‹ Contribution à l'étude clinique des formes anormales de septicémie éberthienneChapitre 13 sur 20 · LEADER · texte numérisé non relu

LEADER

Durant les cinq mois que la malade demeura dans le service, où nous eûmes l’occasion de la voir presque chaque jour, la courbe thermique, que nous étudierons d’ailleurs en détail, se maintint élevée et oscillante, el à aucun moment apparut le moindre

autre symptôme d’Eberthémie.

Aucun symptôme abdominal ou digestif.

Le léger état gastrique du début disparut même rapidement. Plus de vomissements, la malade avait bon appétit, la langue, quoique un peu saburrale, n'avait rien de la langue rôtie d’un typhique.

Jamais de diarrhée, pas non plus de constipation opiniâtre, aucune douleur spontanée ni à la palpation, pas de météorisme ni de gargouillement de la

fosse iliaque.

Aucun symptôme accessoire de dothiénenterie.

Ni ulcérations du voile du palais, ni taches rosées dont la non-apparition était cependant vérifiée presque chaque jour. |

Pas de splénomégalie (décelable du moins).

Pas d’albuminurie : la recherche .courante de lalbumine par l’acide azotique fut faite à maintes reprises, toujours sans résultats. Le 18 novembre, un dosage de l’albumine dans les urines des 24 heures n'en révèle que 0 gr. 24 pour un litre (quantité totale).

Pas de bronchite, et, à ce propos, signalons que

les quelques râles que présenta la malade ayant attiré l'attention, on fit faire, au laboratoire bactériologique, une recherche de bacille de Koch dans les crachats après homogénéisation. L'absence de bacilles, ‘puis la disparition complète de tout signe pulmonaire, démontrèrent bientôt l’inexistence de lésions bacillaires évolutives.

Peut-on considérer les douleurs rhumatoïdes dont se plaignait la malade comme un symptôme secondaire d’Eberthémie ? La fréquence de cette manifestation dans les typhoïdes classiques, les nombreuses formes d’arthrotyphus Eberthien y inciteraient. Mais cette malade ressentit, à l’âge de 30 ans, des douleurs analogues, qui furent assez intenses à cette époque pour justifier l'application, sur le genou gauche, de pointes de feu, dont les cicatrices étaient encore visibles. Ces douleurs ne disparurent jamais complètement ; elles étaient sujettes à des exacerbations. Et, en tout cas, ce symptôme même, rapporté dans son aggravation à l'affection Eberthienne, aurait été d’un bien faible secours diagnostique. IL est bien établi en effet que le rhumatisme, les arthralgies, les arthrites même se rencontrent très fréquemment dans toute septicémie, qu’il s’agisse de mélitocoque, méningocoque, gonocoque.

D'ailleurs, il s’agissait en l’espèce de phénomènes uniquement subjectifs, sans modifications quelcorques des articles, sans œdème ni épanchement.

Intégrité de l’état général.

Quoique un peu asthénique, notre malade était loin d’être prostrée. Son activité intellectuelle était absolument normale elle s’intéressait à tout, mangeant avec appétit, attendant avec impatience la fin de cette fièvre qui la retenait au lit et constituait pour elle toute sa maladie.

En effet, contrastant avec l'absence de tout autre

symptôme, l’intégrité de l’état général, on note :

10, — Persistance d’une courbe thermique irrégulière et sans caractères classiques.

Nous avons vu que, dans l’immense majorité des cas de dothiénentérie typique et même de septicémie Eberthienne atténuée et anormale, la courbe thermique présente généralement quelques caractères classiques (stade ascendant, plateau plus ou moins net, oscillations descendantes).

AU CONTRAIRE} LA COURBE THERMIQUE DE NOTRE MA- LADE, REPRODUITE A LA SUITE DE L'OBSERVATION, EST RADICALEMENT DIFFÉRENTE DES GRAPHIQUES EBERTHIENS ET NE PERMET DE RETROUVER AUCUN DES CARACTÈRES. HABITUELS.

Chez notre malade, la température oscille d’abord irrégulièrement entre 37°3 et 38°7, jusqu’au 20 septembre au soir, où R.. S... éprouve un frisson intense, avec claquement des dents, et le graphique dessine, à cette date, un clocher à 3995.

Progressivement, la température revient à la moyenne le matin, durant trois ou quatre jours, mais le soir du 26 septembre, nouveau grand frisson, et la fièvre atteint 39°6 à cette date. Ce clocher reste isolé, la température du lendemain soir n’est plus que de 39°, puis 38° le surlendemain et elle oscille irrégulièrement quelques jours, avec, en moyenne, 37°5 le matin et 38°5 le soir.

Le 4 octobre au soir, nouvelle ascension thermique (précédée la veille d’un type inverse), à 40°4 (38°4 seulement, le matin de ce même jour). C’est le plus haut degré thermique que notre malade ait présenté durant tout le cours de son affection (46 jours après le début). |

Le lendemain de ce maximum, la température du matin est normale, à 36°9 ; elle remonte le surlendemain, pour se maintenir ensuite assez régulièrement oscillante autour de 38°.

Le 14 octobre, ascension nouvelle, un peu moindre cependant (39°2), à laquelle fait suite une autre série d’oscillations, un peu moins élevées que les précédentes.

Le 21 octobre, nouveau bond à 39095 le soir, alors que la température de la veille était seulement 37°5.

Le 24 octobre, le thermomètre marque 37°1, aussi bien le matin que le soir ; un type inverse deux jours après, et le 28 octobre, un 39° est encore enregistré.

La température se maintient alors très haute, vers 39°, jusqu’au 8 novembre, baisse légèrement durant deux jours, et le 10 novembre au soir, remonte à 39°6.

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Durant une quinzaine de jours, suite d’oscillations descendantes de faible amplitude, et brusquement, le 1* décembre, la malade éprouve, le soir, un nouveau violent frisson, ayant duré cinq minutes, et la température fait un bond à 39°2.

C’est le dernier accès ; durant les dix premiers jours de décembre, la fièvre est beaucoup moins intense, avec de très faibles écarts vespéraux. Malgré une légère recrudescence du 15 au 20 décembre, la température devient progressivement sub-fébrile vers le 1* janvier, demeure telle durant environ un mois, sans accidents notables ou grands écarts, et atteint enfin l’apyrexie franche vers les derniers jours de janvier.

Peut-on dégager brièvement les grandes lignes de cette longue courbe thermique ? En somme, IL S’EST AGI D’UNE SÉRIE D’OSCILLATIONS, À MAXIMUM DE PLUS EN PLUS ÉLEVÉ, JUSQU'AU CLOCHER, SURVENANT LE SOIR ET S'ACCOMPAGNANT PRESQUE TOUJOURS D'UN FRISSON INTENSE (celui du 26 septembre dura au moins vingt minutes, avec intense claquement de dents). À ce maximum thermique, ponctué cliniquement de cet épisode, fait suite une série d’oscillations descendantes.

Ces accès fébriles sont particulièrement typiques durant tout le mois de septembre, tout le mois d’octobre, jusqu’au 10 novembre, et se reproduisent tous les sept jours environ.

Puis les accès s’espacent (tous les 16 jours) et sont moins intenses (celui du 16 décembre n’atteint que 38°7).

Le mois de janvier se passe sans accès, avec une

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température subfébrile jusqu’à l’apyrexie (début de février).

20 — Positivité des signes de laboratoire.

L'unique symptôme net de cette affection, la fièvre, ne présentait aucun caractère susceptible de mettre sur la voie du diagnostic vrai, et seules les réponses indiscutables fournies par le laboratoire permirent de ramener à sa véritable cause cette maladie, si curieusement monosymptomatique.

Leur signification est indiscutable et si le 20 septembre le séro-diagnostic ne fut positif qu’à 1/50, il devint, le 15 novembre, très positif jusqu’à 1/250. La valeur de cette réaction, chez un individu non vacciné, indemne de typhoïde antérieure, à partir de ces taux élevés, n’est pas contestable.

Le 7 octobre enfin, l’hémoculture décèle un bacille à Gram négatif, mobile, et le repiquage de ce bacille sur milieux différentiels montre qu’il s’agit de bacille d'Eberth (Docteur Lebœuf, laboratoire de Bactériologie de l’Université de Lyon).

Deux hémocultures par la suite restèrent stériles, mais le fait n’a rien qui doive surprendre. Même dans les septicémies massives, plusieurs hémocultures négatives ne signifient rien et surtout n’infirment nullement les résultats obtenus, même une seule fois (1 sur 6 dans le cas publié par MM. Barjon et Lesieur).

Évolution.

Toute l’évolution de cette affection se confond avec le développement de la courbe thermique (dont nous avons donné le graphique) et que nous avons étudié en détail.

Il s’est agi, en résumé, nous le répétons, d’une SÉRIE D'ACCÈS FÉBRILES, S'ACCOMPAGNANT GÉNERALEMENT D'UN GRAND FRISSON AVEC TREMBLEMENT INTENSE.

,Ces accès, d’abord répétés assez régulièrement tous les six ou huit jours, durant deux mois, affectent, du 28 octobre au 11 novembre, un rythme plus accéléré (quatre accès en quinze jours), puis s’espacent (deux accès seulement du 11 novembre au 21 décembre), puis, progressivement, s’installe l’apyrexie et la guérison peut être considérée comme acquise au début . de février, après environ 160 JOURS DE MALADIE.

Pourrons-nous déduire de cette seule observation une règle clinique et dire que la Septicémie Eberthienne de type fièvre prolongée sans localisation, témoignant probablement et d’un germe peu virulent et d’un organisme résistant, évoluera fatalement

vers la guérison ? Certainement, non, et ici, plus peut-

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être encore que partout ailleurs, se trouve justifié ce principe : « Il n'y a pas de maladies, mais des malades ». Il est parfaitement logique d'admettre qu’au cours de cette longue bataille entre le bacille répandu dans l’organisation générale, ét l’organisme, ce dernier fléchisse brusquement, épuise ses défenses, et qu'un épisode aigu (dothiénentérie classique, Eberthite secondaire localisée) soit ainsi l’aboutissant de cette longue septicémie presque sans symptômes.

L'observation ci-dessous, que M. le Professeur Audibert, qui l’a publiée (loc. cit.), range comme unique cas dans le cadre des « Septicémies Eberthiennes pures chroniques », est particulièrement démonstrative à cet égard.

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