‹ Contribution à l'étude clinique des plaies de l'abdomen dans les postes de secours de bataillonChapitre 6 sur 18 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Blessure par balle... un orifice à quelques centimètres au-dessus de la crête iliaque gauche, un autre en dehors du sein gauche; c'est par cet orifice, situé dans le V° espace

intercostal que se fit, le septième jour, un véritable anus contre-nature.

Loin d’assombrir le pronostic, la fistule stercorale constitue, au contraire, un symptôme particulièrement heureux. Elle diminue toujours l'intensité de la péritonite, qui prend Paliure d’une péritonite chronique et peut, dans certains cas, assurer là guérison. Les blessés de l'abdomen, observés à l’ambulance 1/7 au cours des combats de Champagne (printemps 1915) et qui ont guéri de leur blessure, avaient tous sans exception des fistules stercorales, les unes s'étant formées dès les premiers jours, les autres étant apparues plus tardivement à la suite de phlegmons pyostercoraux Incisés.

8 Etat moral. — Alors que les blessés légers ont hâte de quitter immédiatement le champ de bataille, il est rare que les blessés de lPabdomen insistent beaucoup pour être évacués rapidement. Est-ce la douleur accrue par le moindre mouvement? Est-ce la conscience de la gravité de leur état et la croyance que leur cas est désespéré et qu’on ne peut rien faire pour eux? — Toujours est-il qu’une fois alités, à l’abri des obus, ils ne demandent guère que

, : pp } deux choses : qu’on étanche leur soif et qu’on calme

leur douleur. Certains même, des braves ceux-là, ont fait preuve de sentiments les plus stoiques.

Bien qu’il ne s’agisse pas ici de médecme, la gratitude que nous devons avoir pour nos braves soldats et le souci constant qui doit rester au fond de nos cœurs d’honorer leur mémoire et de vanter leurs exploits, nous autorisent à relater le cas suivant :

À Bregy, en septembre 1914, après la bataille de POurcq, l’ambulance 1/7, obligée de suivre Îles troupes qui avancent dans la direction de Villers- Cotterets, laisse ses grands blessés dans une ferme sous la surveillance d’un médecin. Il y a surtout des fractures de la colonne et des blessures de l’abdomen. Parmi ceux-ci se trouve un réserviste d’une trentaine d'années, père de deux enfants. Il est blessé au ventre depuis trente-six heures; un anus contre-nature s’est formé dans la fosse iliaque droite. Très fortement agité, 1l se traine partout dans la salle des blessés en y répandant de tous côtés ses matières fécales. Ne pouvant mieux faire, on l’enferme dans un cabanon sous un escalier. Le soir du deuxième jour, le D' C.…., de Besançon, va le voir : la péritonite a fait des pro grès ; la douleur, comme il arrive toujours, s’est atténuée; le malade à atteint ce qu'il convient d’appeler Vétat euphorique. Une fois son examen terminé, comme il n'entend plus le canon depuis le matin, il demande ce qui se passe. « Mais tu ne sais donc pas que les Allemands battent en retraite et qu’ils sont

déjà repoussés à 30 kilomètres d'ici », lui répond le

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