LA VÉSICULE BILIAIRE
La vésicule, branchée sur la voie biliaire principale, a vu préciser sa physiologie ces dernières années : fonctions de réservoir biliaire ; fonctions de concentration, d'absorption et de sécrétion, qui appartiennent en propre à la muqueuse ; fonction contractile. Nous verrons en terminant l’innervation de la vésicule et ses rapports
physiologiques avec les organes de voisinage,
1° Fonction de réservoir
.La « voie biliaire accessoire » est un appareil de mise en réserve de la bile.
Nous avons vu le foie sécréter par jour dans la voie principale un litre de bile environ et très probablement davantage. Cette bile, dont la sécrétion est continue (mais plus marquée au moment de la digestion), et l’excrétion discontinue, s’accumule donc dans la vésicule
dans l'intervalle des phases digestives,
La capacité d’une vésicule normale est de 30 à 50 cm” environ, mais sa distention pathologique peut facilement tripler ou quadrupler son volume (hydrocholécyste), et
bien davantage.
20 Modifications de la bile dans la vésicule
a) CONCENTRATION DE LA BILE
Elle est nécessaire, étant donné la disproportion entre la sécrétion hépatique et la capacité vésiculaire. La bile, dans la vésicule, perd de l’eau et se concentre, comme l'ont montré les expériences d'HAMMARSTEN.
Cette perte d’eau est très marquée, puis le rapport de concentration est de 3 pour AscHorr, 4 pour CHiIRAY et PaYEL, 6 à 10 pour Rous et Mc Master, 8 à 10 et davantage pour HAMMERSTEN.
Quel que soit son taux exact, cette perte d'eau est très rapide, et Rous et Mc MASTER, cités par DaLH et IVERSEN (1924), ont montré, en 1921, que la bile hépatique, par simple passage dans la vésicule, était concentrée de 2 à 8 fois.
Enfin, cette résorption d’eau semble faite non par voie veineuse, comme le pensait Mar, mais par les Iympha-
tiques (HarER), si développés au niveau de la vésicule.
b) ABSORPTION
Dans cette concentration, les proportions respectives des différents éléments de la bile ne restent pas parallèles : c’est que l'absorption porte aussi sur les autres élé-
ments constituants de la bile.
Dre
' L'absorption des graisses est actuellement bien démon- trée par la similitude du chendriome de la cellule épithéliale vésiculaire avec celui de la muqueuse intestinale (Ascnorr, Poricarp), comme par l’expérimentation.
Le point le plus important, comme aussi le plus discuté, à été l'absorption de la cholestérine. Il y a ab$orption vraie pour Ascnogr et ses élèves, pour Hiroo iwa-
NAGA. Pertr-Duüraictis et Mesrrézar estiment qu'il est difficile de séparer le cyclè des deux lipoïdes, graisses et cholestérine, et que la seconde est absorbée par la vési-
cule. Pour PoricarRp, au contraire, la présence de choles-
térine dans la cellule serait plutôt liée à des mutations:
intracellulaires qu’à une absorption directe.
ASCHOFF et BACMEISTER admettent aussi l'absorption des pigments, qui ést niée par PoricAR»D.
Expérimentalement enfin, l’absorption peut porter sur les substances colorantes ou toxiques introduites dans la vésicule. :
Mais, dans l’ensemble, l’absorption des éléments autres que l’eau est faible, et n’a de valeur que pour les graisses. À l’encontre de cette opinion, généralement acceptée, il nous faut signaler celle où l’absorption est com- * plète; constituant la fonction essentielle du cholécyste “pour Kaspar BLonp, pour HaLperrT (Allemagne), pour Sweer (Nord-Amérique), le courant de la bile dans le cystique serait toujours dirigé vers la vésicule et la structure de la valvule de Heïsrer s’opposerait à une circula-
tion en sens inverse,
RABL L
©) SÉCRÉTFION
La vésicule sécrète de la mucine, peu à l’état normal, beaucoup dans certains cas pathologiques (hydrocholécyste). Les cellules cylindriques à plateau strié qui revêtent, sur une couche unique, la surface interne de la vésicule, peuvent alors toutes devenir muqueuses. La mucine semble diminuer la toxicité de la bile (FLEXNER).
La sécrétion de la cholestérine (NAUNYN, CHAUFFARD, Gosser, Boy, Srewarr, Derkez) est niée par Poricarn et CHiray. Mais la desquamation de l’épithélium vésiculaire, chargé de graisses et de cholestérine, peut contribuer dans une infime portion à la concentration de ces substances dans la bile. Enfin, la bile sécréterait diverses hormones pour le foie et le pancréas.
Ces modifications de la bile se résument donc essentiellement en concentration et addition de mucine. La concentration biliaire est d’ailleurs variable suivant les individus, avee de nombreuses conditions physiologiques (nombre et importance des évacuations biliaires, c'est-à-dire pratiquement composition des repas), et pathologiques (importance de Ja sécrétion hépatique, tonus du sphincter d’Oddi, stase). Mais ül x a toujours de profondes différences entre les deux* biles hépatique et vésiculaire, La première est fluide, claire, jaune d’or ; la seconde, épaisse, sombre, verdâtre. L’ana-
lyse traduit d'ailleurs cette différence d'aspect :
| BILE . ce : PILE CHOHÉDOCIENNE | VÉSIGULAIRE RÉ ee UNE 1 e.. AUTO 860 Matières solides. . .... Fe 24 140 Éelpilires ee | 5,69 | 53,70 Cholésiérine en. des . 0,81 | 5,75 ÉCLATER le ou 0,49 | RAT GTAISSES 7 Per te 0,73 | 1,50 BANOS ARE che ee Ve 0,83 | 9,39 | Mucus et pseudomucus... Er PTT 25,19 Matières colorantes. . ..., 6,39 16,29 SO ÉMIS RS TES RASE L 7,38 | 7,99
D’après le Professeur Royer, in Cninay et PAveL.
83° Fonction contractile
La bile, ainsi accumulée et modifiée dans l'intervalle des repas, est expulsée dans le duodénum au moment des repas, par les contractions propres de Ja vésieule.
Ce vidage vésiculaire est nié par quelques auteurs, eomme nous venons de le voir, qui n’admettent que la fonction de résorption.
Pour d’autres, cette évacuation est passive. Elle est alors proyoquée par l’augmentation inspiratoire de la pression abdominale (WiNkELSTEIN), les ondes péristaltiques duodénales (Harer, HarGis, Van MerrER), la béance du sphincter d’Oddi (Carnor, WINKELSTEIN, AscHER), ou enfin l’élasticité de la paroi (COoPHER, Kopama, Gnanau). Ces différents modes de vidage de la yésicule sont en rapport avec la faible pression de la bile
2h OS
à l’intérieur des voies biliaires, mais semblent en fait bien accessoires par comparaison avec l'évacuation active de l’organe.
En fait, l'écoulement de la bile dans l'intestin dépend à la fois du relâchement du sphincter d’Oddi et de la contractilité de la vésicule, le développement de ces deux organes étant, comme l’ont montré Manx et Fosrer, en rapport constant dans la série animale. Pour CoPHER et Kopama, le sphincter d'Oddi n'aurait aucune individualité physiologique et serait suppléé par le tonus et le péristaltisme duodénaux.
Ces diverses théories s'accordent pourtant sur la faible pression de la bile. s
Dans l’intervalle des repas, la vésicule est toujours pleine et la pression de la bile y est de l’ordre de 148 mm. d’eau pour Hrroo IwaxaGa, à 250 mm. pour la plupart des autres physiologistes.
Pendant les contractions de la vésicule, cette pression atteint 340 mm. d’eau, et, d’après les expériences de PorTrer et Mann, elle subit au cours de la digestion des
variations rythmiques de 20, 40 ou 100 mm. d’eau ; la
contraction vésiculaire s'accompagne d’une contraction
cholédocienne, moins énergique et moins prolongée. Le sphincter d'Oddi cède à une pression de 675 mm.
d’eau pour Oppr.
Les contractions de la vésicule sont de deux sortes.
Les premières sont les contractions spontanées des physiologistes ; elles sont courtes (2 secondes), répétées (2 à 5 par minute), inconstantes. Les secondes sont les con-
tractions provoquées ; ce sont des contractions beaucoup
ump
plus lentes (1/2 heure à 2 heures), les plus lentes de . toutes celles qui sont connues (Doyow), et semblent les plus utiles : ce sont les contractions vraies. L'efficacité des contractions de ce muscle lisse vient non de son épaisseur, qui est faible, mais de sa disposition en deux couches : une couche superficielle, cireulaire, et une plus profonde, réticulée, agissant donc à la fois sur tous les diamètres de la vésicule.
Les contractions débutent 19 à 60 minutes après le début du repas, et sont plus marquées 2 ou 3 heures après (c’est l'heure de la colique hépatique). Elles disparaissent 3 à 5 minutes après l'évacuation de i’estomac. L'étude des contractions vésiculaires, qui était réalisée expérimentalement surtout chez le chien, a pu être étudiée chez l’homme grâce au tétraïode. Boypen et ses élèves ont ainsi suivi sous l’écran les modifications de la vésicule chez des adultes sains des deux sexes. Après préparation au tétraïode, les sujets prenaient un repas riche en graisses (crèmes et jaunes d'œufs). BOYDEN a pu constater ainsi que, dans les deux sexes, la période de latence était de 25 minutes (entre l’ingestion du repas évacuateur et le début de la contraction vésiculaire), que la moitié environ de la: bile vésiculaire était expulsée dans les premiers 3/4 d'heure, et que l’évacuation peut être considérée comme complète (ombre vésiculaire réduite à 1/10 du volume primitif) 2 heures 1/2 après le repas. Mais, d’après lui, la vésicule de la femme se vide deux fois et demi plus vite que celle de l’homme, et plus complètement. : À côté des graisses (crèmes), des œufs et de la bile