OBSERVATION III
Ostéosarcome de l’humérus simulant un anérrysme. Pelletan, (Mélanges, in-8, t. CCCEXXIV.)
49 Un homme dans la force de l’âge (36 ans), est tombé d’un arbre de la hauteur de trente pieds et s'est retenu à une branche par la main droite ; dans un nouvel effort, il a saisi la branche de la main gauche, est remonté sur l'arbre pour en redescendre aussitôt à cause de la douleur qu'il éprouvait à l'épaule. Un rebouteur lui tourmente le bras malade et augmente ses douleurs. Pendant l'espace de vingt mois cet homme éprouva des alternatives de douleurs qui augmentaient par le travail et de soulagement que le repos lui procurait. Cependant il se formait une tumeur qui, suivant toute apparence, commença au moignon de l'épaule et s'accrut graduellement, occupant toute l'étendue du bras jusqu’à quatre travers de doigt de l'articulation du coude
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Si l'on en croit des rapports équivoques cette tumeur était dans son principe accompagnée de pulsations apparentes et le
malade a toujours dit en sentir d'internes. Elle était lisse,
rénitente, couverte de veines variqueuses : on sentait le battement naturel de l'artère humérale à la région qu’elle occupe
au côté interne du bras, mais elle était collée à la peau par la
pression de la tumeur.
Trois cautérisations faites par un charlatan, firent des plaies dont deux se cicatrisèrent bientôt, mais la troisième donna plusieurs hémorrhagies qui furent arrêtées sans peine et qui ne
pouvaient provenir que des veines variqueuses. Enfin on sen-
tait l'os huméral en défaut comme s’il était fracturé au lieu le plus bas de la tumeur. |
La tumeur fut regardée généralement comme un anévrysme et sur cette supposition on avait déjà proposé l’ampuütation au malade huit jours avant que je ne la visse. Pour moi, j'y reconnus un ostéosarcome.
L'absence de toute pulsation de la tumeur, sa rénitence, les battements naturels du tronc de l'artère humérale et surtout la solution de continuité de l'os étaient mes raisons de persuasion, et si la cause de la maladie et sa marche pouvaient faire naître l’idée d'un anévrysme, l'ostéosarcome pouvait être accompagné de circonstances semblables.
Je restai dans cette persuasion pendant un demi-mois.
La tumeur faisant des progrès prit un nouvel aspect. Un bruissement artériel se fit sentir à différents points, mais surtout au dessus et au dessous de la clavicule. Une nouvelle hémorrhagie eut lieu et fut arrêtée aussi aisément que celles d'autrefois; mais les douleurs du malade s’aggravaient prodigieusement, alors les élèves renouvelèrent l'idée d'un anévrysme,
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moi-même j’examinai de nouveau. En effet, si un ostéosarcome peut ressembler à un anévrysme par sa cause et son développement, il est aussi des anévrysmes qui en. imposent pour des ostéosarcomes, des anévrysmes sans pulsations, dont le développement est lent, détruit graduellement les os voisins; et enfin qui, n’occupant jamais que des branches artérielles subalternes, laissent le tronc principal dans son état naturel.
Je n'avais pour me décider que la comparaison des res sources que ces deux affreuses maladies présentaient comparativement.
L'ostéosarcome était absolument inattaquable et ce malade, au rapport de la Cheftaine, avait les nuits si fâcheuses qu'on crut plusieurs fois qu’il allait mourir.
L'anévrysme au contraire offrait une ressource dans une opération périlleuse mais dont les combinaisons sages pouvaient être salutaires au malade. J'y réfléchis beaucoup, même aux dépens de mon sommeil, et je présentai franchement et complètement le résultat de mes réflexions aux élèves de mon école. Enfin, je me dévouai au salut du malade et j'arrêtai le projet de mon opération combiné sur tous les incidents qu’un anévrysme de ce genre pouvait amener.
Ayant confié la compression de l'artère axillaire à un aïde intelligent je plongeai un couteau sous le muscle grand pectoral que le volume de la tumeur soulevait beaucoup, j'arrivai jusqu’à la clavicule et coupai l'attache du muscle à la gouttière bicipitale de l’humérus ; cette incision devait découvrir le creux de l’aisselle et faciliter la ligature du tronc de l'artère humérale ; mais à peine fut-elle faite que des jets de sang dardèrent de tous les points en jets continus, sans pulsations
artérielles. Je n’eus que le temps de faire placer des mains sur
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1e vaisseaux Jaillissants et. les découvrant l’un après l’autre, je fis autant de ligatures qu'il en fallut pour me rendre maitre du sang. Je reconnus cependant que l'artère humérale avait toujours ses battements naturels : preuve que je n'avais pas lié le tronc de la sous-clavière ou qu’au moins ses communications étaient tellement dilatées que le tronc de l'humérale continuait à recevoir du sang. Pour plus grande sûreté je liai ce tronc avec grande facilité.
Cela fait, j'incisai la tumeur et reconnus que c'était un ostéosarcome comme je l'avais annoncé dans le principe : il était formé par le développement de l'os en entier et l’on vit à son centre le corps médullaire, manifesté par sa couleur jaune. J’enlevai ce que je pus de cette vaste tumeur ; j'achevai l'amputation du membre sans perte de sang, et le malade, revenu de l'état de faiblesse où il avait été pendant quelques instants, fut reporté dans son lit. Il survécut deux heures et un quart à l’opération, et il me paraît démontré qu’il mourut moins d'hémorrhagie que de l’affection morale qui avait été excitée chez lui par les malveillants.
La dissection du membre et du sujet montrèrent qu’il n'avait point existé d'anévrysme mais que le volume, la solidité, le développement de la tumeur avaient tellement comprimé l’artère du bras, que tous les rameaux antécédents fournis par la sous-clavière avaient subi une énorme dilatation : elle était telle que le mouvement pulsatile des artères s’y perdait et que le sang en sortait par jets continus.