TRAITEMENT
Nous ne nous proposons pas de traiter longuement ce point de la question. Nous ne donnerons qu’un bref aperçu des règles générales, du traitement qui sera médical et chirurgical.
I. Traitement médical. -— 1° PENDANT LES Pk— RIODES DE CRISES. — Le malade sera mis au repos : on le fera même coucher s'il a des hémorragies.
Le régime aura une importance capitale : il sera lacté au début et même la diète hydrique ou la diète absolue devront être prescrites, si des mélænas ou des hématémèses surviennent.
La révulsion locale, les applicahions chaudes ou glacées sur la zone sensible calmeront la douleur et atténueront l’extension des phénomènes inflammatoires.
Quelques médicaments prudemment administrés mériteront d'être essayés ; 1l ne faudra pas trop leur demander : les a/calins, au moment des paroxysmes douloureux, les atténueront, le carbonate de bismuth, par doses de 8 à 10 grammes, pourra aussi donner
des résultats satisfaisants au point de vue sédatif et aider à la cicatrisation de l’ulcère.
En cas d’hémorragies, outre le régime, on prescrira une médication hémostatique : elle consistera à faire sucer aux malades quelques pilules de glace, à lui faire prendre du chlorure de calcium, quelques gouttes de perchlorure de fer ou d’adrénaline en potion. On fera de la dérivation au moyen des lavements chauds à 48° (Tripier). Enfin on essayera les injections de sérum frais, d’ergotine.
Le sérum artificiel sera réservé aux cas graves d’anémie. Il aurait, en dehors de cette circonstance, l’inconvémient d'augmenter la masse sangume, d’exaoérer la tension, et peut-être de faire saigner plus facilement. Comme adjuvant et en cas de syncope, on administrera aux malades de la caféine ou de l'huile camplhree.
Enfin, la constipation sera combattue par des /aæatifs ou des lavements.
Des cholagoques seront donnés contre l’ictère.
2° ENTRE LES PÉRIODES DE GRISES. — Dès la crise finie, et bien plus vite que s’il s’agissait d’ulcus de l'estomac, le régime pourra être moins sévère, les aliments n’arrivant pas directement au contact de l’ulcère, mais étant déjà remaniés quand ils viennent à son contact. On permettra alors des œufs, quelques légumes secs, de préférence. décortiqués, peu salés, enfin on instituera un régime définitif d’où seront exclus les mets épicés, les crudités, les viandes faisandées, les conserves, les alcools, les boissons irri-
tantes, en un mot tout aliment excitant la sécrétion gastrique, Même pendant les périodes de latence, le carbonate de bismuth ou les alcalins pourront être continués sans inconvénient.
Les ulcérations superficielles de la muqueuse pourront guérir complètement par le régime, prudemment ordonné et régulièrement suivi. Melchior prétend même que chaque phase d’accalmie, dans l'évolution de l’utérus duodénal, répond à la cicatrisation de la muqueuse. Ewald donne la preuve anatomique de la guérison de ces ulcérations, il retrouve au microscope, sous une muqueuse saine, de petits amas inflammatoires profonds et anciens de la sous-muqueuse, signature d’ulcérations guéries.
Mais si la guérison d’une ulcération superficielle est de règle par le seul traitement médical, 1l ne faut attendre de lui aucun résultat décisif dans les ulcus invétérés. Le médecm aura à sa disposition des moyens palliatifs qui pourront atténuer certains symptômes, mais qui ne pourront rien pour la guérison, ou même l’amélioration. Hartmann et Lecène, répondant aux arguments des auteurs trop enthousiastes pour le traitement médical et prétendant avoir vu ouérir ainsi des ulcères invétérés, leur signalent une cause d'erreur grave : « Un malade noté comme guéri retombe malade quelque temps après sa sortie de l'hôpital ; il est traité à nouveau et figure dans une statistique comme guéri: ce fait peut se reproduire plusieurs fois, jusqu’au jour où le malade, pris d’accidents plus graves, vient se faire opérer, ou bien suc-
combe par suite d’une complication (hémorragie ou perforation). Si bien que ce malade, qui peut figurer comme guéri dans deux, trois ou quatre statistiques médicales, est en réalité bel et bien mort de son ulcère. » I suffit de lire les impressionnantes statistiques de ces auteurs pour se convaincre de Pimpuissance du traitement médical indéfiniment prolongé. Il faut donc, avec eux, conclure : Après échec du trailementmédical ou même d'emblée lorsque le malade se présente porteur d'un ulcère compliqué, le traitement chirurgical est indique.
II. Traitement chirurgical. — D'abord il est sans danger, ou peut s’en faut ; 1l débarrasse le malade complètement du mal qui en faisait un Infirme, surtout il le met à l’abri de toutes les complications dont nous connaissons la fréquence et surtout la gravité.
Quelle sera l’opération pratiquée? C’est là une question que nous n’aborderons point. Disons ici seulement qu'il faudra d’abord et surtout dériver le cours des aliments pour mettre l’uleus au repos ; c'est la gastro-entéro-anastomose qui sera l'opération de choix. L’exclusion du pylore (définitive où temporare), de même que la résection de luleus, ou son simple enfouissement, pourront être discutés. Nous n'avons pas à discuter ici leurs mdications respectives et nous renvoyons, pour plus ample informé, aux nombreux travaux des chirurgiens parus ces dernières années sur ce sujet, et en particulier à la remarquable thèse d’Houdard, et au rapport de MM. Hartmann et Lecène.
Quant aux comPricaTiows, elles comporteront chacune leur indication spéciale: la perforation, bien entendu, nécessitera l’opération d'urgence.
Les hémorragies seront soignées médicalement, si elles sont très abondantes, les opérations fournissent alors de mauvais résultats, à cause de l’état de shock du malade et des difficultés opératoires. Si elles sont répétées, 1l y aura lieu d'intervenir, afin d'exciser l’ulcération saignante si possible, ou tout au moins afin de lui éviter le contact avec les aliments (gastroentérostomie, exclusion pylorique, jéjunostomie).
Enfin les sténoses, plus encore que les autres complications, bénéficieront au plus haut chef d’une gastroentéroanastomose. l
Quoi qu’il en soit, les malades opérés, mis à l’abri des complications, vont d’emblée être très améliorés. Mais pourquoi ne seront-ils pas quéris entièrement ? L’explication de cette guérison incomplète nous est fournie par l’anatomie pathologique : l’uleus n’est pas une maladie isolée d’une portion du tube digestif, et d’une seule de ses tuniques ; c’est la résultante locale d’une inflammation étendue ; tout autour d’un ulcère on voit le processus inflammatoire s'étendre très à distance de lui, et sous le microscope tous les plans anatomiques de la partie muqueuse, musculeuse, séreuse, participent à l’inflammation.
Si l’ulcus a été enlevé, une grosse amélioration se produira.
Les complications pour l’avenir sont évitées, mais inflammation à distance ne s’étemmdra que lentement.