A MES MAITRES DANS LES HOPITAUX
Et plus particulièrement à ceux dont j'ai été l'Erterne :
Monsieur le Professeur GOUGEROT.
Monsieur le Professeur NOBÉCOURT.
Monsieur le Docteur BAUMGARTNER.
Monsieur le Professeur BRINDEAU.
Monsieur le Professeur agrégé AUBERTIN Monsieur le Professeur LENORMANT.
Monsieur le Professeur MAUCLAIRE.
A Monsieur le Docteur GAUD
Directeur du Service de Santé et d'Hygiène Publiques du Maroc
Avec l'assurance de mon respectueux dévouement.
A Monsieur le Docteur BOUVERET Médecin Chef de l'Hôpital de Mogador au Maroc
Grâce à qui mon temps de service militaire a été une des années les plus profitables de mon instruction professionnelle ; je tiens à lui témoigner ici toute ma gratitude et tout mon affectueux dévouement.
A TOUS CEUX QUI, APRÈS MON PÈRE Ont contribué à mon instruclion médicale
Monsieur le Professeur HOVELACQUE
Qui a eu l'obligeance de m'ouvrir son Laboratoire pour me permettre d'apprendre un peu d'anatomie ; très respectueusement.
Monsieur le Docteur GAGEY
Ancien Assistant de mon regretté maître le Professeur Lapointe
Avec mon respectueux souvenir.
M. le Docteur J. COUTURAT
Qui fut pour moi un guide et un ami ; très cordialement.
Monsieur le Docteur P. VIALLE
Avec mon cordial souvenir.
Introduction...
Les médicaments spécialisés prennent dans la thérapeutique moderne une place de plus en plus considérable (1) leur commercialisation à outrance et la formidable publicité qui l'accompagne ont déjà soulevé de nombreuses protestations en France et à l'Etranger. Des tentatives de réglementation ont-été faites pour réfréner l’évolution vers le mercantilisme ; elles visent un double but : Assurer aux médecins praticiens que leur confiance ne sera pas trompée lorsqu'ils emploieront un médicament spécialisé ; et préserver le public d’un charlatanisme contre lequel il serait sans défense.
Certes, les produits pharmaceutiques spécialisés peu-
.(4) M: Allard Latour, dans sa thèse (la spécialité pharmaceutique — Etude économique — Thèse de Droit — Dijon 1933) donne les chiftres suivants, assez éloquents par eux-mêmes pour rendre compte de l’importance de l’industrie pharmaceutique :
Le chifire d’affaires annuel des fabricants de spécialités en France atteint un milliard cinq cent cinquante millions (dont trois cent cinquante millions pour l'exportation .
Les capitaux représentatifs de l’industrie pharmaceutique s'élèvent à cinq cent vingt millions. ;
Il existe environ quatre vingt mille spécialités différentes en France.
Le public consomme environ 60 % de médicaments spécialisés pour 40 % de préparations officinales ou magistrales en Province ; à Paris la proportion des spécialités s'élève à 70 et 8) %.
Il est à noter que ces chiffres correspondent à l’année 1932 et ont certainement augmenté depuis.
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vent être d’un très grand secours aux médecins comme aux malades. F<
Leur emploi commode, la certitude de leur origine, la fixité de leur composition, la constance de leur action pharmaco-dynamique, sont autant de qualités appréciables pour le médecin qui doit les prescrire. Mais quelle garantie a-t-on actuellement de ces qualités ?
Nous ne voulons pas douter de la parfaite bonne foi avec laquelle les spécialités sont étudiées par nos Laboratoires avant d’être mises en vente. Nous ne voulons pas davantage douter des capacités des chimistes et des physiologistes auxquels est confié ce travail. Nous n’accusons pas non plus de mensongères les « littératures'» de propagande adressées aux médecins ou même directement destinées au public pour vanter les mérites de telle ou telle spécialité.
Cependant nous voulons attirer l’attention sur quelques remarques qui nous semblent de la première importance avant d'aborder la question d'une réglementation du commerce des spécialités pharmaceutiques en France.
La place de plus en plus importante que les spécialités occupent dans la thérapeutique moderne expose la médecine à de sérieux inconvénients.
D'une part le nombre considérable des spécialités fait qu’il est matériellement impossible que le médecin appelé à les prescrire en connaisse la valeur ; ce qui l'expose à prescrire sans savoir au juste ce qu’il peut en attendre, sur la foi des brochures publicitaires qe lui sont adressées.
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Ce n’est qu’à la longue qu’il peut arriver à faire luimême une sélection d’après l'expérience qu'il aura acquise... aux dépens des malades bien entendu.
D'autre part, si le médecin ne réagit pas en faisant preuve de beaucoup de courage au service de sa conscience professionnelle, s’il délaisse peu à peu l’étude de la matière médicale, en un mot s’il se laisse aller à la facilité de prescrire des spécialités... quelle valeur auront ses prescriptions à l’avenir ?
Il est regrettable qu'il en vienne à s'exposer à des reproches tels que Pline l’ancien en adressait aux médecins de son temps «qui, disait-il, négligeaient la connaissance des drogues, recevaient les compositions telles qu’on les leur donnait et les employaient sur la parole d'hommes sans conscience » (1).
Nous ne voulons aucunement comparer nos fabricanits de spécialités aux tristes sires qu'étaient les « Pharmacopolæ » de cette époque, mais seulement montrer que la Polypharmacie et l’usage abusif de « drogues composées » avaient amené les médecins à négliger l’étude de la matière médicale... qui était pour” tant notablement plus simple que de nos jours.
Par ailleurs, la vente directe des spécialités pharmaceutiques au public, par le moyen d’une publicité souvent tapageuse, expose à de graves inconvénients.
(1) Ce reproche a été fait aux Médecins de la nouvelle génération sous la plume de M° Allard Latour : « Quelques vieux Médecins prescrivent encore mais la généralité, surtout les jeunes, — et certains seraient fort en peine d'aligner une formule, car ils ont négligé de retenir le formrulaire légal — trouvent de nombreux avantages à prescrire des spécialités. »
Il n’est pas besoin d’'insister sur les inconvénients de laisser la libre vente au public de médicaments toxiques comme les barbituriques, les cas d'intoxication. volontaire, souvent mortels, ne sont plus à compter, et la question a déjà soulevé de nombreuses protestations... Mais il existe bien d'autres médicaments toxiques qui peuvent être délivrés sans ordonnance sous forme de spécialité:
Et même des préparations dont la composition semble inofflensive, peuvent constituer un danger par leur publicité mentionnant le nom de maladies au cours desquelles elles peuvent être employées — des malades trop crédules les utilisent sans discernement pendant un temps souvent assez long avant de requérir un avis autorisé. — Et alors même quela drogue ne leur aurait point nui, elle peut leur avoir fait perdre. un temps pré- Cieux. )
Enfin, il convient de dénoncer l’exploitation. des. malades chroniques, qu'aucune thérapeutique ne peut soulager, et qui croient toujours trouver la guérison dans une drogue nouvelle — dont une publicité tapageuse vante les mérites.
.Nous voyons donc qu’en dehors de toute mauvaise foi et de tout charlatanisme, la commercialisation à outrance de la Pharmacie et lPapplication à la vente des médicaments des procédés de Publicité en usage dans les autres commerces, constituent un réel danger contre lequel on ne Saurait trop réagir. Re:
Mais si nous n'avons pas mis en cause jusqu'ici la bonne foi des producteurs de spécialités pharmaceuti-
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ques, doit-on se refuser d’y jamais porter un regard ?
Un glissement insensible sur la pente fatale du « Rendement Commercial » ne mènerait il pas au pire charlatanisme ? |
L'idée de Rendement, si en honneur dans l’industrie moderne (peut-être pour notre malheur) nous semble rigoureusement incompatible avec la profession dé la Pharmacie, comme de la Médecine d’ailleurs.
Sans doute ne peut-on pas empêcher un homme de tirer profit d’une drogue qu'il aura Composée ou dontil aura découvert les mérites, mais c’est au seul titre du Service Rendu qu’il doit être rémunéré.
Celui qui réussit à vendre à un particulier un objet dont il n’a pas besoin est un adroit commerçant ; celui qui vend de la piquette pour du vin « certifié d’origine » est un voleur ; celui qui vend sciemment à un malade une drogue nuisible ou même seulement inutile est un bandit.
It: a seulement 200 ans tous les termes du mépris étaient attachés au nom de l’apothicaire qui devenait synonyie, où à peu près, de voleur, d’empoisonneur, de sorcier... Lentement, péniblement, les Pharmaciens ont réussi à reconquérir la considération publique.
A. Phillippe, au début de son « Histoire des Apothcaires » nous dit que :
« L'opinion publique attache au mot pharmacien l'idée d'une profession libérale et noble, qui suppose des connaissances au-dessus de la routine mercantile »...
Allons-nous être obligés de ressusciter le vieux terme d’Apothicaire c’est-à-dire de « boutiquier » ?
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Le Mercantilisme est une souillure qui jette le discrédit sur la profession médicale comine sur celle des Pharmaciens ; dans l’une comme dans l’autre profession il faut le combattre avec énergie.
Mais l’objet de cette étude n’est pas de démontrer l'opportunité d’une réglementation qui apparaît nécessaire à tous, c’est de rechercher comment peut être envisagée cette réglementation.
Dans les premières lignes de ce chapitre nous avons évoqué le but à rechercher ; ce qui vient d’être dit va nous permettre de le préciser :
1) Donner des garanties certaines sur la composition et l’action des médicaments spécialisés mis en vente ;\
2) Préserver le public d’une publicité tapageuse propre à exploiter sa crédulité et son ignorance.
Et par là même les fabricants de spécialité consciencieux se trouveraient à l'abri de La concurrence déloyale des charlatans.
Quelques faits puisés dans l’histoire de la Pharmacie nous montreront que le problème n’est pas nouveau et qu’à des époques différentes des lois ont été édictées pour juguler les abus de la polypharmacie et du commerce des drogues.
Nous verrons quelles sont les lois qui régissent actuel. lement le commerce des spécialités en France.
Nous verrons ensuite comment fonctionnent les règlements dans certains pays étrangers.
Nous verrons enfin quels sont les vœux exprimés en France pour améliorer la règlementation actuelle.
Et d’après ces données, nous tâcherons de discerner ce qu’il conviendrait de faire. -
L'enseignement de l'histoire
Dans l’antiquité Gréco-Romaine, les médecins faisaient les médicaments eux-mêmes ; toutelois il existait des herboristes fournisseurs des médecins ; ils en vinrent rapidement à confectionner des drogues composées pour les médecins,puis à faire des mixtures destinées directement au public qu’ils exploitaient: le principe de la spécialité est donc apparu au berceau même de l’art pharmaceutique, entraînant avec lui ses abus, qui furent d'autant plus considérables que la vente des drogues n’était pas règlementée.
La CThériaque » dont le nom a survécu dans la pharmacopée jusqu’au xix° siècle, peut êlre considérée comme une spécialité dès son origine ; composée par Andromaque, médecin de Néron, d’après la recette de l’électuaire de Mithridate, la « Thériaque » était vendue au peuple Romain avec une élégie qui en vantaitl les bienfaits (Philippe: Histoire des Apothicaires, p. 50).
Les abus étaient tels que les autorités durent sévir : Solon et Licurgue avaient chassé les apothicaires d'Athènes et de Lacédémone.
A Rome «leluxe des préparations composées, des
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« produits exotiques, devint révoltant, et dans tout « l'Empire, la polypiarmacie fut portée à un excès dé- « sordonné ».
Il existait des vendeurs de drogues sédentaires, ayant des officines : herbarii, sellularii, apothicarii.
« Ils avaient usurpé le monopole des maladies infamantes dont la grande et impudique Cité était gangrenée, outre la vente patente et publique, ils avaient une arrière-boutique, véritable guet-apens où ils exploitaient les maux incurables... vendaient avec le plus effronté cynisme des drogues illicites aux dames Romaines » » (A. Philippe, in Histoire des Apothicaires). mi
Il yavait encore des marchands de drogues ambuA lants, véritables batteurs de foire « Médicamentarii- Pharmacopolæ ». |
Il yavait enfin des sage-femmes, les Sagæ.
Tout ce monde-là faisait le commerce des drogues composées, et bien souvent aussi de produits CpATOM siaques, hypnotiques ou abortifs.
On conçoit la déconsidération qui régnait sur le nom des Apothicaires assimilé à ceux de voleur, AMESTE neur, charlatan (Le
Mais tout cela n’a guère qu’un intérêt récréatif ; la première règlementation sérieuse visant l'exercice de la phamarcie dale de la fondation des Ecoles de médecine de Salerne, au x1° siècle, établie par Roger premier Roi de Sicile : il existait deux sortes d’ Apothicaires : les Sta-
11) Prang L'ANCIEN. — Medicina Rom, ch. XXIX. Horace. — Satires, Lib. I, 2
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lionari qui détenaient des médicaments simples et des préparations médicinales vendues d'après un tarif établi,
les Confectionarii qui Un chargés de l'exécution des. ordonnances.
Leurs officines étaient soumisesau contrôle du « Collégium Médicorum ».
Ils étaient tenus d'apprendre leur métier sous la direction des médecins;et n’obtenaient licence de s’installer qu’après s'être engagés à respecter les modes de préparation des médicaments exposés dans l’antidotaire de. l’école, approuvé par l'Etat (2).
Les peines encourues en cas: d'infraction à la étaient importantes (Confiscalion des Biens).
Comme on le voit, il y avait là une règlementation rigoureuse, ce n’est qu’au cours du xiv® siècle que se généralisa en Europe la formule du contrôle des Apothifaires par les Médecins.
En France, la séparation de la Pharmacie et de l'Art Médical apparaît assez tard, à une date encore discutée (xi° ou xur° siècle suivant les auteurs).
En fait, d’après Philippe, le premier texte consacrant l'indépendance des Apothicaires serait le Livre des Mesliers et Marchandises d’Estienne Boileau (xt siècle), les Apothicaires étaient assimilés aux épiciers brocanteurs ; ils étalaient le samedi aux Halles-et aux Marchés... « Ce « sont les Mestiers frans de la ville de Paris qui ne doi- « vent pas le guet au Roy, ainsi que les Estuveurs tous
(2) Antidotaire de Nicolas de Sulerne.
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« Apothicaires, tous vendeurs d'auge, d’escuelles et « d’eschielles ».
Ces Apothicaires-espiciers formaient donc une corporation séparée de la Médecine, mais ils étaient des épiciers, tenaient boutique d’épicerie, fondaient le sucre et avaient en sus le monopole des drogues médicinales et le contrôle des poids et balances (1).
Ils étaient instruits par des Médecins et des Maîtres Apothicaires avant de passer Maîtres à leur tour, et devaient faire un chef-d'œuvre pour terminer leur apprentissage. , CA
Ils étaient érigés en corporation, ils prêtaient serment avant de s'installer suivant une formule assez curieuse que nous ne pouvons passer sous silence, pour ce qu’elle constitue une des premières réglementations intérieures du corps des Apothicaires de Paris.
SERMENT DES MAISTRES APOTHICAIRES CHRÉTIENS ET CRAIGNANS Dieu. — Je jure et promets devant Dieu, auteur et créateur de toutes choses, unique en essence et distingué en trois personnes éternellement bienheureuses, que j'observeroy de point en point tous les articles suivans :
1° Et premièrement je jure et promets de vivre et mourir en la Foi chréstienne ;
2° liem, d'aimer et honorer mes parens le mieux qu'il me sera possible ;
3° Item, d'honorer, respecter faire servir, en temps qu'en moi sera, non seulement aux Docteurs Médecins qui m'auront ins-
(1) On comprend ainsi que des balances aient figuré sur les armoiries accordées à la corporation des apothicaires de Paris, et que leur devise ail été : LANCES PONDERA SERVANT.
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truit en la connaissance des préceptes de la Pharmacie, mais aussi à mes Précepteurs et Maîtres Pharmaciens, sous lesquels j'aurai appris mon mestier ;
49 Item, de ne médire d’aucun de mes anciens Docteurs, Maitres Pharmaciens, ou autres qu'ils soient ;
5° Item, de rapporter tout ce qui me sera possible pour l'honneur, la gloire, l'ornement et la majesté de la Médecine ;
6° Item, de n’enseigner aux idiots et aux ingrats les secrets et raretés d'icelle ;
7° Item, de ne faire rien témérairement, sans avis des Médecins, où sous l'espérance de lucre tant seulement ;
8° Item, de ne donner aucun médicament, purgation aux malades affligés de quelque maladie, que premièrement je n'aye pris conseil de quelque docte Médecin :
90 Item, de ne toucher aucunement aux parties honteuses et défendues des femmes, que ce ne soit par grande nécessité, c'estàdire lorsqu'il sera question d'appliquer dessus quelque remède ; |
100 Item, de ne découvrir à personne le secret qu'on m'aura commis ;
110 Item, de ne donner jamais à boire aucune sorte de poison à personne, et de ne conseiller jamais à aucun d'en donner, non pas même à ses plus grands ennemis;
120 Item, de ne jamais donner à boire aucune potion abortive ; ‘
130 Item, de n’essayer jamais de faire sortir du ventre de la mère le fruit en quelque façon que ce soit, que ce ne soit par avis du médecin ;
140 Item, d'exécuter de point en point les ordonnances de médecin, sans y ajouter ni diminuer, en tant qu'elles seront faites selon l’art ;
150 Item, de ne me servir jamais d'aucun succédané ou substitut sans le conseil de quelque autre plus sage que moi;
16° Item, de désavouer et fuir comme la peste la façon de pra-
tiques scandaleuses et totalement pernicieuses de laquelle se ser