‹ Contribution à l'étude clinique des formes de la maladie de ParkinsonChapitre 3 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La maladie de Parkinson (paralysie agitante) est une affection aujourd’hui bien connue et généralement facile à diagnostiquer gràce aux nombreux travaux publiés sur ce sujet depuis une trentaine d’années.

Il semble donc qu'il doive rester peu de chose à en dire au point de vue clinique. Cependant après avoir entendu M. le professeur Charcot formuler des réserves sur quelques cas d'un diagnostic difficile, après avoir vu un certain nombre de malades s’éloignant notablement du type ordinaire, j'ai pensé qu'il serait de quelque intérêt de retracer un tableau des aspects variés de la maladie de Parkinson.

J'ai tenu à rester exclusivement sur le terrain clinique, sans me hasarder dans des hypothèses plus ou moins fondées sur la nature de l'affection, d'autant mieux que je n’ignorais pas que M. le Docteur Paul Blocq poursuivait sur ce sujet des recherches anatomo-pathologiques dont il doit prochainement publier les résultats.

Mon programme se réduisait donc à ceci : décrire les différentes modalités cliniques de la paralysie agitante, en cherchant à les différencier des affections qui peuvent simuler chacune de ces formes.

Pour cela il fallait les réunir par groupes, artificiels, sans doute,

pee quoique fondés sur l'observation ; c'est ce que j'ai cherché à faire en donnant autant que possible un exemple de chaque variété.

J'ai cru devoir entrer dans quelques détails à propos de certains points de diagnostic, alors que d’autres sont brièvement signalés; c’est que j’ai eu surtout en vue ce que j'avais pu observer, et les erreurs de diagnostic dont j'avais été témoin.

J'ai donné aussi quelques développements à la description des attitudes qui présentent des variations encore peu connues.

Mais avant tout, je tiens à exprimer ma reconnaissance aux maitres dont ‘j'ai reçu l’enseignement pendant le cours de mes études médicales. |

Je remercie vivement M. le professeur Charcot de l'honneur qu’il a bien voulu me faire en acceptant la présidence de cette thèse. Tous les éléments en ont été réunis dans son service et les commentaires qui les accompagnent découlent de l’enseignement que j'y ai reçu.

La tâche m'a été grandement facilitée par la bienveillance du personnel de ce service auquel je n'étais plus attaché quand j'ai entrepris la rédaction de ce travail. Mon maître et ami Dutil, qui m'a laissé toute liberté pour recueillir lesobservations des malades qui se présentaient à la consultation ; M. le Docteur Paul Richer, chef du laboratoire, qui a bien voulu m’autoriser à reproduire plusieurs de ses dessins ; M. Londe, directeur du service photographique, qui a consenti. à prendre des clichés de la plupart de mes malades; M.le Docteur Parinaud, chefduserviceophthalmologique qui, tant à la Salpêtrière qu’à sa clinique, m’a prodigué ses. excellents conseils ; M. le Docteur Gilles de la Tourette, ancien chef de clinique; M. le Docteur Paul Blocq, chef des travaux anatomiques, me permettront de leur exprimer toute ma reconnaissance.

Je dois aussi une grande gratitude à M. le professeur Laboulbène qui m'a souvent guidé de ses sages conseils, et à M. le professeur Tillaux près de qui j'ai pendant deux ans puisé les. principes de la bonne chirurgie. | |

Il est parmi mes maîtres un homme auquel je dois une mention

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toute spéciale : c’est M. le Docteur Paul Poirier, chef des travaux anatomiques à la Faculté, qui ne m'a ménagé ni les conseils ni les enseignements, et à bien voulu me faire une place dans son laboratoire de l'École pratique.

Je n’ai garde d'oublier l'excellente année passée dans le service de M. le Docteur Rendu.

Je remercie également MM. Gaucher, Polaillon et Marchand de l'enseignement que j'ai recu d'eux.

M. le Docteur Falret, pendant l’année que j'ai eu l’honneur de passer dans son service, ne s’est pas contenté de m’apprendre les éléments de la pathologie mentale ; il m'a toujours témoigné une bienveillance spéciale, se rappelant qu’il avait été jadis le collègue demon père ; en mon nom et en souvenir de Celui que j'ai eu le malheur de perdre, je le prie d’agréer l'assurance de ma vive reconnaissance.

Dans ses entretiens de chaque matin M. le Docteur Séglas a su, plus que quiconque, me rendreattrayante observation des aliénés.

Dans le stage, trop bref à mon gré, que j'ai fait dansles asiles de la Seine, j'ai pu grandement apprécier les conseils des chefs auxquels j'ai été attaché, MM. Magnan et Paul Garnier.

Depuis plusieurs mois, j'ai trouvé dans M. le Docteur Budin, un chef ainsi bienveillant que savant, grâce à lui et à ses aides j'aurai pu acquérir quelques connaissances précises en obstétrique.

Je remercie enfin tous ceux qui m'ont aidé de leurs conseils et

honoré de leur amitié, en particulier les Docteurs Noël Hallé, J. Belin, H. Rieffel.

Historique.

La première description régulière qui ait été donnée de la paralysie agitante, date de 1817, elle est due à James Parkinson, médecin anglais, qui l’a présentée dans un petit ouvrage intitulé « Essay on the Shakimg palsy ».

Sans retracer ici, l'historique complet des travaux parus sur le sujet, et sans prétendre trancher la question de savoir si la priorité appartient réellement à Parkinson, il convient de rappeler que quelques pathologistes ont essayé de retrouver dans les descriptions plus anciennes de Sauvages (1) et de Sagar (2), tous les caractères de la paralysie agitante, sous les noms de Chorea festinas et de Scelotyrbe festinas.

D’après MM. Charcot et Vulpian, Copland (a dictionnary of practical medicine, article paralysie) cite Harsher, Diemerbrock, Schelhammer, Hamberger, Franck comme ayant décrit la paralysie agitante avant Parkinson.

Quant à ce dernier auteur, voici le tableau qu’il en avait tracé.

« Le début s'opère d’une manière insidieuse, rarement le malade peut en indiquer l’époque précise. Les premiers symptômes observés sont, un léger sentiment de faiblesse avec tendance à trembler qui ont lieu tantôt dans la tête, tantôt et plus communément dans les mains et les bras. Ces symptômes s’accroissent progressivement, et un an environ à partir de l’époque où il ont été pour la première fois remarqués, le malade, surtout pendant la marche, tient son corps plus ou moins fortement incliné en avant. Peu à peu les membres inférieurs deviennent à leur tour le siège de tremblement, et à mesure que la maladie progresse, on les trouve de moins en moins capables d'exécuter les ordres de la vo-

(1) SAUVAGES, Nosologia methodica. Clas. IV-XXI.

(2) SAGar, Morborum symptom. Class. VII.

(8) Traduction empruntée à la Revue de MM. Charcot et Vulpian in Gaz. Hebd.

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lonté ; alors l'agitation des parties affectées est tellement persistante que le malheureux malade trouve à peine quelques minutes de repos. Si par suite d’un brusque changement de position, le tremblement cesse dans un membre, il reparaît bientôt dans un autre membre, La marche qui jusque-là avait procuré au malade un soulagement temporaire, en le soustrayant à ses tristes réflexions, devient bientôt impraticable. S'il veut avancer, en effet, par une action indépendante de la volonté, il se porte sur la partie antérieure des pieds et sur les orteils, et en danger à chaque pas de tomber sur la face, il se voit contraint d'adopter le pas de course.

À l’époque la plus avancée de la maladie, le tremblement a lieu même pendant le sommeil qu'il interrompt fréquemment. Le malade devient incapable de porter ses aliments à sa bouche et se voit obligé pour cet acte mème, de recourir à un secours étranger. Il y a une constipation opiniâtre. Le tronc est, d’une manière permanente, courbé en avant, et le menton appliqué sur le sternum, les forces musculaires ont partout diminué, la mastication, la déglutition mème sont difficiles, constamment la salive s'écoule de la bouche, l’agitation devient plus violente et plus constante encore. L’articulation des mots est devenue impossible. Les urines, comme les matières fécales sont rendues involontairement. Le subdélirium et le coma terminent la scène. »

Depuis le mémoire de Parkinson, la maladie fut maintes fois signalée en Angleterre et en Allemagne, en particulier par Ellioston (1), Marshall-Hall (2), Stokes (3), Graves (4), Basedow (5), Romberg (6), Cohn (7), etc.

(1) ELLrOSTON, Principles and Practice of medicine. London, 1833.

(2) MarsHALL-HALL, On the diseases re derangements of the nervous system. London, 1841.

(8) STOKESs, Clinical lectures.

(4) GRAvES, À System of clinical medicine. Dublin, 1843.

(5) Basebow, Casper’s Wochenschrift, 1851.

(6) RoMBERG, Lehrbuch der Nervenkre, 1851.

(7) Co, Ein. Beiïtrag zur Lehre der Paralysis agitans, in Wien. med. Le chenschr., 1860. ’

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