‹ Contribution à l'étude d'un complexe biologique: la piéride du chou (Pieris brassicae L.) et ses parasites hyménoptèresChapitre 25 sur 96 · III. — ANILASTUS EBENINUS GRAV · texte numérisé non relu

III. — ANILASTUS EBENINUS GRAV

ETUDE MORPHOLOGIQUE ET SYSTÉMATIQUE

Anilastus ebeninus Grav., Ichneumonide de la tribu des Campoplegini, a été rencontré par tous les auteurs qui ont étudié les parasites de la Piéride du Chou. DE GAuLze (1908) l’identifie à l’A. melanarius Higr., et MarTELLI (1907) à l’'Omorgus mutabilis Thoms., dont Pa BERLESE (1203). C’est certainement aussi le Limerium sp. de ce dernier auteur (1902).

L’A. ebeninus est de couleur générale noire, comme son nom lindique; les palpes et les mandibules sont rougeâtres, les écaillettes blanches. Ses pattes, sauf les hanches, sont rougeâtres aux trois paires, avec les tarses, postérieures fortement enfumés. Les griffes sont pectinées. Les antennes relativement courtes et paisses, dépassent largement l'extrémité du thorax. Les ailes sont enfumées, avec la nervure récurrente insérée après le milieu; l’aréole est plus ou moins pétiolée, Ce caractère est très variable suivant les individus. La tête est aplatie transversalement; le thorax est plus de deux fois aussi long que large, fortement sculpté et plutôt mat. L’abdomen, nettement pédonculé, est aplati latéralement. La tarière est plus courte que le pétiole de l’abdomen et incurvée vers le haut. Taille 8 mm., sans les antennes; envergure 11 mm. environ.

Chez les Anilastus, Angitia et autres genres de Limnérides, la longueur du « pétiole » de l’aréole des ailes antérieures varie chez une mêm espèce d’une aile à l’autre d’un même individu. FERRIÈRE (én lifteris) nous signale qu’il a vu un Nemeritis canescens Grav. dont l’aile droite avait l’aréole normale et dont l’aile gauche était tout à fait sans aréole, avec seulement une nervure transverso-cubitale. Il faudrait disposer de beaucoup de matériel pour savoir jusqu’à quel point ce sont des variations ou des accidents individuels,

ETUDE BIOLOGIQUE

L'Anilastus ebeninus adulte quitte son cocon par un orifice latéral circulaire, découpé près d’un sommet, à l’aide des mandibules; le cocon est inclus dans la dépouille de la chenille : l’adulte s’en échappe le plus souvent par l’extrémité tournée vers la tête de son hôte.

L’accouplement, très rapide, comme chez beaucoup d’Ichneumonides a été décrit en détail par MarreLzt (1907).

Le même auteur écrit que la ponte a lieu dans des chenilles de 3 à 4 millimètres; pourtant les jeunes chenilles peuvent être parasitées pendant une plus longue période, comme nous l’ont montré nos élevages. Nous avons, comme pour l’A. glomeratus, observé la ponte dans

les chenilles depuis leur sortie de l'œuf jusqu’au début du troisième âge.

D at

Le dépôt de l'œuf est très rapide, et ne déclanche aucune réaction violente des victimes. La femelle {te avec l'extrémité des antennes les feuilles de Chou; quand elle rencontre une colonie de jeunes chenilles, elle avance encore un peu et ramène son abdomen en avant et sous son corps. La tarière est dégagée, l’extrémité des valves lui servant de guide, Avec ia pointe de sa tarière qui aiternativement rentre et sort, et grâce à des mouvements combinés de tout l’abdomen, la femelle cherche sa victime : elle la pique en un point quelconque du corps, le plus souvent sur les flancs postérieurs. La tarière reste enfoncée une à deux secondes; l’œuf est déposé pendant cette courte période. Un seul est déposé à chaque piqûre ; entre chaque dépôt, la femelle procède au nettoyage de sa tarière avec ses valves. La femelle n’abandonne pas la colonie sans avoir déposé plusieurs œufs.

Comme beaucoup d’autres hyménoptères parasites, la femelle d’A. cheminus ne sait pas reconnaître les chenilles déjà parasitées par ellemême ou par d’autres, ce que nous avons pu contrôler plusieurs fois. Quelque soit le nombhre des œufs qu’a reçus une chenille, une seule larve d’Anilastus s’y développe. :

L’œuf est allongé, blanc, brilant, renflé à l’une de ses extrémités; il est relativement très gros par rapport à l’hôte (environ deux fois aussi long que la tête de la jeune chenille). :

Des œufs de Piéride ont déclanché l'érection de la tarière chez des femelles d’A. ebeninus; mais nous n’avons pas observé que ceux-ci soient piqués.

Des femelles écloses les premiers jours de juin 1924 ont vécu au laboratoire, nourries avec de l’eau sucrée, pendant environ 26 jours; lune a pu être conservée pendant 30 jours. La majorité n’a vécu qu’une vingtaine de jours; les mâles meurent après une douzaine de jours. Une femelle éclose le 16 novembre 1924 est morte le premier janvier 1925, après avoir vécu 46 jours, à 12° C., nourrie avec de l’eau sucrée. Une autre éclose le 17 novembre au laboratoire, est mise dehors le 15 décembre; elle meurt le 10 janvier, soit 53 jours après son éclosion. Du même élevage, nous avons conservé un mâle qui a vécu pendant un mois au laboratoire.

Nous avons vu plusieurs fois les femelles s’abreuver du liquide qui perle des blessures faites aux feuilles par les jeunes chenilles de P. brassicæ. ;

Les éclosions d’Anilastus ont lieu très tard à l’arrière-saison; les cocons récoltés en septembre et jusqu’à la fin d’octobre ont donné des adultes en ‘octobre et novembre, même conservés dehors. Il convient de noter que tous les cocons d’Apanteles récoltés à cette époque ne donnent aucun adulte avant le printemps suivant. Le sort des Anilastus adultes éclos en novembre n’a pas pu être défini; il est bien certain qu’à cette période de l’année, les femelles ne peuvent plus trouver, ou seulement à titre tout à fait exceptionnel, des chenilles de Piérides aptes à être. parasitées. Il faut donc admettre l'existence d'hôtes intermédiaires pour

pue

assurer le maintient de l’espèce, à moins que l’A. ebeninus puisse hiberner sous la forme adulte.

D’après Picarp (1922), l’hibernation a lieu dans le tonnelet sous forme de larve et de nymphe; le fait est bien possible dans le Midi de France, où jusqu’au début de décembre on trouve des chenilles de toutes tailles. Nosobservations nous permeiteñt de croire que les choses ne se passent ainsi qu’exceptionnellement dans la région lyonnaise. Ce sera le cas par exemple pour les larves parasites des chenilles

de troisième génération issues des dernières pontes de l’année (mi-octobre). Mais il convient de remarquer que l’hibernation dans les tonnelets présente des conditions très défavorables pour la conservation de l'espèce. On ne trouve en effet les cocons d’Anilastus que sur les feuilles de la plante, servant à la nourriture des chenilles, feuilles qui seront détruites en grande partie par les froids rigoureux de l’hiver sous le climat lyonnais; les cocons mal fixés peuvent aussi facilement s’en détacher et seront alors exposés à de nombreuses causes de destruction. Ainsi ce mode d’hibernation, qui ne peut être que très rare dans la région de nos recherches, est des plus aléatoires pour le passage de l'hiver dans de bonnes conditions.

Nous admettons comme plus probable l’hibernation sous la forme adulte. Nous avons vu des femelles résister à des froids de — 5° C., avec des relèvements diurnes de températures très peu supérieurs à 0° Malheureusement des dispositions défavorables ont anéanti nos éducations vers la fin de décembre 1924. Nous n’avons pas pu contrôler directement la survie des Anilastus adultes à des conditions plus rigoureuses et plus prolongées de l’hiver; mais ncus n’avons jamais observé l’hibernation dans les tonnelets. Quoiqu'il en soit, l’hibernation d’A. ebeninus, parasites de P. brassicæ (ou de P. rapæ) s'opère dans de mauaises conditions dans la région lyonnaise. Si les adultes éclos en octobre et novembre ne passent pas l’hiver, ces sorties tardives sont très préjudiciables à l’espèce. ;

En juin l’œuf donne la jeune larve au bout de deux jours. SEURAT (1899) a donné une description détaillée de la larve d’A. ebeninus: par sa taille et sa conformation, il est aisé de la distinguer des larves d’Apanteles. Le développement larvaire est beaucoup plus ‘rapide que celui de l’hôte, qui est tuée après la troisième mue. La chenille de

Piéride du Chou mesure alors environ 15 mm. :; elle a évolué un peu moins rapidement que ses compagnes saines, et est alors âgée de 17-18 jours, soit un jour de retard sur ces dernières.

D’après GAUTHIER et BoNNamouR (1924), il est facile de reconnaître les chenilles de Piéride parasitées par lAnilastus en regardant leur face ventrale; la larve de l’Ichneumonide s’aperçoit aisément à travers la peau de la chenille. Elle est localisée dans la partie postérieure du corps, le plus souvent à la face ventrale

: c’est du reste ainsi que l’a figurée BERLESE (1903).

La larve d’Anilastus, pour arriver au terme de sa croissance, dévore

tout l’intérieur du corps de son hôte, sauf les trachées et les téguments. La chenilie de Piéride, avant cet: attaque définitive, est gênée dans ses mouvements par ce parasite qui occupe une grande place ; comme toutes les chenilles incapables de se déplacer librement sous une influence quelconque, elle sécrète un tapis de soie sur la feuille où elie se trouve et y adhère fortement par ses pattes et ses fausses pattes. La larve dévore alors complètement sa victime; elle commence du, côté de la tête. On peut suivre sa marche progressive jusqu’à l’extrémité de l'abdomen par la décoloration de la chenille; à travers la peau vidée, on voit par transparence la larve d’Anilastus, qui est de couleur grisrosé. Cet ultime repas peut ne durer que 4 heures.

Quand il ne reste plus que la dépouille vide, après un temps de repos plus ou moins long, la larve d’Anilastus perce avec ses mandibules la peau de la chenille sur la ligne ventrale médiane, entre les quatrième et cinquième paires de fausses pattes. Elle découpe ainsi une ouverture qui va jusqu’à la base de la troisième paire de pattes thoraciques. SeuraT (1899) avait déjà mentionné cette façon de faire. Pendant qu’elle pratique cette déchirure, la larve sécrète un liquide qui se coagule aussitôt, et relie les deux lèvres de la plaie au substratum, qui est le tapis soyeux tissé par la chenille. Afin de déchirer la peau de la Piéride, la larve dégage sa tête sous la peau, fait effort en même temps qu’elle coupe avec les mandibules. La boutonnière ainsi pratiquée mesure environ 7 mm. de longueur et 1 mm. de largeur en son centre. Cette opération, qui dure une demie heure environ, assure la fixation de la dépouiile de Piéride, dans laquelle le cocon de l’Anilastus va être tissé. RS \

La larve d’Anilastus fait d’abord un cocon blanc, léger, transparent, présentant trois bandes d’épaississement opaques perpendiculaires à son grand axe;,la bande centrale à une largeur égle au 1/5 de la longueur du cocon; les deux autres, plus étroites, se trouvent placées plus près des extrémités, à partir du bord de louverture ventrale de la Piéride, C’est à l’intérieur de cette enveloppe soyeuse, qui sert de moule, que la larvé fait son véritable cocon, qui est noir; il résulte de la solidification d’un liquide visqueux, et non de l’enchevètrement de fils de soie. Ainsi, à travers la peau de la chenille, le cocon d’Anilastus apparaît avec deux bandes et les extrémités noires, et trois bandes grisâtres, piquetées de points noirs, qui eux appartiennent en propre à la chenille. Il est aisé sous le microscope binoculaire de suivre le tissage du cocon, soit à l’air libre avec des larves retirées du corps de l'hôte, soit dans la Piéride, en faisant se fixer les chenilles parasitées sur les parois d’un tude de verre. Le tissage du cocon dure environ 24 heures.

Deux jours après, la nymphe apparaît ; ce stade dure environ dix jours (observations faites en septembre, avec une température moyenne de 15° C.).

On dit couramment que les chenilles de Piérides tuées par l’Anilas-

tus présentent un aspect renflé en tonnelet : le fait est exact. Mais il ne faut pas croire que les tégumcr:5 se sont distendus. Le cocon du parasite n’occupe qu’une partie du corps de l’hôte; il ne mesure que 8 mm. environ. Les deux extrémités du corps de la chenille se sont désséchées et rétractées; la dépouille de la chenille ne mesure que 10 mm. au lieu de 15 mm. L'ouverture ventrale pratiquée par lAnilasfus lui a permis de se tisser un cocon relativement gros (environ 2,5 mm, de diamètre). Aussi. laspect renflé des chenilles parasitées n'est-il que relatif.

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