F CYCLE ÉVOLUTIF
Nos obserbations faites dans la nature et dans nos élevages nous ont donné les chiffres suivants pour les diverses phases du développement de l’A. ebeninus.
Mai-Juin Juillet-Août Sept.-Octobre STATE IŒUE ES ANR RES : 2 jours l :
Stade larve active... JOIOREE 8-9 jours ner Stade larve adulte . 3-4 jours 1-2 jours 3-4 jours Nymphe marne 8-9 jours 7-8 jours 8-9 jours Totaux... 28-30 jours 18-21 jours 28-30 j. et plus
Le cycle évolutif de l’Anilastus est beaucoup plus court que celui de la Piéride. Nous en donnons l’exemple concret suivant : une colonie de jeunes chenilles est parasitée en partie le 26 juin 1924; les cocons d’Anilastus sont formés le 7 juiilet, et donnent des adultes le 14. Les chenilles saines de la même ponte se chrysalident seulement le 11 juillet. Les papillons commencent à éclore le 21 juillet au plus tôt; leur descendance n’est susceptible d’être parasitée qu’à partir du 4 au 5 août. Il faudrait donc que les Anilastus adultes du même élevage attendent 20 jours au moins avant de pouvoir pondre; nos élevages nous ont montré que bien peu arrivent à vivre aussi longtemps à cette période de l’année. L’adaptation de A. ebeninus est donc défectueuse à ce point de vue ; cet asynchronisme des deux cycles évolutifs est d'autant plus néfaste que sous le climat lyonnais la Piéride du Chou a des générations assez nettement marquées. Mais on conçoit très bien que sous d’autres latitudes, où pn rencontre toute l’année la Piéride à tous ses stades, l'A. ebeninus puisse être un parasite très efficace contre ce Lépidoptère : tel est le cas en Italie (BERLESE, 1903 ; MARTELLI, 1907) et dans le Midi de laFrance (Prcarp, 1922) où l'A. ebeninus a été classé de suite après l’A. glomeratus dans l’action limitatrice des multiplications de la Péride du Chou.
l En 1924, nous avons récolté les premiers cocons d’Anilastus les
23 et 24 mai; nous en avons trouvés jusqu'aux premiers jours d’octobre. L’Anilastus peut donc avoir au moins cinq générations par an dans la région de nos recherches, soit deux de plus que P. brassicæ.
POLYPHAGIE DE L’A. EBENINUS. -— ADAPTATION A LA PIÉRIDE DU CHOU. — RÉPARTITION.
MaRTELLI (1907) cite Orgyia ericæ Germ. comme un des hôtes de PA. ebenïinus. De GAULLE (1908) le donne comme parasite de Lépidop-
tères des genres Piéris, Dasychira, Orygia, Gonopteryx et Hyponomeuta.
RÉGNIER (1923) précise en le faisant rentrer dans la liste des ennemis d’H. malinella Zell; SACHAROV (1914) l’a élevé de Pieris duplidice L. Nous l'avons très souvent obtenu de Pieris rapæ L. dans la région lyonnaise. |
A. ebeninus Grav. paraît exister dans la plus grande partie de l'Europe; on l’a obtenu avec certitude de P. brassicæ en France, en Suisse, en Italie, en Yougo-Slavie et dans le sud de la Russie. -
L’A. ebeninus a été rencontré par tous les auteurs qui ont fait l’étude des parasites de la Piéride du Chou et il a joué parfois un rôle important dans la réduction du taux de pullulation de cette espèce : d’après BERLESE (1903), en Italie, son taux de parasitisme atteignit 34 %, ce qui n’est pas du tout négligeable; Prcarp (1922) écrit qu’à Montpellier, ce fut en 1921 l’ennemi le plus actif des chenilles de Piéride, après l’Apanteles glomeratus; il le considère comme un des « quatre plus grands destructeurs » de P. brassicæ et parle de la « dime importante » qu’il a prélevée sur les chenilles moyennes.
Bien que de 1922 à 1925 nous ayons toujours trouvé des chenilles de Piéride du Chou parasitées par l’A. ebeninus, nos observations nous ont amené à considérer ce parasite comme un auxiliaire peu important dans la région lyonnaise. Le taux du parasitisme fut toujours très faible; nous l’estimons au plus à 3-4 %, même au cours des grosses invasions de 1923. Nous n’avons noté une action efficace que sur quelques petits foyers de chenilles de la troisième génération de 1924.
Nous avons déjà montré dans l’étude du cycle évolutif que l’adaptation de l’A. ebeninus à la Piéride du Chou était bien défectueuse sous un climat comme celui de la région lyonnaise ; l'observation de ce qui se passe dans la nature confirme ces faits. Nous avons déjà mentionné (1925) et contrôlé à nouveau que son parasitisme était plus intense sur P. rapæ ; bien que nous n’ayons pas étudié spécialement les causes naturelles de destruction de cette Piéride, nous pouvons affirmer que VA ebeninus est un des facteurs les plus importants de celle-ci, au moins dans la région lyonnaise.
Nous ne pouvons donc pas considérer À. ebeninus comme un parasite électif de P. brassicæ, comme nous avions fait pour À. glomeratus. I1 n’en est pas moins vrai que ce parasite reste très intéressant pour les régions à climat doux, comme le Midi de la France et une partie de l’Italie, où il rencontre des conditions plus favorables à sa multiplication sur la Piéride du Chou, par suite des modifications du cycle annuel de cet hôte et des meilleures conditions d’hibernation. L’exemple de l’A. ebeninus montre tout l’intérêt qu’il y a à étudier non seulement
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dans le temps, mais aussi dans l’espace, la biologie des Insectes. L’asynchronisme des cycles évolutifs, favo”able à l’Anilastus dans les pays chauds, où P. brassicæ a des générations chevauchantes, entrave sa multiplication sur cet insecte dans les régions plus froides où les générations sont bien séparées : il n’est plus alors qu’un auxiliaire négligeable. C’est d'autant plus regrettable dans le cas qui nous occupe, qu’A. ebeninus est le seul Hyménoptère parasite qui réduise la période des dégâts des chenilles; T. evanescens est dans le même cas, mais à l’asynchronisme, s’ajoute le caractère erratique de ce parasite, qui contribue encore à l’éloigner des foyers de Piéride, comme nous l'avons signalé.
L’exploitation plus grande des chenilles de P. rapæ par A. ebeninus montre bien que l’homochromie ne joue aucun rôle efficace dans la protection des espèces; la dispersion des individus ne les garantit que dans une faible limite contre leurs parasites électifs.
A. ebeninus, parasite plus particulier des chenilles du genre Pieris, est attiré par les plantes qui hébergent normalement ces Insectes; il chasse activement sur elles et subit avec plus d’intensité l’attirance de certaines espèces. L'étude comparative de la biologie des Hyménoptères parasites montre que lodorat, ou un sens voisin, mais certainement pas la vision, joue le plus grand rôle dans la recherche des victimes. Ainsi s'explique la spécificité relative dans le choix des hôtes. À. ebeninus nous apparaît avant tout comme parasite de P. rapæ; l’exploitation parfois intensive sous certains climats de P. brassicæ tient à la grande parenté des deux espèces, et à l’extrê:me abondance des individus de la dernière, qui corrige la faible attirance qu’elle exerce à l’état dispersé, Nous ne sommes donc pas complètement de l’avis de PIcARD (1922), quand il dit qu'aucun autre insecte que P. brassicæ ne paraît convenir au même degré à À. ebeninus.