Le 197 décembre 18$2, pendant que je remplaçais, à
l'hôpital Saint-Louis, M: le professeur Malgaigne, on nous __amena un jeune homme nommé Désiré Turon, en nous priant de l'admettre dans les salles pour le guérir, disait-on, d'une
fraîcheur de l'épaule. C'est un garçon de 26 ans, batteur en grange, qui habite Sceaux et y est marié depuis 4 ans. Son enfance et sa première jeunesse se sont écoulées dans une santé parfaite, et il était tout entier à son travail, quand, il y a juste trois mois, dans les premiers jours de septembre, il ressentit une douleur dans l'épaule droite. Il n'en continua pas moins ses rudes occupations, car au bout de quelques instants
la douleur disparaissait dès qu'il était, comme il dit, échauffé
par le travail.
L’incubation de la cruelle maladie qui commençait chez ce malheureux, se prolongea ainsi durant près de deux mois, voilée, pour ainsi dire, sous une simnle douleur qu’il compare à celle des rhumatismes.
A cette époque, c'est-à-dire cinq semaines avant l'entrée à l'hôpital, un médecin d'Orsay fut consulté, lequel conseilla l'application de cinq petits vésicatoires volants, deux sur l'épaule même, les autres espacés sur le reste du membre.
Jusque là, le malade n'avait point remarqué que son épaule NS fût grossie. C'est à dater de l'application des vésicatoires que
ce nouveau symptôme le frappa ; c’est depuis lors aussi que
les fonctions du membre se perdent entièrement et que la dou-
leur, la pesanteur du bras, l' état see l'obligent enfin à sa
repos absolu. es
Ce n'est pourtant que te son séjour dans nos salles
qu'il reste alité. d :
Le premier jour de son entrée à Saint-Louis, tout le ee thoracique est augmenté de volume. Dans la moitié inférieure du bras, dans presque tout l’avant-bras, c’est un simple œdème, mais dur et un peu douloureux. Ce cylindre œdématié du membre est surmonté d’une tumeur uniforme, occupant tout le moignon de l'épaule, tout le tiers supérieur du bras et dont la grande circonférence est à peu près le double de celle mesurée sur la région saine correspondante. Il est facile de constater que le membre est amplifié dans tout son POUreUES dans l’aisselle comme vers l’omoplate.
Sous une peau amincie, rougeâtre et violacée par plaques, mais point vascularisée, on sent une surface bien égale et
irrégulièrement arrondie, une élasticité qui presque dans tous.
les points va jusqu'à la sensation de flot, sans qu'on puisse
dire si c'est à coup sûr la fluctuation d'un liquide, En appuyant le doigt avec un peu de force, on a la conscience de quelque
chose qui s'écrase et ce signe nous paraît avoir une valeur pathognomonique.
Point de frémissements, point de battements sous la main, rien non plus à l’auscultation, pas de soulèvements percep-
tibles à la vue. Pouls radial et cubital conservés à l’avant-bras
Douleurs cruelles dans la tumeur et dans le reste du membre
ien accusées surtout " us fe | jointure crane. $
se demi- luxée.… a EEE D: AE HA dut
MEET général était loin d' être alarmant à son tree res nos salles. Le pauvre garçon était seulement faible, inquiet,
tourmenté par l'insomnie. Mais quand, après quelques jours
d'un examen soigné, nous lui eùmes déclaré qu'il devait se
| préparer au sacrifice de son membre, il tombe dans un grand |accablement inter rompu par des heures d’excitation.
La fièvre devint continue, l'appétit se perdit complètement, et en même temps, chose extraordinaire, pendant les trois jours qu'il resta ainsi soumis à notre observation, la tumeur
augmenta sous nos yeux et graduellement d'un tiers environ de son volume. :
Ce fut surtout cette dernière circonstance qui leva nos doutes. M. Malgaigne nous avait montré tous les dangers de l'opération, le peu de probabilité qu’elle offrait pour sauver la vie de ce malheureux. Mais il nous parut cruel de lui refuser cette chance suprême de vivre, quelque faible qu'elle put être. L'examen de la poitrine, celui de l'abdomen, ne faisaient. découvrir aucuné généralisation du cancer.
Encouragé et assisté par notre excellent maître, M. Denonvilliers, en présence de M. Richet et de M. Broca, je procédai à l'extirpation du bras.
La désarticulation se fit avec facilité à cause de l'iniégrité des cartilages de la tête humérale, particularité importante que l’on retrouve dans presque tous les cas analogues à celui-ci. Le bras fut rapidement détaché, mais l'opération dura beaucoup plus longtemps qu'on n'eût pu le présumer d'abord,
parce qu'il fallait poursuivre dans la fosse sous-épineuse et
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sous le grand pectoral des prolongements de la tumeur qu’on n'avait pu énucléer chemin faisant.
Éa masse morbide intéressée par les premiers coups de couteau s'était ouverte dès Île principe et laissait échapper le sang en abondance. Nous jetâmes des fils sur les vaisseaux qui en donnaient le plus. |
Mais tout cela prolongea singulièrement les manœuvres, le malade était décoloré, sans pouls perceptible et nous crûmes à plusieurs reprises qu'il allait passer dans nos mains La déclivité de la tête, les frictions prolongées, l'application de boules d'eau chaude Île ranimèrent pourtant et il put être ramené dans son lit où il succomba à 4 heures de la journée.
Peu de jours s'étaient écoulés depuis la mort demon malade qu'on m'apprit quil existait un cas absolument semblable dans les salles de M. Velpeau, à la Charité.
La malade de M. Velpeau, était une jeune femme de 19 ans, Marie Th.. , domestique, née à Rennes, ayant habité en dernier lieu à Paris, quai d'Orléans, couchée au n° 2 de la salle Sainte-Catherine depuis le 23 octobre 1852.
Au mois de mai précédent, n'ayant jusqu'alors rien éprouvé d’anormal, elle ressentit une douleur dans l'épaule gauche. Ce fut en jouant ; on lui secouait les mains avec une certaine violence et cette sensation douloureuse s'accompagna d'une sorte de craquement. Cela fut du reste l'affaire de $ minutes, au bout de quoi, elle n'y pensa plus. Deux mois après, cette douleur revint et cette fois presque spontanément, et cette douleur se réveillait à coup sûr, chaque fois que la jeune fille élevait le bras. Elle habitait alors la campagne avec ses maitres, et le médecin du lieu lui prescrivit des pommades,
puis des vésicatoires qui n'amenèrent aucune amélioration. Ce
ndemain. de ces manœuvres que, : retour a Le le entra à l'hôpital de la Charité. PRO AANBRR,E. e 2m La tumeur étant alors manifeste. bien que pé se, DUREE É encore, on reconnut l'existence. id un. cancer de l’ tie Fos & Es Jui fut proposée. 12 ré pro LE ao let RESTES É dE ; Fe: Cette pauvre jeune fille ne put. croire qu’ ‘une si crible Re
. muüilation fut sa seule ressource ; elle s y refusa et chaque j jour Pete on put constater les effrayants progrès du mal. HE
La mort arriva le $ février 1853 cinq. Se su F apparition
de re 8 la tumeur ct huit mois après le ÉRAUIER symptôme DE: Fa de HAS \TOiqUIe fixe le début. 54
Minée déjà par d’atroces douleurs qui croissaient à chaque instant avec l'énorme développement du bras, ses derniers
moments furent hâtés par des symptômes aigus qui éclatèrent
du côté du poumon. sp ut