HISTORIQUE
La plupart des auteurs qui se sont occupés des vomissements nerveux ont eu en vue tous ceux qui se produisent en dehors d’une lésion de l’estomac ou d’une affection fébrile, et tout particulièrement le vomissement hystérique. Pour beaucoup ces deux termes sont synonymes.
Valleix dans le Bulletin général de thérapeutique de 1849 fait une étude de ce qu’il appelle le vomissement idiopathique, essentiel et nerveux. Il en rapporte trois observations, mais une seule semble conclure dans le sens du sujet qui nous occupe. C’est celle d’une femme de vingt-quatre ans qui, sans cause connue, fut prise de deux attaques de vomissements nerveux à deux ans d’intervalle. A part une légère douleur à l’épigastre se propageant du côté de l'abdomen, le seul symptôme fut le vomissement qui du reste disparut de lui-même.
En 1853, Van Dromme cite le cas d’un homme de cinquante et un ans, atteint de vomissements nerveux si pro noncés et d’une intolérance gastrique telle que tous les
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aliments, quelque légers qu’ils fussent, étaient aussitôt rejetés après leur ingestion. Le seul antécédent à noter chez cet homme est un usage copieux et immodéré du genièvre qu'il avait fait vers la vingtième année, étant sous les armes. Faudrait-il rattacher à ces excès alcooliques passagers le vomissement survenant longtemps après? Van Dromme ne paraît pas l’avoir cru.
Simon, en 1887, dans une leçon sur le vomissement des enfants, cite des vomissements inexplicables, ne trouvant leur raison d’être ni dans les ingesta, ni dans les affections de l’estomac ou des organes abdominaux.
Dans son 7'railé des maladies de l’estomac,M. Bouveret rapporte le cas d’une jeune fille de dix-huit ans, qui apprenant brusquement la mort de son père, fut prise au bout de deux jours de vomissements survenant immédiatement après le repas et qui durèrent deux semaines. Elle n’a pas, ajoute -t-il, de stigmates hystériques ou neurasthéniques, mais à chaque émotion nouvelle un peu vive, elle a une crise de vomissements de deux ou trois jours.
Damaschino signale également des vomissements dits nerveux qui sont quelquefois causés par une influence manifeste de l’imagination, par une émotion morale vive, par la vue d’un objet qui provoque le dégoût.
Enfin Tisserand, dans sa thèse inaugurale sur le vomissement nerveux reconnaît qu’il survient parfois chez des sujets simplement névropathes.Il relate une observation de vomissements nerveux que nous reproduisons plus loin.
SYMPTOMATOLOGIE
C'est le plus généralement d’une manière soudaine et imprévue que les vomissements font leur apparition ; ils peuvent alors n’apporter aucune modification à l’appétit du malade qui reste intact. Dans d’autres cas, il y à pour ainsi dire un début lent ; l’appétit du malade devient capricieux, il y a de l’anorexie; puis se produisent des vomissements qui vont se répétant de plus en plus fréquents, l'estomac ne supportant plus aucune des substances ingérées.
Le vomissement nerveux est le plus souvent alimentaire ; il suit de près lingestion des aliments. C’est ordinairemeut dans le premier quart d'heure après le repas que le malade vomit ; c’est parfois immédiatement après; quelques sujets enfin sont obligés d’interrompre leur repas pour rejeter ce qu’ils ont déjà ingéré. Dans des cas plus rares, ce n’est qu’une heure ou une heure et demie
après avoir mangé, que le malade est pris de vomissements.
Pendant la période de crises, tous les aliments sont rejetés et cela à tous les repas. Ge n’est que par exception que l’on constate une certaine tolérance pour quelques ingesta, soit liquides, soit solides, ou qu’on voit le vomissement ne se produire qu'à un seul repas, à midi par exemple, les aliments pris le soir étant bien tolérés.
Les vomissements se répètent à courts intervalles un certain nombre de fois jusqu’à ce que l’estomac ait évacué tout son contenu.
C'est qu’en effet l'estomac ne se débarrasse pas violemment etau milieu d’un grand effort ; au contraire, c’est plutôt gorgée par gorgée que le malade vomit, et cet acte ne lui occasionne ordinairement point d'efforts, ni de nausées.
L'absence de phénomènes nauséeux est, en effet, un des caractères les plus constants du vomissement nerveux.
Quelquefois le malade est prévenu de limminence du vomissement, par la sensation d’aliments qui remontent dans l’œsophage et redescendent dans l’estomac à plusieurs reprises avant d’être expulsés définitivement.
Si l’on examine les matières vomies, on constate que leur aspect varie suivant le séjour plus ou moins prolongé que les aliments ont fait dans l'estomac.
Quelquefvis les vomissements ne sont pas alimentaires, mais sont composés de matières glaireuses, et le malade rejette un liquide clair et filant qui ressemble à la pituite des alcooliques. C’est alors surtout le matin qu’ils se produisent.
Dans certain cas, le vomissement est précédé d’une
douleur vive au creux épigastrique et qui survient même plusieurs heures avant le repas; mais ce n’est qu'après avoir mangé que le malade vomit, et cet acte lui procure un soulagement presque immédiat.
D’autres fois, sans être précédé d’aucun phénomène douloureux, le vomissement laisse après lui, au creux épigastrique, une sensation de crampe provoquée par la contraction spasmodique des tuniques de l’estomac et de l’œsophage.
Les vomissements peuvent se répéter avec ténacité pendant plusieurs jours sans influer d’une manière appréciable sur Ja santé générale qui reste bonne ; ils peuvent persister un certain temps sans provoquer de perte de forces et d'amaigrissement. Ce n’est qu’à la longue qu’ils finissent par mettre le malade dans un état de faiblesse et de dépérissement qui peut être assez prononcé.
On les voit cesser tout à coup, sans qu’on puisse trouver de raison d’être à cette heureuse terminaison de la maladie ; ou bien ils paraissent céder à l’action d’un médicament.
L'action de la thérapeutique semble, en effet, avoir donné en quelques circonstances d’heureux résultats ; mais bien souvent aussi on a vu échouer toute médication. On ne peut donc considérer les médicaments que comme des agents infidèles et inconstants.
Un des caractères du vomissement nerveux est la facilité avec laquelle il récidive. C’est tantôt la frayeur qui rap- . pelle des vomissements disparus depuis quelque temps ; tantôt ils apparaissent la seconde fois, comme la première, sans cause apparente. On ne peut dire au bout de combien de temps la récidive se produit de préférence ; chez cer-