OBSERVATION I
(MM. Gaucher ét Sergent, Société Méd. des Hôpitaux, 13 juillet 1894)
Etienne C.., âgé de 24 ans, gaveur de pigeons, entre le 25 avril à l'Hôpital Saint-Antoine, salle Marjolin.
Depuis un mois, il sent ses forces diminuer, tousse, crache beaucoup, a de petits accès de fièvre; dans le courant de la semaine dernière, il a eu deux hémoptysies légères ; depuis ce moment, son expectoration est restée striée de petits filets de sang; il s’en est effrayé et s’est décidé à venir se faire soigner.
Cet homme est maigre, mais l’état général est assez bon ; l’habitus n’est pas celui d’un phtisique. Il se plaint
surtout d’une douleur siégeant dans le côté gauche du
thorax, un peu au-dessous dé la pointe de son omoplate, el qu'il ressent depuis le début de sa maladie, Il tousse souvent ; son expectoration est très abondante, épaisse, légèrement gommeuse, homogène, verdâtre ; elle est striée de minces filets de sang. Il n’y a pas de dyspnée, ni d'accès de pseudo-asthme.
La percussion fait découvrir dans la région du point douloureux, une zone de submatité qui répond à la fosse sous-épineuse et s'étend un peu au-dessous de la pointe de Pomoplate. Dans toute cette région, la respiration est obscure, légèrement soufflante ; après les grands efforts d'inspiration et surtout après la toux, on entend quelques râles sous-crépilants fins. En aucun autre point de la poitrine, il n'existe de lésion. Rien au cœur. Urines normales. Pas de fièvre.
Ce malade ne présente aucun antécédent héréditaire tuberculeux ; ses parents sont très bien portants (son père a 83 ans); il a deux frères très robustes.
Lui-même a toujours joui d’une santé parfaite ; il a eu simplement deux attaques d’influenza dans le cours de la même année, il y a deux ans, pendant son service militaire à l’Ile d’Elbe.
C’est un Italien des environs de Turin; il est venu en France il y a envifon un an, pour chercher de l'ouvrage, s’est employé comme journalier et est entré comme gaveuür de pigeohs il y a trois mois, dans une des rares
iñaisons où s'exerce encore cette profession, à Gharenton.
L’auteur termine son observation en indiquant le traitement symptomatique institué. Le malade sort de l'hôpital le 5 mai avec une amélioration nelte. Il revient à la consultation le 24 mai parce quil ressent à nouveau les mêmes symptômes que précédemment. Depuis cette date le malade n’a pas été revu.
Bien que les recherches bactério'ogiques ne soient pas mentionnées dans l'observation clinique, nous savons qu'elles ont été faites d’une jaçon très complète par les méthodes ordinaires: colorations sur lamelles, cultures, inoculation au pigeon. Elles ont montré la présence de l'aspergillus fumigatus et l’absence de bacilles de Koch.
Cette observation n'est cependant pas exempte dé critiques malgré la précision des faits relatés. Il s’agit en effet d’un malade qui n'a pu être observé qu’un court espace de temps et pour lequel il est impossible d'affirmer l’inexistence de tuberculose. malgré l’absence de bacilles de Koch.