‹ Contribution à l'étude clinique des encéphalites de la coqueluche: à propos d'une observationChapitre 6 sur 40 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C’est JARKE, qui le premier, en 1896, rapporte à Pencéphalite les constatations anatomiques qu’il a faites chez une fillette de 7 ans. Celle-ci avait présenté une hémiplégie gauche progressive avec dé-

slt

viation conjuguée de la tête et des yeux, suivie d’une paralysie droite aboutissant rapidement à la mort.

Par la suite, VALENTIN, en 1901, dans sa thèse, rapporte 79 cas de paralysies au cours de la coqueluche. Beaucoup peuvent être rattachés à l’encéphalite.

C’est surtout J. ComBy, en 1907 qui étudie réellement les encéphalites aiguës non suppuratives chez l'enfant. À ce propos, sur 24 observations qu’il publie, 4 sont apparues au cours de la coqueluche.

En 1921, sur 62 nouveaux cas, 7 ont trait à la coqueluche.

Plus récemment, de nombreux auteurs ont étudié ou rapporté des cas personnels. Parmi eux, il faut faire une large place aux importants travaux de Dugois, LEY, DAGNELIE, en 1932 ; WILLEMIN, CLOG, MELy et Mlle JUNG, également en 1932; GRENET et MourRuT en 1933.

P. NOBÉCOURT dans sa clinique médicale des enfants publie une leçon faite le 5 février 1921 sur les réactions méningées et encéphalo-méningées dans la pneumonie et les broncho-pneumonies des enfants. Il insiste à ce propos sur l’intérêt pathogénique de la question.

Parmi d’autres publications du même auteur et intéressantes pour le sujet qui nous occupe, il faut également signaler celle faite sous ce titre :

« Trois nouveaux cas d’infection neurotrope chez l'enfant. S'agit-il d’une épidémie ? ».

Tout récemment, dans sa thèse, en 1935, Mile ComBy leur consacre un chapitre.

Enfin, parmi les observations isolées, il faut citer celles de SCHREIBER, HOCKINJOS, NEURATH, VIDAL, tous avant 1905;

De CARELLI, 1919, de BÉRARDI, 1927; de Forp, 1929; de SANTILLANA en 1933.

Pr (oee

Notre travail sur les encéphalites de la coqueluche sera fait selon le plan suivant :

En premier lieu, nous rapporterons une observation inédite. Dans la deuxième partie, nous nous efforcerons de faire une double étude d’ensemble de ces encéphalites, clinique et anatomo-pathologique. Enfin, nous étudierons les différentes hypothèses qui ont été émises sur leur pathogénie.

En conclusion, nous résumerons les principales notions qui découlent de cette étude clinique et pathogénique.

OBSERVATION INEDITE

N. J..., âgée de 5 ans, entre à l'Hôpital de l’Institut Pasteur, dans le Service de M. le Docteur René MARTIN, pour SARNUUE

Il n’y a rien de particulier à signaler dans ses nice dents. Née à terme — sans forceps — aucun traumatisme obstétrical. Elle est la troisième enfant d’une famille de quatre enfants. Le début de sa maladie remonte au 21 juil. let 1932, date à laquelle les premières quintes caractéristiques ont fait, dès leur apparition, poser le diagnostic de coqueluche.

Jusqu’au 4 août, l’enfant ne présente rien d’anormal. La coqueluche est d’intensité normale — 10 à 15 quintes par 24 heures, sans vomissements alimentaires. La température oscille entre 37°2 le matin et 37°8, 38° le soir.

Le 4 août, un vomissement se produit, mais, fait anormal, ce vomissement se produit sans efforts en dehors de toute quinte. Pas de température.

Le 5 août, les vomissements se renouvellent plusieurs fois dans la journée et l’enfant présente un état de prostration et de stupeur étrange ; elle qui était loquace les jours précédents, reste des heures sans dire un mot et ne répond à une question qu'après plusieurs sommations. La constipation est opiniâtre, nécessitant un lavement quotidien.

Jusqu’au 9 août, le tableau reste sensiblement identique, lorsque le matin, en dehors d’une quinte de toux, une grande crise convulsive éclate : convulsion généralisée avec perte complète de la connaissance, incontinence des sphincters.

Cette crise convulsive dure pendant trois quarts

HE

d'heure, puis l’enfant tombe dans un coma qui dura plusieurs heures.

Le soir, au moment de l’examen, la fillette est encore subcomateuse, inerte, semblant ne pas comprendre et n’articulant que quelques syllabes incompréhensibles.

Les réflexes tentineux des quatre membres sont faibles ou nuls. Le réflexe cutané plantaire se fait en extension. L’hypotonie est très accentuée.

On ne peut cependant pas parler de quadriplégie flasque, car une excitation violente déterminait des mouvements légers qui n'étaient pas des réflexes de défense. Il n’y a pas de signes physiques de réaction méningée, sauf une raie rouge vaso-motrice ; mais les vomissements persistent ainsi que la constipation. Les réflèxes pupillaires sont normaux. Il n’y a pas de paralysies oculaires. Toutes les paires craniennes sont intactes.

Enfin, il n’y a aucun signe d’otite. La sensibilité douloureuse, la seule qu’il est possible d’explorer, semble très émoussée. La température est à 38°. Le pouls régulier bat à 70.

Une ponction lombaire faite immédiatement permet de retirer un liquide clair, hypertendu, s’écoulant en jet et contenant 90 éléments à la cellule de NAGEOTTE.

Il y a une polynucléose nette : 95 % de polynucléaires. 5 % de lymphocytes, quelques globules rouges.

Il y a 1 gramme d’albumine par litre.

Le sucre est à 0 gr. 52.

Une cuti-réaction pratiquée est restée négative.

Le traitement institué à cette date, 9 août, consiste en abcès de fixation, et injections intra-veineuses de septicémine.

Le 10 et le 11 août, les convulsions ne se reproduisent pas et l’état reste sensiblement identique.

Le 12 août, l’enfant présente alors une grande aphasie.

A cette date, l’état subcomateux est disparu, mais elle semble très mal comprendre ce qu’on lui dit et est incapable d’articuler aucun son autre que des grognements incompréhensibles.

Les réflexes tendineux sont très faibles.

PSN 7,

Le signe de BABINSKI persiste.

L'enfant s’alimente légèrement et sa prostration semble un peu moins marquée que celle qu’on avait remarquée dès le début, le 4 et le 5 août précédents.

L’abcès de fixation est en voie de collection et peut être ouvert le 14.

Une ponction lombaire faite le 12 montre 22 éléments à la cellule de NAGEOTTE, dont 50 % de polynucléaires, 50 % de lymphocytes, 0 gr. 35 d’albumine.

Cette fillette reste dans cet état d’indifférence et de prostration jusque vers le 17 et ce n’est qu’à cette date qu’elle sembla reconnaître les siens et s’intéresser à ce qui se passait autour d’elle.

On arrête la septicémine, la fièvre ayant disparu et on commence une série de vaccin anti-coquelucheux.

Le 21, elle semble comprendre ce qu’on lui dit et peut exécuter les ordres simples.

Le 24, elle commence à dire quelques mots.

Rapidement, par la suite, elle retrouve le sens de la parole et le 12 septembre, elle peut se lever et semble normale à tous points de vue.

Nous avons revu cette malade récemment. Elle ne garde aucune trace psychique de cette méningo-encéphalite.

En résumé, il s’agit d’une enfant de 5 ans qui, au cours d’une coqueluche par ailleurs banale, a fait brusquement une méningo-encéphalite, s'étant traduite par une grande crise convulsive suivie d’aphasie totale, ayant duré 2 semaines, et qui a guéri complètement.

Dans cette observation, divers points méritent d’attirer l’attention.

L'âge de la malade n’est pas celui où l’encéphalite se rencontre le plus souvent. Comme il suit de communications récentes de M. GRENET ainsi que de M. Comsy, l’encéphalite ne se rencontre que rarement après 2, 3 ans et notre malade avait 5 ans.

SG

Cette méningo-encéphalite survenait en dehors de toute autre complication. Il n’y avait pas d’otite, ni aucune manifestation pulmonaire.

Le diagnostic de méningo-encéphalite de la coqueluche semble être le seul qui puisse convenir à ce cas. Toutefois, la première fois où elle a été examinée dans le service, il était permis d’envisager, devant les signes méningés qu’elle présentait, la possibilité d’une méningite tuberculeuse; ce diagnostic devait être éliminé par la formule cytologique du liquide céphalo-rachidien, la cuti-réaction négative et surtout par l’évolution de la maladie.

Le liquide clair, nullement hémorragique, ne permettait pas de penser à une hémorragie méningée qui semble bien rare à titre primitif dans la coqueluche, comme l’ont montré les travaux récents.

Aussi le seul diagnostic plausible était celui de méningo-encéphalite coquelucheuse, mais ce cas était anormal à plus d’un titre. La participation méningée, si elle a été signalée, semble pourtant beaucoup plus rare que la forme convulsive, même sans modifications du liquide céphalo-rachidien. Or, chez notre malade, les premiers symptômes observés furent des vomissements en fusée, de la céphalée et de la constipation. Certes, l'examen révélait l’absence de contractures, mais la ponction lombaire montrait un liquide présentant une réaction méningée indiscutable et permettait d'affirmer qu’il y avait une participation méningée certaine.

L'évolution favorable de ce cas est également un fait à retenir. L’évolution se fait trop souvent vers la mort, ou, lorsque celle-ci ne se produit pas, le pronostic est bien souvent assombri par des séquelles. Or, ici, rien de tel. La guérison a été relativement rapide et totale.

Faut-il attribuer ce succès à l’abcès de fixation et

la septicémine ? Nous ne saurions l’affirmer mais nous avons cru logique d'appliquer ce traitement, classique dans les encéphalites épidémiques, à cette encéphalite coquelucheuse.

Dès que la fièvre est tombée, nous avons cru devoir substituer à la septicémine, un traitement plus spécifique, en l’occurence du vaccin anticoquelucheux.

DEROIDE 2

ETIOLOGIE

FREQUENCE

Les encéphalites de la coqueluche sont assez fréquentes.

En un an, sur 135 coqueluches, DuBois, LEY, DA- GNELIE observent 8 syndromes encéphalitiques dont 7 mortels.

Au cours du premier semestre de 1932, WILLEMIN, CLoc, MÉLY et Mlle JUNG ont pu observer dans la clinique du Professeur ROHMER de Strasbourg, 10 encéphalites sur 97 coquelucheux admis.

De 1911 à 1920, de Tont rapporte 6 observations italiennes.

De 1921 à 1930, ce même auteur en a constaté 26.

Page 1