‹ Contribution à l'étude clinique de l'aspergillose pulmonaire primitiveChapitre 15 sur 22 · RENE AE · texte numérisé non relu

RENE AE

par des injections sous-cutanées d’eucalyptol, le malade sortit peu à peu de cet état inquiétant, et se rétablit progressivement : il a considérablement engraissé et présente actuellement un véritable embonpoint ; Pappétit est excellent, ainsi que le sommeil. Il accuse de temps à autre et encore assez fréquemment, des hémoptysies, mais se plaint surtout d’une foux incessante, pénible, accompagnée d’une expectoration très abondante, suivie d’une oppression qui se manifeste au moindre effort:: jamais il n’a présenté de pseudo-asthme ni le jour, ni la nuit.

M. Féré qui le soignait depuis quelque temps à l’hespice de Bicêtre, où il venait le consulter, fut surpris de l'allure bizarre de sa tuberculose.

A lexamen physique, on est frappé d’une légère rétraction du côté gauche, au sommet, et à ce niveau, on constate à la percussion, une matité presque complète en avant et en arrière.

À- l’auscultation, on entend quelques râles sibilants du côté droit et quelques râles de congestion à la base du même côté. Du côté gauche, les lésions sont plus marquées : on perçoit sous la clavicule de gros râles souscrépitants qu’on retrouve en arrière dans la fosse sus-épineuse, accompagnés d’un peu de souffle et de quelques râles sibilants ; il ne nous semble pas douteux qu'il n'y ait 1à une cavité, mais une cavité en voie de éicatrisation, car nous n'avons pas (rouvé de gargouillement net, même après la toux. Ces raisons, ainsi que lexagération par places des vibralions thoraciques à ce sommet, nous font admettre la présence, en plus des lésions indiquées, d’un

processus, sclérosant indiscutable.

© : Dans les antécédents du malade, nous ne trouvons rien d'important à relever : il est issu d’un père inconnu et d'une mère morte d’une septicémie succédant à la plaie gangréneuse produite par un trocart, alors qu'au cours d’une affection cardiaque, on lui faisait une septième ponction d’ascite. Il n'eut jamais aucune affection dans sa jeunesse el fit son service militaire pendant cinq années dans les cuirassiers ; il n’a pas eu la syphilis Il y a vingt-deux ans qu'il exerce la profession de peigneur de cheveux.

C. — Mme P..., âgée de 40 ans, aide son mari dans son travail depuis son mariage, c’est-à-dire depuis vingt ans. Ce n’est que sept ans après, en 1881, qu’elle fut brusquement prise, elle aussi, sans affection broncho-pulmonaire antérieure, d’hémoptysies suivies d'accidents de congestion du côté du poumon gauche. Le tout céda assez rapidement, et pendant longtemps, elle ne paraît avoir gardé de cette atteinte qu'un peu de toux et quelques crachats rendus par-ci, par-là. Pourtant, les hémoptysies n’ont jamais complètement cessé, et, malgré une bonne santé apparente, malgré la conservation de l'appétit, elle a commencé à maigrir d’une façon assez sensible depuis quelques mois. L'examen du thorax révèle un peu de submatité en avant sous la clavicule du côté gauche, et de la vraie matité dans la fosse sous-épineuse de ce côté. A l’auscultation, on constate quelques craquements secs en arrière, et de l'expiration prolongée et soufflante en avant.

Ni dans ses antécédents héréditaires, ni dans ses antécédents personnels, on ne trouve trace de tuberculose.

Elle s’est toujours très bien portée ; toujours bien réglée,

Op

elle a eu 6enfants dont un seul est vivant : elle fit 4 fausses-couches et perdit un enfant de 2 ans de convulsions.

Tèlle est l’histoire clinique de cette famille. Elle nous permet de conclure à lexistence, chez deux de ses membres, d’une tuberculose pulmonaire ‘à allures spéciales, à évolution lente, en voie de rétrocession chez l’un d’eux, en voie de développement chez l'autre. ; Tous les examens et toutes les expériences semblent nous autoriser à conclure à l’existence de 2 cas de tuberculose aspergillaire simple, l’aspergillus, fumigatus étant seul et primitivement en cause, et le bacille de Koch n'ayant joué aucun rôle, ni primitif, ni secondaire. L’absence de ce microbe dans les crachats reconnue sur lamelles et par inoculation, la présence de formes mycosiques retrouvées dans les çultures, la virulence de l'agent pathogène, sa présence dans les poussières et dans la farine, la reproduction expérimentale de l'affection sur les

pigeons: tout permet de laffirmer.

Depuis l’époque où celte observation a été rapportée. L'auteur a eu lPoccasion de revoir plusieurs fois le père M. P..., dans le courant de l’année 1896. Les lésions ne se sont point étendues, et, par l'examen attentif de la poitrine, il a pu percevoir très nettement des signes de sclérose pulmonaire qui gênaient beaucoup le malade, notamment des accès asthmatiformes nocturnes, parfois des crises d’œdème aigu du poumon avec expectoralion mousseuse sanguinolente.

Cette observalion très complète, est peut-être la première relatée, de la localisation primitive de l'aspergillus. La longue évolution de la maladie, les recherches

AA PSN

minutieuses bactériologiques ayant montré l'absence de bacilles de Koch, ne peuvent laisser aucun doute. Nous nous trouvons en présence de la forme tuberculeuse de, l'affection évoluant lentement vers la sclérose pulmonaire.

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