond de cette baie de Donnegal, spécialement dans la baie de Ballysodare (Comté de Sligo).

me

1,473] 94,0! 109,7| 202,2 1,500 | 102,1 | 111,9 | 203,7 » 22 id. 1,486 | 107,9| 114,1 | 204.2

» juin28| Canal St-Georges 2,012| 1,482] 102,4] 110,5| 201,8

» 10! Au large des Sorlingues| 7 | 2,143! 2,033| 1,494 | 103,9| 115,0 | 201,4

Moyennes des harengs de l'Océan..| 5 2,154| 2,002| 1,487 | 104,4| 112,0 | 202,4

Moyennes des harengs de la Manche ...…. 2,185! 2,045| 1,505! 99,8! 110 | 200,0! 73,0 | 54,0

Moyennes des harengs du Nord de la mer

CURE re cree PA Ta su 1,481 | 102,8| 111,3] 197,6| 72.8 | 53,4

Nous remarquerons d’abord l’excellente corcordance des moyennes trouvées pour les divers lots, concordance quasi inespérée, étant donnée l'exiguité de chaque lot. Cet accord est la meilleure garantie de nos chiffres puisque le lot total est trop restreint pour conférer une grande certitude à ses moyennes. Nous tiendrons donc pour probable qu'il y a là une race dont les indices Di, Vi, Ai, sont extrêmement faibles : aucune de celles que Heincke a étudiées n’en présente d’aussi faibles : c’est donc, de toutes les races connues actuellement, celle qui possède les nageoires les plus rétrogrades et surtout l'anus le plus postérieur ; et à cet égard elle se détache même de nos harengs de la Manche ou de la mer du Nord, qui sont pourtant déjà très spécialisés dans le même sens. Pour les indices caractéristiques de la tête, le tableau nous montre qu'il n'y a aucune différence appréciable entre la race de la Manche et celle de l'Océan. Nous avons relevé soignement l'indice cranien sur 32 cranes préparés, et trouvé comme moyenne le chiffre de 34,4, c’est-àdire rigoureusement la même valeur que pour les harengs de la Manche: la race de l'Océan est donc très brachycéphale.

Pour le nombre de vertèbres, nous avons trouvé en moyenne 56,6, et le rang de la première vertèbre pourvue d’un arc hémal clos est 24,75; les chiffres correspondants pour la race de la Manche sont 56,6 et 24,88 : il y a donc encore accord complet sur ce point.

La race de l'Océan est donc extrêmement voisine morphologiquement de la race d'automne de la Manche et de la mer du Nord: elle présente les mêmes caractéristiques, et ne s'en distingue que par la position des na-

geoires et de l'anus ; la distinction est néanmoins assez considérable et assez nette pour qu'aucune hésitation ne soit possible et pour que l’on puisse sans peine discerner les deux races. Ajoutons que les harengs de l'Océan forment probablement une race d'automne, mais leur ponte pourrait être assez tardive car nous avons encore trouvé une femelle roguée dans le lot débarqué le 8 mai. Des études complémentaires sur cette race s'imposent et il y aura lieu notamment d’en prèciser les caractères distinctifs et de vérifier son extension le long des côtes d'Irlande et vers l'entrée de la Manche. Il y aura aussi à chercher si possible son extension vers le large car cette race paraît relativement océanique, et nous savons que des harengs peuvent se trouver assez au large dans cette partie de l'Atlantique ; nous en possédons un individu extrêmement gros qui a été pris au chalut sur le Jones Bank.

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