SURAJOUTÉS, DÉPENDANT OU NON DE LA MALADIE
Imdépendamment des troubles que lon rencontre dans presque tous les cas de paralysie agitante et qui en dépendent bien nettement, on trouve notés dans un certain nombre d'observations quelques symptômes qui en raison même de leur rareté paraissent moins intimement liés à l’évolution de la maladie. On est en droit de se demander s’ils en sont réellement des-signes, ou bien si ce sont des phènomènes simplement surajoutés reconnaissant une origine indépendante de la paralysie agitante. Sans avoir l’intention d'entrer dans une discussion approfondie sur ce point sujet à controverses, j'ai pensé qu'il était bon d'indiquer au moins d’une façon succincte quels sont ces symptômes.
a) Troubles oculaires. — Les altérations de la vision sont loin de jouer dans le tableau clinique de la maladie de Parkinson, un rôle aussi important que dans beaucoup d’affections nerveuses. Les signes notés en général par les observateurs, ont plutôt trait à des troubles péri-oculaires, qu'à des altérations de la vue ellemême : fixité du regard due sans doute à la rigidité des muscles moteurs du globe, élévation des sourcils, raideur de l’orbiculaire palpébral qui peut dans la forme unilatérale faire paraître l'œil plus petit, lenteur et difficulté dans les mouvements des yeux, rareté du clignement, et du côté des paupières une trémulation très accusée pendant leur occlusion.
Il y a plusieurs années déjà M. le professeur Debove (1) a attiré l'attention sur un phénomène non encore décrit, et qu’il avait observé chez une de ses malades atteinte de paralysie agitante
(1) Debove, Société médicale des hôpitaux, 1878.
classique. Arrivée à la fin d’une ligne, cette malade mettait un certain temps à commencer la ligne suivante, il semblait queses yeux éprouvaient une certaine difficulté à changer de direction ; la gène était encore plus marquée si le livre était imprimé sur plusieurs colonnes, les yeux se portaient involontairement sur la ligne correspondante de la colonne suivante ; à l’extrémité d’une ligne, l’œil ne pouvait s'arrêter et suivait la même direction, phénomène analogue à la propulsion ; au commencement d’une ligne, l'œil dépassant le but, se portait à la colonne précédente ; c'est un phénomène analogue à la rétropulsion ; c’est à ce signe que M. Debove a donné le nom de latéropulsion oculaire ; il faut, dit-il, pour le reconnaître que le sujet soit habitué à lire, et cela avec une certaine rapidité ; c'est en somme, un phénomène rare, beaucoup d'observations signalent son absence, dans un très petit nombre seulement, son existence est consignée.
M. Galezowski (1), dans une communication faite à la Société de biologie en 1891, résume ainsi qu’il suit son opinion sur les troubles de la vision dans la maladie de Parkinson :
«1° La vue reste le plus souventintacte; dans les cas où ce sens est atteint, on ne constate que des symptômes de peu de gravité et nullement progressifs.
2° En général, les yeux présentent un regard fixe, regardant devant eux, et sont peu portés à exécuter des mouvements soit de latéralité, soit en bas, soit en haut.
3° Les paupières des deux yeux sont généralement abaissées, elles couvrent les globes oculaires à moitié, ce qui fait que le malade voit difficilement les objets qui se trouvent au-dessus de la ligne horizontale.
4°Les paupières, malgré leur immobilité, accusent un léger tremblement, qu’on ne constate souvent, qu’en les examinant de très près à l’aide d’une loupe ; ce même tremblement s’observe quelquefois dans les globes oculaires eux-mêmes.
9° La vue, en général, est conservée intacte, ce n’est que dans des cas rares, que l’on constate une amblyopie monoculaire sans
(1) Galezowski, Recueil d’ophthalmologie, 1891, n° 2
lésion ophthalmoscopique, avec un rétrécissement du champ visuel dans les 3/4 de son étendue.
6° L'immobilité, presque habituelle, de la tête et des yeux, rend letravail d'application des yeux, àla lectureet à l'écriture difficile ».
Dans sa thèse, M. de Saint-Léger signale quelques cas, où il y avait des troubles oculaires, amaurose (obs. IV), brouillard devant les yeux (obs. D), dans l’obs. IF, une paralysie incomplète du moteur oculaire commun ; elle à trait à un homme de 60 ans, devenu malade à la suite d’une chute sur l'épaule ; peu de temps après, la vue se trouble en travaillant, les yeux sont larmoyants, la paupière gauche s'élève difficilement et incomplètement, il y a de la diplopie ; la pupille gauche est plus dilatée que la droite. Mlle Edwards dans une de ses observations de maladie de Parkinson hémiplégique (obs. LXXXIIT. Th. Edwards), dit: « quoiqu'il n’ait jamais eu ni diplopie, ni strabisme, il éprouve une grande diminution du pouvoir visuel, les pupilles sont égales, quoique en myosis, les mouvements des globes oculaires sont intacts ».....
On rencontre aussi de temps à autre une observation, dans laquelle il est fait mention de la diminution de la vision, mais il est rare que les malades attirent l'attention sur ce point, en raison de leur âge, ils ne sont pas surpris de voir leur vue baisser.
Dans-une leçon de l’an dernier sur la paralysie agitante, M. le Docteur Déjerine (1) déclare que dans les recherches qu'il a faites avec M. Thuilaut, il n’a jamais trouvé de modifications du champ visuel. M. le Docteur Parinaud et mon ami le Docteur Kænig, ont bien voulu examiner au point de vue ophthalmologique, la plupart des parkinsonniens, qui se sont présentés dans le courant de l’année à la Salpêtrière ; les résultats ont été le plus souvent négatifs, dans les autres cas, la diversité même des troubles constatés ne permet pas quant à présent d'en faire des symptômes de la maladie de Parkinson.
Contrairement à l'opinion de M. Galezowski, et de même que M. Déjerine, nous n’avons jamais constaté de rétrécissement du champ visuel, chez quelques malades, la convergence a été trou-
(1) Déjerine. De la paralysie agitante. Semaine médicale, 9 septembre 1891.
vée défectueuse, Rab. (Obs. VII), Ch. (Obs. XXI), Fr. (Obs. XVI), Mme Ald., Wel. (Obs. XXV).
Les pupilles étaient inégales chez Rab. et chez Ch... dans deux cas il y avait de la diplopie mise en évidence par le verre coloré (Weltz. et Rab.) une fois, un très léger nystagmus (Rab. ). Jamais on n’a constaté de dyschromatopsie. Chez Olivier un très ancien malade du service que M. Charcot présente souvent, quand il veut montrer le contraste entre la maladie de Parkinson et d’autres tremblements, les nerfs optiques sont décolorés, chez Gam. (Obs. V) qui a eu il y a quatre ans, une cécité subite mais passagère, il y a un léger degré d’atrophie papillaire.
En somme il n’y a là rien de bien net, et les examens sont encore trop peu nombreux pour qu’on soit autorisé à voir dans des troubles aussi variés la signature de la Paralysie agitante.
b) Troubles de l’ouie. — Les exemples de troubles de louie dans la maladie de Parkinson sont encore beaucoup plus rares et moins démonstratifs, si possible, que les troubles oculaires. Beaucoup de malades se plaignent d'être devenus durs d'oreille depuis qu’ils sont malades, mais il ne faut pas oublier que la plupart sont des sujets âgés, chez quelques-uns toutefois, la diminution de l’acuité auditive mérite d’être prise en plus sérieuse considération, ce sont les parkinsonniens hémiplégiques, qui accusentunesurdité unilatérale occupant l'oreille du côté atteint (Obs. V et VIIT de la Th. de Saint-Léger), je l’ai notée chez Fr. (Obs. XVI) dont l’ouie est moins fine du côté droit. Il n°y avait d’ailleurs pas d’absurdité à supposer, à priori, que la rigidité des petits muscles de l'oreille moyenne pût amener un trouble de l'audition. Mon attention avait été attirée dece côté en interrogeant Welt. (Obs. XXV) qui affirme que la surdité s’est établie chez lui peu à peu en même temps que les autres symptômes de la maladie de Parkinson. Ce malade présente également quelques troubles oculaires.
OBSERVATION XX V (Personnelle).
Maladie de Parkinson datant de 6 ans. — Caractères spéciaux du tremblement. — Troubles de la vision et de l'ouïe. — Troubles urinaires.
Welt... Joseph, 5? ans, apprêteur de cuivres.
Antécédents héréditaires. — Père mort d’un asthme, mère âgée de 74 ans, bien portante, ne connaît aucune affection nerveuse dans sa famille.
Antécédents personnels. — Pas de convulsions dans l'enfance. Variole à # ans. Il y a 10 ans, bronchite aiguë. Pas d’alcoolisme, de syphilis ni d'intoxication. Il a un fils bien portant.
Histoire de la maladie. — 11 y a 6 ans environ, il s’est aperçu que sa main droite tremblait ; quand il mangeait il avait une certaine difficulté pour porter la cuiller à la bouche, au repos il ne tremblait pas et il ne se sentait pas gêné non plus par son travail. Au début, le tremblement était limité aux doigts et au poignet et ne se faisait sentir que d’une façon intermittente, le début s'est fait progressivement sans qu’il soit possible d’en préciser exactement la date.
En 1886, il consulta M. le professeur Charcot, qui l'adressa à M. P. Berbez, pour le faire masser. Pendant trois ans, la maladie ne fit que des progrès très lents, le tremblement restait limité à la main droite. Au commencement de 1889, le membre inférieur droit fut atteint, en marchant il sentait cette jambe fléchir sous lui et trainait un peu le pied. Depuis le mois de septembre 1890, il y a eu un accroissement assez rapide, le côté gauche a été envahi, le membre supérieur d’abord et bientôt après le membre inférieur.
Presque en même temps est survenu de l’embarras de la parole, l’ouïe et la vue se sont affaiblies progressivement.
Etat actuel. — À l'heure présente Welt... présente tous les symptômes de la paralysie agitante classique, arrivée à un degré avancé de son évolution; le tronc penché en avant, la tête fléchie, les coudes éloignés du corps en demi-flexion, les mains déformées, les doigts placés comme s'ils tenaient une plume à écrire ; les membres inférieurs demi-fléchis également semblent avoir du mal à supporter le poids du corps ; la marche se fait avec une extrême difficulté, les pieds traînent à terre sans se détacher du sol et ne faisant que de tous petits pas.
L’attitude et le faciès sont caractéristiques.
L'antépulsion, la rétropulsion, la latéropulsion sont extrêmement prononcées.
Il est gèné par une sensation exagérée de chaleur, et par une transpiration plus abondante surtout du côté droit. Besoin incessant de changer de place. Les réflexes patellaires sont un peu exagérés.
‘Ce malade présente en somme un tableau complet de la maladie de BECHET 20
Parkinson ; cependant quelques symptômes offrent des particularités qu’il n’est pas sans intérêt de signaler, et expliquent la présence de cette observation dans le cours de ce travail. Le tremblement dans son ensemble a les caractères ordinaires du tremblement parkinsonnien, très marqué au repos, surtout quand le malade est debout il occupe les quatre membres et le tronc ; il diminue et cesse presque dans certains mouvements volontaires, mais ce qu'il présente de vraiment spécial, ce sont les modifications de son amplitude pendant que le malade est au repos; on voit pendant une période de deux secondes, de grandes oscillations, suivies d’oscillations de très faible amplitude pendant quatre secondes environ, puis survient une nouvelle période de deux secondes avec grandes oscillations et ainsi de suite avec une régularité remarquable : cette périodicité est moins nette quand le malade est émotionné, elle est aussi moins marquée quand il est debout que lorsqu’il s’assied. Le nombre des oscillations reste sensiblement constant dans ces différentes circonstances, il est de 4-5 par seconde.
Fig. 10. — Tremblement pendant le repos de la main.
Le malade attire l'attention sur l’affaiblissement de la vision et de l'ouie, qui d’après son récit, se serait fait progressivement depuis le début de la maladie.
Troubles de l’ouïe. — En ce qui concerne l'audition Welt... a été examiné par M. le docteur (ellé à qui M. P. Berhez l'avait déjà présenté il y a quelques années. M. Gellé avait d’abord pensé qu'en raison du développement concomitant de la surdité, elle relevait peutêtre de la maladie de Parkinson, et il avail entrepris quelques recherches dans ce sens. L’examen de l'oreille pratiqué autrefois et renouvelé en juin 1892 ne permet pas de constater autre chose que des lésions banales, de la sclérose de la caisse, aussi M. Gellé est-il d’a-' vis qu’en présence d’un cas isolé avec une lésion aussi vulgaire, on doit ne voir là qu’une simple coïncidence.
Troubles de la vision. — L'examen oculaire a été pratiqué au mois de juin 1892 par M. le docteur Parinaud: Troubles dans les mouvements associés intéressant particulièrement l'élévation du regard.
Convergence nulle. Diplopie monoculaire constatée sur l’œil droit,
les deux yeux étant ouverts. La diplopie disparait quand on place un verre convexe devant l’œil. Pas de lésion du fond de l’œil. Pas de dyschromatopsie.
Les pupilles réagissent à la lumière et à l’accommodation. Rétraction de la paupière supérieure.
Fig. 11. — Tracé respiratotre.
Depuis six mois environ, il existe des troubles urinaires, envies fréquentes d’uriner, demandant à être satisfaites immédiatement et difficulté de retenir l'urine.
La parole, très altérée présente les caractères qu’elle a d'ordinaire dans la paralysie agitante. Gêne de la déglutilion, et sécheresse de la
bouche.
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Fig. 12. — Fac-simile de l'écriture de Welt.
L'écriture est presque impossible ; après avoir écrit deux mots, la plume lui échappe presque des mains, il ne peut arriver à former une lettre, le bec de la plume trace seulement sur le papier une série de petites hachures.
c) Troubles vaso-moteurs. — On observe couramment dans la
maladie de Parkinson, certains symptômes qui peuvent être ratta-
chés à des troubles vaso-moteurs, tels sont : la sensation de chaleur, les sueurs profuses, l'élévation de température périphérique, la sialorrhée. On en signale d’autres dont la fréquence est moins
grande, et les rapports avec la paralysie agitante, moins bien établis. :
M. Raymond (1) a rapporté cn 1883, une observation dans laquelle, il avait vu des taches purpuriques survenir au cours d’une paralysie agitante ; ces taches occupaient symétriquement les membres inférieurs, et s’effacèrent spontanément au bout de quel-
(1) Raymond, Gazette médicale de Paris, 1883.
ques semaines, M. Raymond avait d'abord pensé qu'il fallait rapporter l'apparition de ce purpura à l’affection nerveuse, mais il ne tarda pas à se rendre aux arguments de M. Charcot, qui lui montra clairement qu’ils’agissait dans ces cas de taches purpuriques assez fréquentes chez les vieillards.
M. Vincent (1) sous l'inspiration du professeur Teissier (2) de Lyon a consacré une partie de sa thèse à l'étude de ces troubles qu'il considère comme fréquents et analogues à ceux que l’on rencontre dans le tabes.
Il a étudié spécialement les œdèmes, qui, dit-il, n’ont guère été signalés antérieurement que par MM. Talamon et Lécorché (3), à propos d’une femme qui présentait tous les symptômes de la paralysie agitante ; sans lésions cardiaques, elle présenta un œdème blanc des pieds et des chevilles, puis des jambes avec taches de purpura disséminées sur les deux jambes ; ces troubles ne durèrent que quelques semaines. M. Vincent rapporte trois autres observations, l’une à trait à un œdème des membres inférieurs, survenu spontanément et qui disparut en quelques mois ; un autre à un œdème de la main et du bras, ayant duré onze jours, la troisième est celle d’une femme parkinsonnienne qui eut à différentes reprises des hémoptysies, sans modification de son état général.
Il cite également, en les rapportant aux troubles vaso-moteurs, des crises de diarrhée, comme celles dont se plaint une de mes malades, Mme Ald.
Pour M. Teissier, comme pour M. Vincent, ces troubles dépendent directement de la paralysie agitante, et relèveraient d’une lésion médullaire. :
Je n'ai pas rencontré d’autres cas analogues, et je n’en ai observé personnellement que chez Rab. (obs. VIT) dont lamain est cyanosée.
. d) Troubles trophiques. —— Si onlaisse de côté les lésions trophi-
(1) Vincent, Th. de Lyon, 1888.
(2) Teissier, Lyon médical, 1888.
(3) Talamon et Lécorché, Etudes médicales, 1887.
‘ques qui surviennent à la période terminale de la maladie (eschares
sacrées, atrophies musculaires ele.) il reste peu de chose à signaler en dehors des déformations qu’entrainent à la longue, les attitudes fixes et vicieuses. Il n’est pas exceptionnel cependant, d’observer un certain degré d’atrophie musculaire, parfois même dès le début, il existe une atrophie localisée à quelques groupes musculaires, qui peuvent être paralysés (cas de Moncorgé, (1) ou obs. XXI de la thèse de M. Blocq. Si Mme D. (Obs. XX) était une parkinsonnienne, elle rentrerait dans cette catégorie.
Du côté de la peau, on peut aussi observer des lésions trophiques, aussi Chez Beh. (Obs. XIT) la peau des doigts est lisse, tendue, amincie ; le même phénomène, à un degré moins prononcé, se rencontre chez plusieurs autres malades.
e) Troubles urinaires. Quelqnes parkinsonniens se plaignent de troubles urinaires consistant en envies fréquents d’uriner, demandant impérieusement à être satisfaites sur le champ ; sans quoi ils urinent malgré eux, mais le passage de l’urine est toujours senti. (Weltz. ob. XXV), (Beha ob. XI) etc.
L'examen des urines a donné jusqu'à présent des résultats assez contradictoires, les premières analyses de M. Regnard(1), celles de M. Chapuis consignées dans la thèse de Boucher (2), tendaient à prouver qu’il y a une diminution dans la quantité d’urée et d'acide sulfurique contenue dans l’urine des vingt-quatre heures. Bence-Jones au contraire avait affirmé que les sulfates sont considérablement augmentés dans les maladies où le système musculaire est surtout affecté ; assertion contestée par Lehman, Vogel, etc. D’après M. Chéron (3) il y aurait une augmentation des phosphates (plus de 5 gr. par 24 heures). Quant aux sulfates, leur quantité resterait à peu près normale. Les recherches de M. Chéron ont été absolument contredites par lesobservations de M.de Saint-Léger(4)
(1) Moncorgé, Lyon médical, 1891.
(1) Regnard, Progrès médical, 1877.
(2) Boucher (loc. cit.).
(8) Chéron, (Une modification importante que subit la constitution chimique. del'urine dans la paralysie agitante (Phosphaturie), Prog. méd. 1877.
(4) De Sain!-Léger (loc. eit.).
qui a trouvéquela quantité d'acide phosphorique reste le plus souvent normale, c'est à lamême conclusion que sont arrivésM. de Dénombré (1), Gurtler (2), et Berger cité par Eicchorst (3), M. Martha (4). Plus récemment M. Gabriel Gauthier (5) a attribué la rigidité musculaire à la phosphaturie dont seraient atteints la plupart des parkinsonniens, et cette phosphaturie aurait pour point de départ les fatigues musculaires (Phosphaturie musculaire), enfin MM. Mossé et Banal (6), ont rapporté en 1889 le résultat de nombreuses analyses pratiquées à la clinique des vieillards de Montpellier, analyses ayant porté comparativement sur des urines de parkinsonniens, et d'autres vieillards en santé ; ils sont arrivés à cette conclusion qu'il y a augmentation de l’urée et de l'acide phosphorique, avec diminution du phosphore incomplètement oxydé. Enfin dans un assez grand nombre d'observations a noté l’existence de la glycosurie. En présence de telles contradictions, de nouvelles recherches s'imposent.
f) Troubles encéphaliques. — Crises vertigineuses apoplectiformes ct épileptiformes. Ces accidents paraissent être d'une grande rareté, même si on admet que tous les exemples que l’on en a rapporté, soient réellement sous la dépendance de la paralysie agitante. D’après M. le D' Martha (7) qui a consacré sa thèse à Icur étude, ils sont à peine signalés par quelques auteurs, qui paraissent y attacher une minime importance. Eicchorst les signale d'après Berger. M. Martha range ces accidents sous 3 chefs principaux : a) des vertiges qui sont constatés parfois au début de la maladie, alors qu’il n'existe que des symptômes prodromiques, et peuvent persister une fois la maladie constituée. Mais il insiste parüculièrement sur (b. et c.) les attaques apoplectiformes et épileptiformes, qui d’après les observations qu'il a pu recueillir dans
(1) Demombré, Th. Paris, 1880.
(2) Gurtler, Arch. f. Psych., XIX, 1885.
(8) Eichorst, Traduct. franç., 1889.
(4) Martha, Th. Paris, 1888.
(5) G. Gauthier, Lyon médical, 1888.
(6) Mossé et Banal, Rev. méd. 1889.
(7) Martha. Thèse de Paris, 1888.
le service du professeur Damaschino, seraient assez fréquentes. Les vertiges pourraient se renouveler souvent, et être assez intenses pour donner lieu à une perte de connaissance ; ils sont généralement de courte durée et peuvent être suivis d'attaques plus graves.
Les attaques apoplectiformes sont suivies d’une période comateuse de plusieurs heures ; quant aux crises épileptiformes, elles sont très variables en intensité, en durée et en fréquence ; le malade pousse un eri, écume, se débat, la face est congestionnée pendant l'attaque, et pâle ensuite. Très exceptionnellement, il existerait une légère parésie, à la suite d’un ictus apoplectiforme, Presque toujours les membres offrent une contracture qui disparaît rapidement. q
M. Martha rapporte un certain nombre d'observations dans lesquelles la mort serait survenue à la suite d’une de ces attaques, et où l’examen anatomique n'aurait permis de découvrir aucune lésion. Une d'elles a trait à une jeune femme qui fut atteinte de paralysie agitante à 29 ans, en 1882, à la suite d’une grande fraveur, et qui présenta de 1885 à 1887, plusieurs apoplectiformes et épileptiformes : c’est à la suite d’une de ces dernières, que la mort survint avec une élévation considérable de la température.
Dans un autre cas, où il existait un souffle systolique à la pointe du cœur, et où les urines renfermaient un peu d’albumine, la malade fut prise subitement de vertiges, perdit connaissance, tomba dans le coma, il v.avait de la contracture généralisée, insensibilité du côté droit, et la mort survint en quelques heures. L’autopsie ne put pas être pratiquée.
Dans un cas, dont la relation est due à M. le D° Klippel, un tremblement semblable à celui de la paralysie agitante est survenu près de 18 mois après une attaque accompagnée de perte de connaissance ; ces attaques se renouvellent de temps en temps et ressemblent à des crises comitiales.
Y a-t-il lieu de considérer à l'exemple de M. Martha, ces accidents comme relevant directement de la maladie de Parkinson ?.… Il me semble difficile de répondre par l’affirmative, et que tout
au moins, il convient encore de garder une prudente réserve. Si dans un cas, l’autopsie n'a permis de trouver aucune lésion encéphalique sur les coupes macroscopiques, il ne faut pas oublier que l'examen histologique n’avait pas encore été pratiqué au moment où fut publiée l'observation ; dans d’autres cas, l'examen anatomique n’a pas eu lieu, et on peut supposer qu’on y aurait trouvé une lésion suffisante pour expliquer la mort. Pour les attaques qui sont signalées au début en particulier, dans les formes hémiplégiques, il faudrait être bien assuré, qu'il existe autre chose, qu'un tremblement post-hémiplégique. L'attaque apoplectiforme aété parfois observée au début, et on a même voulu en faire la cause de la paralysie agitante déterminée par un traumatisme interne (1). Enfin, en ce qui concerne les vertiges, dont l'existence, dans un certain nombre de cas, paraît incontestable, il faut savoir que quelques malades mettent sur le compte d’un étourdissement une chute due parfois uniquement à la propulsion.
Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer d'attaques analogues aux précédentes, chez les malades que j'ai observés, il faut cependant en rapprocher le cas de Deb. (Obs VI), qui présenta au début de sa maladie une sorte d'étourdissement avec phénomènes congestifs sans perte de connaissance, ni chute, et celui de Gamb. (Obs. V), qui fut pris subitement d’une cécité, de deux heures de durée.
q) Troubles intellectuels. — On peut rapprocher de ces troubles cérébraux, un certain nombre d’autres phénomènes tels que congestions céphaliques, aphasie, démence, dont la rareté est aussi grande, et dont les rapports avec la maladie de Parkinson ne paraissent pas beaucoup mieux établis. C’est un point sur lequel M. le professeur Ball avait attiré l'attention dans un mémoire présenté par lui au congrès de Londres et publié dans la France médicale de 1881. Il cite des faits déjà anciens de Althauss de Nicol (2), de Lorain, Lasègue, de de Ringrose Atkins (3) où l’on si-
o) Vandier, Paralysie agitante de cause traumatique (Th. Paris, 1886). (2) Nicol, West. riding asylum. Reports, t. II. (3) Ringrose Atkins, Journal of mental science. 1881.
tre
gnale Pexistence de troubles mentaux plus où moins caractérisés chez des malades présentant les symptômes de la paralysie agitante, mais dans ces cas on n’a pas signalé un rapport direct de cause à effet ; M. Ball au contraire, ayant vu dans beaucoup des cas des troubles psychiques variant depuis une simple irritabilité de caractère jusqu’à de véritables accès d’aliénation mentale, pensait qu’un léger degré de perturbation intellectuelle est presque la règle dans la maladie de Parkinson. Il rapporte plusieurs observations, desquelles il conclut que la forme de ces manifestations psychiques est toujours dépressive avec impulsions au suicide et hallucinations multiples ; dans quelques cas, c’est un état de demi démence et de demi-stupeur qui prédomine. Les troubles psychiques seraient presque toujours intermittents, tout en s'aggravant parallèlement aux troubles de la motilité.
Parant, de Toulouse, émettait une opinion analogue à celle de M. Ball et rapportait une observation dans laquelle un délire des persécutions s'était developpé au cours d’une paralysie agitante. M. le D' Roger a publié en 1885, deux observations à l'appui de la même thèse. L’une avait trait à une femme, chez laquelle le tremblement avait d’abord été intermittent, et s'était accompagné d’un accès de mélancolie, qui avait nécessité son internement en 1872 ; après plusieurs accès, elle entra en 1885 dans le service de M. Ball, présentant les-symptômes d’une paralysie agitante, et manifestant une crainte exagérée; préoccupations de l'avenir, crises de larmes etc... Cette fois encore l'amélioration survint, la malade quitta Fhôpital, tremblant à peine, et les troubles intellectuels ayant presque disparu. La seconde observation de M. Roger est celle d’une femme qui avait des antécédents nerveux et présentait en même temps que les symptômes de la paralysie agitante, des périodes d’agitation et de dépression.
Plusrécemment Wille (1) à la Société de médecine de Bâle, a rapporté 2 observations très succinctes, dans lesquelles il note que la paralysie agitante aurait été précédée d'accidents délirants, il considère que les troubles psychiques peuvent apparaître de bonne
(4) Wille. Correspblatt f. Schweïzer. aertze 1888. BÉCRET 21
heure, et augmenter jusqu’à la folie. Je dois à l’obligeance de mon ami le D' Armand Marie, l'histoire d’un malade, interné à 2 reprises différentes, et chez lequel la paralysie agitante ne s'est établie que longtemps après l’apparition des troubles psychiques.
OBSERVATION XX VI (Communiquée par mon ancien collègue des Asiles, le D' Armand Marie (d’Evreux).
Maladie de Parkinson chez un aliéné.
Nav... L..., 36 ans, domestique. Ce malade taciturne et peu communicatif, demeure presque toujours assis ou adossé dans l’embrasure d’une porte ; son attitude et l'expression de sa physionomie lui donnent l'air à la fois triste et étonné. Les traits sont en quelque sorte figés, les yeux fixes, très ouverts et les sourcils arqués. S'il se meut, il le fait tout d’une pièce, conservant une attitude voûtée et une raideur du cou caractéristiques. S'il marche, c’est à petits pas, comme par soubresauts et comme poussé en avant malgré lui. Au repos, la rigidité prédomine, et il tient le plus souvent sa main gauche dans la droite, cette attitude spéciale a pour but d’empêcher un tremblement persistant du membre gauche. Si on abandonne le bras à luimême, on remarque au repos, la main légèrement fléchie, les doigts réunis et allongés, comme pour tenir une plume. Le pouce fait quelques mouvements indépendants et la main oscille d’une façon rythmique, à raison environ de trois oscillations par seconde. Le malade a une certaine honte de ce tremblement, aussi cherche-t-il à l'arrêter . avec la main droite ; si on l'en empêche, il s’efforce par la volonté seule de le suspendre ou de l’atténuer ; il y réussit d’ailleurs jusqu’à ce que l'examen prolongé le fatigue, ou que des questions posées détournent son attention.
Les mouvements volontaires montrent encore plus nettement, la disparition passagère du phénomène, par exemple, lorsqu'on fait prendre au malade un verre plein d’eau et qu’on le fait porter à la bouche.
Antécédents hérédilaires et antécédents personnels. — On ne trouve dans les antécédents du malade, ni intoxications d'aucune espèce, ni accidents choréiformes dans l’enfance, ni parmi les ascendants. À aucune époque, le malade n’a présenté de lésion en foyer de l'axe cérébro-spinal. À l'heure actuelle, la différence dynamométrique est à peine appréciable d’un côté à l’autre du corps. Les réflexes patellaires sont également atténués de l’un et de l’autre côté du corps.
La sensibilité est uniformément atténuée, surtout à la douleur ; le: malade dort assez bien, tout en éprouvant au lit, une sensation désagréable de chaleur. Pendant le sommeil le tremblement disparaît.
L'apparition de ces phénomènes physiques, paraît nettement consécutive aux troubles mentaux et autant qu’on en peut juger, ce n’est même qu’à la suite du deuxième accès délirant qu’ils se sont manifestés d’une façon caractéristique. Ce n’est que deux ans après la seconde entrée qu'on trouve les tremblements signalés au registre.
La nature des troubles mentaux qu'il a présentés, semble pouvoir être rattachée à l’une de ces bouffées délirantes polymorphes et sans cohésion que l’on rencontre chez les dégénérés ; toutefois, nous ne trouvons pas chez notre malade, trace des syndromes épisodiques psychiques, non plus que des stigmates physiques appréciables. Les troubles intellectuels contemporains du deuxième placement, avaient consisté, d'après les renseignements, en accès intermittents d'agitation, suivis après l’entrée de dépression simple.
L'état démentiel signalé ensuite, est plus apparent que réel, cela tient à la répugnance visible du malade pour tout interrogatoire.
Dans ses antécédents héréditaires on note un oncle suicidé.
Ce malade avait déjà été interné une première fois de 1877 à 1880, le certificat de placement, à cette époque porte : Lypémanie, avec délire des persécutions, hallucinations de la vue et de l’ouie.
Interné de nouveau en 1887, et transféré de l’Asile Ste-Gemmes à <elui dEvreux : atteint de démence, les idées de persécution qu'il présentait lors de sa première admission semblent avoir disparu presque complètement. Il est triste, ne se livre presque à aucun travail, n’adresse presque jamais la parole à personne, répond difficilement aux questions qu'on lui adresse ; les réponses sont parfois incohérentes (c’est la Providence qui l’a amené ici, c’est-à-dire l’air et la liberté). IT ne manifeste aucun désir, aucune volonté.
22 seplembre 1890. — Démence, tremblement très marqué des mains et des muscles des lèvres.
Je considère que cette observation ne démontre nullement une relation de cause à effet entre les maladies mentales etla paralysie agitante, et qu'il y a une simple coïncidence comme cela a puarriver dans un grand nombre de cas. Gertes, les malades sont en général, tristes, préoccupés de leur état, plusieurs songent au suicide, l’aspect de leur physionomie peut laisser croire à un af-
. faiblissement intellectuel, qui n'existe pas réellement. Dans les
cas où les troubles mentaux sont évidents, il y a lieu de se demander s'ils ne sont pas sous la dépendance d’une lésion encéphalique susceptible de déterminer certains troubles moteurs simulant la paralysie agitante.
AGL —
I est bien entendu qu’il n’est pas question de la période terminale de la maladie, où les facultés intellectuelles subissent toujours une altération plus ou moins profonde ; la seule conclusion que je veuille tirer de ces faits, c’est que l’on doit s'informer soigneusement de |’ état intellectuel des parkinsonniens.