‹ Contribution à l'étude clinique de la grippe – grippe à déterminations méningéesChapitre 33 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Méningite cérébro-spinale,

Jusqu'à présent, nous avons publié les observations de grippe revêtant une forme spéciale, caractérisée par des accidents méningés survenant très souvent d'emblée, aboutissant Le plus souvent à la guérison ; il n’existe pas, croyons-nous, dans ces cas, de lésions anatomiques véritables, c’est une simple hyperémie vasculaire ne s’accompagnant pas probablement d’une exsudation abondante de cellules lymphatiques dans les gaines périvasculaires.

Nous voulons maintenant citer quelques observations de méningite cérébro-spinale survenues comme complications dans le cours de la grippe; ce qui différencie cette dernière de la grippe à forme méningitique, c’est qu’elle est le plus souvent suppurée, aboutit presque toujours rapidement à la mort et répond à des lésions anatomiques tres nettes ; elle est souvent secondaire à une otite purulente, car la cavité bucco-pharyngienne a des rapports si étroits avec la caisse du tympan que les microbes peuvent

mue.

passer dans l’appareil auditif par la trompe d’Eustache et déterminer des accidents inflammatoires ; de son côté, la voie auditive donne accès aux méninges de plusieurs façons, soit par la muqueuse du conduit, soit par le sinus veineux, soit enfin par le nerf facial. Il faut dans ces cas de complications de la grippe, faire jouer un rôle important aux microbes de la suppuration, hôtes habituels de notre organisme, qui n’attendent qu’une occasion favorable de pénétrer dans nos tissus. La grippe est une maladie qui affecte très souvent l'arbre respiratoire et ouvre une porte d'entrée aux divers microbes (pneumocoques, Staphylocoques et streptocoques) que nous avons normalement dans la bouche et qui, par le fait de l'affection, voient leur virulence exaltée. Dans la méningite cérébrospinale secondaire à la grippe, on trouve souvent ces diverses espèces microbiennes dont la présence a été con- Statée par Bozzalo, Weichselbaum et Netter.

Nous ne voulons pas faire la symptomatologie de la méningite cérébro-spinale ; les Symptômes sont analogues à Ceux que nous avons cités dans la grippe méningitique ; nous dirons seulement que les phénomènes ménin gés sont, en général, plus intenses, de très courte durée, aboutissant vite au coma et à la mort; le pronostic est toujours très grave, la guérison est exceptionnelle.

Weichseibaum donne l'observation d’un Jeune homme qui, au cours de la grippe, a un abcès de la paupière supé rieure ; cet abcëès est ouvert ; le lendemain de l’incision, le malade est pris de vomissements, de céphalalgie, puis de délire; il meurt dans le coma.

À l’autopsie, on trouve du pus dans les sinus maxil laires et frontaux ; le pus avait ensuite infiltré la paroi

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postérieure du sinus frontal, avait consécutivement déterminé une méningite suppurée ; de plus, il s’était formé un abcès dans le lobe frontal du cerveau ; les ventricules même contenaient du pus. L'examen bactériologique est passé sous silence.

Nous trouvons également dans les rapports de Guttmann et Leyden des cas de méningite cérébro-spinale dans la grippe après la suppuration de l'oreille moyenne :

Un jeune et robuste ouvrier eut quelques jours après le début de la grippe subitement, dans la nuit, une perforation du tympan droit avec écoulement de liquide séreux, puis purulent; quarante-huit heures après, la membrane du tympan du côté gauche se perfore de même ; alors se développèrent les symptômes de la méningite, le malade mourut quinze jours après la première perforation du tympan et après avoir présenté une panophtalmie double avec cécité.

Ewald présente un eas concernant un médecin qui, après cessation de la fièvre, se plaignit de douleur dans la région du trijumeau ; la fièvre recommença et le malade posa lui-même le diagnostic d’empyème de l’antre d'Higmore ; de ce sinus s’écoula pendant l’opération une assez grande quantité de pus, sans que toutefois l’état s’améliorât ; le malade resté sans connaissance, mourut. É

A l’autopsie, on trouve de la suppuration de los ethmoïde et une méningite purulente limitée à la base autour des gaines périvasculaires ; dans le pus on trouva le staphylococcus pyogenes aureus.

M. Robin cite aussi le cas d’un malade qui, à la suite de la grippe, est pris, le 31 décembre 1889, de douleurs violentes dans les oreilles ; dix heures après, une hémor-

MAb0Se ragie abondante survient, puis s'établit un écoulement séro-purulent, le 1° janvier 1890, le malade va relativement bien.

Le 2 du même mois, il déjeune et dîne de bon appétit, fume un cigare et se couche ; au réveil, le malade à un violent mal de tête qui va empirant d'heure en heure; son médecin appelé le soir vers 3 heures, le trouve dans le délire et dans un état de surexcitation extraordinaire ; à 6 heures, il a complétement perdu connaissance et à 10 heures il meurt dans le coma, emporté par une méningite aiguë survenue tout à coup dans le cours de son otite grippale.

Tous les cas de méningite cérébro-spinale secondaire à une otite ou à tout autre abcès de voisinage ne sont pas rares, et nous pourrions en rapporter encore un grand nombre.

Nous voulons maintenant appeler Pattention sur deux observations dans lesquelles on a porté le diagnostic de grippe et qui ont présenté dès le début les symptômes primitifs de méningite cérébro-spinale suppurée sans présence d’otite, ou d'autre foyer purulent; la mort est survenue à bref délai.

Ces deux observations sont dues à M. le D' Morache, directeur dun service de santé du 18% corps d'armée.

PREMIÈRE OBSERVATION Méningite cérébro-spinale suppurée. — Mort.

D..., jeune soldat au 15° régiment de dragons, à Libourne, est

atteint de diarrhée le 40 janvier 1890; le 11, il se plaint de

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névralgie sus-orbitaire gauche, le 42 entre à l’infirmerie ; dans la nuit du 12 au 13 est atteint de délire et entre à l'hôpital d'urgence le 13 au matin.

Céphalalgie et rachialgie sucrée très violente, délire, cyanose, refroidissement général ; le 14, délire violent de la parole et d'action, raideur de la nuque et de la colonne vertébrale, cyanose, constipation, pouls petit, presque imperceptible. Le 15, cris continuels, injection des conjonctives et dilatation des pupilles, membres contracturés ; les 16, 17, 18, mêmes symptômes plus intenses ; rigidité du rachis considérable, contracture presque généralisée ; agonie de vingt-quatre heures.

A l’autopsie, on a constaté : des caillots organiques du cœur, de l'hypostase pulmonaire double ; le foie était volumineux avec tendance à la stéatose.

Encéphale et moelle : sinus gorgé ce sang; méninges recouvertes d’un enduit purulent épais sur toute la surface de la piemère qui est très épaisse; mêmes lésions des méninges médullaires avec enduit purulent plus épais à la région cervicale et à la queue de cheval, le cerveau est sain, la moelle est diffluente.

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