‹ Contribution à l'étude clinique du sangChapitre 9 sur 35 · AR ET · texte numérisé non relu

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maladie aurait pour effet d’amener une diminution du taux de l’alcalinité sanguine. Mais il faut tenir compte de l'influence des médicaments. C’est ainsi que M. Lépine a pu constater son aug” mentation dans le rhumatisme articulaire aigu traité par le salicylate de soude. Tout récemment enfin, MM. Lépine et Marty sont revenus sur ce sujet et ont proposé une nouvelle méthode d’examen (1). Indépendamment du reproche que nous faisions déjà à ces techniques qui exigent un titrage rigoureux, des éprouvettes graduées, rendant leur application délicate et malaisée, on voit qu'elles ne mettent pas absolument à l’abri de toute erreur, puisque leurs auteurs avouent avoir eu des résultats contradictoires. Aussi beaucoup de savants ont-ils cherché à les simplifier : Schæfer (2) emploie un papier de tournesol glacé et coloré seulement sur lune de ses faces. Une goutte de sang est placée sur la surface polie et colorée. Après quelques secondes de contact, le papier est nettoyé avec un linge propre légèrement humide. Il reste une tache bleue visible sur le fond rouge. Nous n’insisterons pas davantage sur ces diverses méthodes d'examen. On trouvera du reste dans la thèse de Drouin (3) leur description complète ainsi que les procédés dont s’est servi l’auteur. Nous allons rapidement exposer la méthode simple que nous avons employée et comparer nos résultats avec ceux obtenus avant nous.

Nous nous sommes servi de papier de tournesol bleu et rouge de bonne qualité, c’est-à-dire réagissant facilement au contact de solutions faibles d’acides ou de bases. Nous déposions une goutte de sérum à sa surface et nous notions la coloration ainsi obtenue. Il est bon dès que l’imprégnation est suffisante, d’essuyer l’excès de liquide avec du papier filtre propre. Sans doute on peut reprocher à cette technique son peu de rigueur absolue. Mais nous sommes persuadé qu'en pratique, elle est amplement suffisante. Son application est facile, les résultats sont immédiats, et sans avoir besoin

(1) Lépine et Marry, Dosage de l’alcalinité du sang, Soc. méd. de Lyon, 19 juillet 1897 (Presse méd., 12 août, p. XIX).

(2) Une méthode simple pour démontrer la réaction alcaline du sang, Jour-

nal of physiol., vol. II, p. 292, 1882.

(3) Hémo-alcalimétrie et hémo-acidimétrie, etc. Th. Paris, 1892, n° 83.

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d’une échelle graduée qui du reste serait facile à établir, on s’accoutume bientôt à noter les nuances même légères dans l'intensité de la réaction. C’est du reste d’un procédé analogue dont Renzi et Marotta ont fait usage. Au surplus, les divergences extrèmes obtenues par les chimistes sont la preuve de l'insuffisance des nombreuses méthodes scientifiques que chacun a modifiées dans lespoir jamais réalisé d'arriver à une perfection impossible. En outre il est bien certain que l’alcalinité du sang varie pour ainsi dire à chaque instant, puisqu'elle est soumise à des influences intrinsèques et extrinsèques toujours changeantes. Ces variations pour être faibles n’en existent pas moins.

Lorsqu’en 1885 M. Hayem fit connaître le résultat de ses premières recherches sur le sérum sanguin, il se bornait à dire que ce liquide avait toujours un pouvoir alcalin et que seulement dans le choléra la réaction obtenue était acide. Contadi,Manfredi et Pétrone ont fait la même remarque. Mya et Tassinari (1) ont également signalé l’abaissement du taux de l’alcalinité dans le sang de divers malades, sauf dans l’érysipèle traité par le salicylate de soude, dont l'influence doit peut-être entrer en ligne de compte. De Renzi et Marotta (2) ont observé que l’ictère intense tend à transformer la réaction alcaline en réaction neutre et même acide ; dans la phtisie pulmonaire l’alcalinité persiste mais à peine sensible ; dans la scrofule le sang est alcalin, dans la cirrhose du foie et la chloro-anémie, la réaction alcaline du sang est peu marquée mais elle est très nette dans la néphrite. Le pouvoir alcalin augmente par l’absorption de carhonates alcalins, d’eaux alcalines, de salicylate de soude, de nitrite d'amyle, par les inhalations d’ozone ; il diminue avec la limonade chlorhydrique ou l’eau régale. Dans l’ictère, l’altération de la réaction chimique correspond à la période de gravité de la maladie. Le retour dé la réaction alcaline est l'indice de l’amélioration. Rumpf(3),a observé dans les anémies graves un abaissement

(1) Variat. de la réact. alcal. du sang veineux dans les mal., 4rchiv. per le sc. méd.,1X, 4, 1886.

(2) Réaz. Chim. del sangue Riv. clin. e. ther., 1885.

(3) Rech. alcalin. sur le sang dans les mal., Centralbl. für klin. Med., no 24, 1891.

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du taux de l’alcalinité en rapport avec la diminution des hématies

et de l’hémoglobine. Cet affaiblissement est peu prononcé chez les

chlorotiques. Il est très marqué au contraire dans la leucémie, le diabète sucré, l’urémie, le cancer, les cachexies, les pseudo-leucémies, les empoisonnements par les acides et dans les fièvres avec hyperthermie considérable. Drouin, qui a cherché à se mettre en garde contre toutes les causes d’erreur, recommande d'examiner les malades toujours à jeun, et de se demander si les troubles hémo-alcalimétriques ne doivent pas être rapportés à une complication ou à la thérapeutique employée. Il a constaté le plus souvent un abaissement de l’alcalinité, mais, ajoute-t-il, « je n’ai jamais, pour ma part, trouvé le sang acide ou même neutre chez aucun des malades que j'ai observés » (p. 103). Josef Fédor (1) qui a étudié la réaction sanguine au cours d’un grand nombre d'infections (charbon, fièvre tyhoïde, choléra, tuberculose, érysipèle) a vu que, sous leur influence, il y avait d’abord augmentation puis affaiblissement du taux de l’alcalinité. Dans le cas de mort fatale, la diminution est très marquée et suit une marche progressive. Si la guérison doit se produire, il y a un retour de la réaction au delà de la normale, et cette exagération est en rapport avec une résistance plus grande du sujet aux infections ultérieures. Signalons enfin les recherches entreprises récemment par Hutchinson (2) pour l'estimation clinique de lalcalinité du sang. L'auteur après avoir insisté sur les difficultés d’un titrage exact, passe en revue les modifications qui résultent de l'alimentation, des agents chimiques absorbés, etc. II conclut que de tous les procédés employés, deux seulement sont à rétenir : la méthode du titrage de Landois et celle du papier de tournesol d’Haycraft et Williamson. « Ces méthodes ont mis en évidence un fait frappant: la constance de l’alcalinité du sang tant à l’état de santé que dans les maladies, ce qui est dû évidemment à un mécanisme de régulation... En somme les conclusions que dans l’état actuel on peut tirer des modifications de l’alcalinité du sang au point de vue clinique, ne sont pas en rap-

(1) Alcal. du sang et infect. Centralblalt fur Bacteriol., 18 fév. 1895. (2) Ros. Huremwson (d’Edimbourg), The Lancet, T mars 1896.

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port avec le travail et la perte de temps qu’entraîne leur détermination. »

Le plus souvent nos recherches personnelles nous ont montré que l’alcalinité du sang était à peu près intégralement conservée. Parfois il y avait une diminution évidente de cette propriété : l’alcalinité était faible dans 1 cas d’anémie saturnine intense ; dans 4 cas d’asystolie ; dans 4 cas d’ictère biliphéique ; dans 1 cas de cirrhose mixte ; dans 1 cas de néphrite aiguë ; dans 3 cas de fièvre typhoïde ; dans 1 cas d’intoxication sanguine où nous avons pratiqué un double examen ; dans 4 cas d’hémophilie; dans 1 cas d'infection puerpérale ; dans 1 cas de diabète ; en tout dans 15 examens. La réaction était neutre: dans 1 cas de gros foie infectieux consécutif à une endocardite ; dans 3 cas d’ictère biliphéique ; dans 4 cas d’eczéma généralisé chez un enfant; en somme dans à examens. Le sérum était acide dans 1 cas d’anémie intense avec cachexie palustre ; dans 4 cas de coliques hépatiques. Au contraire l’alcalinité était evagérée dans 1 cas de néoplasie ; dans 4 cas de néphrite ; dans 2 cas de pneumonie ; chez À saturnin ; dans 1 cas d'infection puerpérale ; dans 3 cas d’anémie symptomatique à forme grave; dans 1 cas d’urémie; dans 4 cas de lymphadénie ; chez 1 addisonnien ; dans 2 cas de tuberculose ; dans 1 cas d’éclampsie ; dans 2 examens successifs chez un ictérique à la période de convalescence ; dans 2 cas d’artério-sclérose. En définitive dans 22 circonstances, le sérum s’est montré ou nettement ou fortement alcalin. Ces résultats sont intéressants parce qu’ils sont en rapport avec les conclusions d’'Hutchinson que nous avons fait connaître. Les deux examens concernant un ictérique convalescent semblent donner raison à de Renzi et Marotta, pour qui le retour de l’alcalinité du sang est l’indice de sa guérison confirmée. Mais dans une première recherche, le sang avait été trouvé alcalin. Il est vrai que ce malade prenait du bicarbonate de soude. Cependant dans unfait analogue, et par les symptômes et par le traitement, au premier examen, en pleine jaunisse, le sérum était fortement alcalin, tandis que sa réaction était neutre après la disparition du Gmelin des urines. Nous croyons donc qu’il ne faut tenir compte que dans une

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