‹ Contribution à l'étude clinique des plaies de l'abdomen dans les postes de secours de bataillonChapitre 5 sur 18 · ADI · texte numérisé non relu

ADI

Au cours de ce travail, nous nous rapprocherons sensiblement de l'ennemi; nous dépasserons les ambulances divisionnaires (10 kilomètres du front environ), les postes de secours régimentaires (2 à 3 kilomètres), pour ne nous arrêter que dans la zone des postes de secours de bataillon, c’est-à-dire, la plupart du temps

à 1 kilomètre au plus des lignes et souvent même plus

près encore. - Mais immédiatement une question se pose : Que peut-on faire d’utile au point de vue scientifique dans un poste de secours ? L'esprit est-il suffisamment dispos pour s’adonner à des travaux intellectuels ? Est-ce que par hasard le médecin de bataillon serait plus qu’un infirmier donnant quelques drogues usuelles aux malades et empaquetant le plus conscieusement possible les blessés? Est-ce que, une fois sa tache terminée, il pourrait faire autre chose que boire, manger, fumer, dormir, jouer aux cartes ou lire des romans? Certes, au début de la campagne et même pendant

toute l’année 1915, le manque d'organisation, le désor-

dre qui sévissait dans le Servicé de Santé, comme d’ailleurs dans tous les autres sérvices, n'étaient pas faits pour contribuer à relever le courage du médecin de bataillon et Pinciter à travailler. On restait longtemps en ligne sans répos, les abris étaient précaires, al

construits, laissant passer l’eau, lé froid; les bles-

sés étaiént souvent nombreux ét les moyens dé transport à l’arrièré manquant ou étant mal émployés, l'encombrement était mévitable.

Aucuñ cours n’existait encore ; il y avait bien quel--

ques réunions médicales d'armée, mais il était souvent

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peu commode d’y assister; il ÿ avait bien aussi quel ques circulaires médico-chirurgicales, mais rédigées trop vite, sans tenir compte des premiers renseigements de cétte guerre; encore toutes remplies des conceptions erronées de jadis, elles étaient quelquefois fois si fausses et si dangereuses qu’en transmettant Pune d'elles, venue du Ministère et approuvée par Académie de Médecine, M. le Médecin inspecteur cénéral X..., de la N° Armée, avait pris soin d’y adjoindre une note commençant par ces termes : «Dans l'esprit du Ministre, les conceptions de M. X... n'ont pas force de loi. »

Puis, peu à peu, les services s’améliorèrent, mais la relève des médecins vint, ét tout, de nouveau, retomba dans le chaos.

Ce fut le temps où, en moins de deux mois, un bataillon changeait trois fois de médecin, où des vieillards venaient remplacer des jeunes gens biens portants, où beaucoup trop de médecins, hélas ! n’avaient, en occupant un poste d'infanterie, qu’un seul désir vers lequel tendaient tous leurs efforts, être versés dans une ambu- - lance où mieux, renvoyés à l’intérieur.

Jest, pour la médecine, la période sombre de la guerre; heuteusement qu’il n’en est pas de même actuellement.

A mesure que les hostilités continuent, le rôle du médecin aide-major se précise; devient plus considérable, plus important, plus noble, plus glorieux. Bras droit du commandant avec lequel il vit, connaissant mieux que quiconque les hommes de toutes les compaenies, le médecin peut donner quelquefois des rensei-

otre gnements utiles, et même si l'amitié qui le Le à son chef est assez grande, donner des conseils toujours hautement appréciés.

Habitué par sa profession à consoler et à soulager ceux qui souffrent, ila sous ce rapport une large tâche à accomplir. Loin de rester enfermé dans la profon— deur de son abri, il doit aller le plus souvent possible visiter ceux qui ont la garde des postes les plus avancés, et qui, ne voyant jamais personne, sont heureux, très heureux même de la visite amicale de leur major. Il doit leur parler, les réconforter, leur faire espérer un repos prochain, s'inquiéter de leur santé et contribuer à l’amélioration de leur bien-être. S'il le faut, dans les moments douloureux où la fortune ne semble pas sourire à nos armées, c’est lui encore qui, comme devant le lit d’un malade gravement atteint et à qui on promet la guérison. prochaine, doit rester calme et serein et faire partager tout son optimisme, même factice, à ceux qui doutent et qui désespèrent.

Et puis, quand c’est la période des combats, quand les blessés arrivent au poste de secours,en mêmetemps qu’il les examine, 1l doit leur adresser toujours, aux blessés graves surtout, des paroles de réconfort et même, au besoin, leur tendre amicalement la main. À ces braves, habitués à la vie dure, ne connaissant plus depuis longtemps les chaudes affections familiales, la momdre amabilité Isur procure la plus grande joie et leur va droit au cœur.

Mais, à côté des blessés, il y a les camarades morts à l’ennemi et qui restent sur le champ de bataille. Dans les secteurs calmes, leur relève est facile et se

tr

fait sans encombre. Il n’en est pas de même au com-

bat, où les tués sont nombreux ét où le danger de les relever est plus grand. Hélas, malgré la meilleure volonté et le plus grand dévouement, on ne peut pas toujours donner à tous une sépulture ; mais, pour les blessés, 1l faut faire ici encore tout ce qu’il est possible pour emmener tous les corps à l'arrière. D'abord c’est une sensation très pénible pour les hommes qui quittent un secteur de savoir que quelques-uns de leurs camarades gisent encore sur le terrain, et puis il y a une question morale de la plus haute importance : # faut qu'un peuple garde le respect des morts. Certes, les brancardiers qui sont toujours extrêmementdévoués dans la relève des blessés et dont la conduite est toujours au-dessus de tout éloge, peuvent quelquefois montrer moins d’empressement à relever les morts. Le médecin doit aller leur montrer l’exemple et payer de sa personne. Dans la Somme, devant Belloy, un médecin divisionnaire allait le soir avec les brancardiers relever les morts de la journée : bien qu’exposant son monde, puisqu'il était aussi en danger, 1l était adoré de tout son personnel. :

Tel est le rôle moral du médecin. Que peut-il faire au point de vue scientifique ? De son antre peut-il sortir quelques documents, quelques renseignements utiles? Nous le croyons et c’est pourquoi nous avons entrepris ce travail. Certes, il ne s’agit pas 1c1 de choses sensationnelles, de découvertes qui vont révolutionner la science. Non...; ce que contiennent les lignes qui vont suivre, ce sont les observations modestes qui ont pu être faites pendant les périodes assez calmes, au

Sr ae moment des pansements des blessés, ou bien qui ont été glanées sur le champ de bataille. Dans le tronc dé la science nous n’avons pas la prétention de mettre de riches offrandes..., mais comime la veuve indigente de l'Evangile, Hermes quelques oboles.

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SYMPTOMATOLOGIE

Il est exceptionnel que les blessés de l'abdomen avec lésions intestinales viennent à pied au-poste de secours dans les périodes calmes où leur relève est facile et rapide. Tous, à part de très rares exceptions, attendent le secours des brancardiers et se font transporter en brancard.

Au contraire, dans les périodes agitées, où le personnel médical est quelquefois débordé, il n’est pas rare de voir ces blessés, surmontant leur douleur, rassernblant toute leur énergie, venir seuls où soutenus par un camarade, demander les premiers soins au médecin du bataillon.

Mais l’effort-surhumaim qu’ils fournissent se manifeste de toutes parts : leur facies est pâle, livide, crispé, de grosses gouttes de sueur perlent sur leur front. Inclinés en avant, ils avancent à petits pas et soutiennent de leurs mains leur ventre blessé; puis, si annoncés par les nausées, les vomissements surviennent, ils s’arrêtent, s’inclinent davantage et compriment plus fortement leur abdomen pour l’immobiliser. Quand on 4 vu une seule fois un tel tableau on ne l’oublie plus jamais:

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Ceci posé, passons maintenant à l’analyse détaillée des symptômes observés .dans les plaies perforantes de l’abdomen.

1° Contracture de l’abdomen. — La contracture de l'abdomen est un symptôme qui ne fait jamais défaut. Elle est extrêmement précoce; elle existe sans doute d'emblée et paraït avoir une cause réflexe plutôt que péritonéale; en tout cas, un quart d'heure au plus tard après la blessure, elle se manifeste d’une façon évidente. /

Pour la rechercher, il faut rassurer le malade et le prévenir qu’on ne lui fera pas de mal. Puis, après avoir eu soin de se réchauffer les mains si elles sont froides, on palpe avec douceur le ventre. Souvent, rien qu’à l'approche de la main on voit déjà les muscles se contracter ; mais la plupart du temps, c’est la palpation légère, superficielle, qui révèle la contracture musculaire. Celle-ci, au début, est localisée au pourtour de la blessure ou au côté blessé de l’abdomen: mais, rapidement, surtout en cas de plaies multiples de l’mtestin grêle, elle se généralise très vite à toute la paroi abdominale.

D’après de nombreuses observations, il nous a semblé que la contracture de l’abdomen était un signe pathognomonique de la perforation intestinale et qu’en son absence on pouvait nier cette perforation.

2° Vomissements et nausées. — Les vomissements et les nausées sont écalement des signes de grande valeur et qui surviennent très rapidement. Il

LE ee ne s'agit pas ici, bien entendu, de vomissements verdâtres, bilieux de péritonite, mais de vomissements de substances alimentaires où simplement de liquide clair, transparent et légèrement filant.

I est très rare qu’ou ne les observe pas au poste de secours. [ls nous ont paru d'autant plus précoces que les lésions intestinales étaient plus graves ou que évacuation des blessés avait été plus difficile. Les blessés, qui viennent à pied, ont des vomissements plus fréquents que les blessés transportés en brancard.

3° Pouis. — Contrairement à l’opinion classique l'accélération du pouls semble n’avoir qu'une valeur diagnostique assez restreinte. En effet, il n’est pas rare de voir chez des blessés graves un pouls absolument normal et même un pouls plutôt ralenti alors que le blessé léger sans perforation Imtestinale, qui a couru et qui est encore émotionné par le combat ou le bombardement, peut présenter un pouls très accéléré. Mais, si la valeur diagnostique de l'accélération du pouls est moindre que celle de la contracture musculaire ou des vomissements, par contre sa valeur pronostique semble très importante : elle décèle pres— que toujours des blessures très gravés ou des plaies vasculaires importantes.

En principe, on peut dire qu’un blessé, qui, a1 poste de secours a un pouls normal ou ne dépassan: pas 80, guérit presque sûrement s’il peut être apér: rapidement par un chirurgien expert. Au contraire, le blessé, qui a déjà au poste de secours un pouls atteignant 90 à 100 pulsations, est presque infaillible-

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ment perdu. Il est vrai qu'il peut s'agir simplement de shock traumatique, mais ce dernier ne se montre guère que qand les lésions intestinales sont considé— rables ou quand l’évacuation du blessé a été très difficile, très tardive, et pendant les périodes pluvieuses ou froides.

4 Douleur. — La douleur fait rarement défaut. Elle est rapidement généralisée à tout l’abdomen. Elle semble moindre dans les plaies, très latérales intéressant surtout le gros intestin. Elle est augmentée par la palpation, les mouvements, les vomissements. Dans certains cas, elle est extrêmement vive, nécessitant, pour être supportable, plusieurs piqûres de morphine. La plupart du temps, le malade la supporte assez facilement. Une douleur très vive indique presque toujours une blessure très grave.

o° Hviscérations. — À moins de grands délabrements, la plupart du temps Imcompatibles avec la vie et où presque toute la masse intestinale peut être herniée, on ne voit guère que des éventrations avec hernie d’une anse grêle ou de l’épiploon, C’est surtout dans les plaies latérales et dans l’étage inférieur de l'abdomen, au-dessous de l’ombilie, qu'on rencontre les hernies de l'intestin, Au contraire, au niveau de la ligne médiane et dans l’étage supérieur de Pabdomen, on trouve plutôt des hernies épiploïques. Dans les plaies par éclats d’obus, les éventrations ne sont pas rares mais presque toujours le blessé est mort ou moribond en arrivant au poste de secours. Au con-

Rue traire, dans les plaies par balles ou par shrapnells, les éviscérations sont loin d’être fréquentes : on en observe au maximum 5 cas pour 100.

Dans les trois cas de hernies intestinales que nous

connaissons, 1l s’est agi chaque fois de blessures pro-

duites d’arrière en avant où l’orifice d'entrée se trouvait au niveau des lombes et l’orifice de sortie au niveau des fosses iliaques. Dans les deux premiers cas, 6 étaient deux soldats qui, au cours d’une attaque repoussée par l'ennemi, avaient été blessés en regagnant nos lignes, Dans le troisième cas, c'était un lieutenant d'artillerie qui, dans les derniers combats (juin 1918), était passé, sans y prendre garde, entre deux de nos petits postes et se trouvait dans les lignes ennemies; surpris par une patrouille allemande, 1l chercha à se sauver, mais fut blessé par une balle : l'orifice d’entrée se trouvait à cinq travers de doigt à droite de la colonne vertébrale et un peu au-dessus de la crête iliaque ; l’orifice de sortie, par où s’échappait une anse grêle perforée et un peu d’épiploon, se trouvait au niveau du point de Mac Burney, Ce blessé, yu assez tardivement et que la patrouille allemande avait fouillé mais n’avait pas jugé bon d’emporter à cause de la gravité de sa blessure, avait un état général assez satisfaisant, un pouls presque normal (78) et répondait parfaitement et sans peine à toutes les questions qu’on lui posait. L’éventration, en effet, à moins qu’elle ne soit volumimeuse, ne nous à pas paru augmenter la gravité des symptômes.

6° Facies et état général. — La pâäieur du

visagé, la crispation des traits, l’anxiété, une agitation plus ou moins marquée, l’impossibilité de rester couché dans la même position ne manquent pour ainsi dire jamais. Le hoquet, les vomissements porracés, le ballonnement du ventre, sont des signes de péritonite etnese manifestent guère qu’au bout de quatre à emq heures, c’est-à-dire quand le blessé, la plupart du temps, a déjà quitté le poste de secours. Quant aux troubles de la miction et de la défécation, on n’a pas souvent l’occasion de les observer. Pourtant, nous avons pu constater plusieurs fois que les blessés de l'abdomen qui saignent, de même que les grands blessés des membres qui ont perdu beaucoup de sang, ont des épreintes rectales avec évacuation de quel= ques matières fécales. Ce symptôme a une valeur pronostique extrêmement sombre; 1l indique presque infailliblement chez tous les blessés des membres, abdomen, poitrine, etc., une issue fatale à brève échéance.

T° 'Fistules stercorales. — Il est assez rare d'observer, pendant les premières heures, des fistules stercorales ; pourtant, la plaie peut être très rapide ment souillée par un liquide verdâtre, d’odeur fécaloïde, venant du grêle. Le plus souvent, ce n’est qu'après vingt-quatre heures que les matières fécales commencent à sortir. Le siège de la fistule est très variable; elle ne siège pas forcément au niveau de orifice le plus déclive, bien que ce soit la ‘règle. Nous rapportons à ce sujet l’observation suivante de ambulance 1/7. |

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