INFLUENCE DE LA SEMENCE
Parmi les causes qui influent sur la production de la chlororaphine, nous avons négligé jusqu’à présent un facteur important : c’est le Bacille lui-même. Sans aller, ainsi que E. DucLaux (1898), jusqu’à considérer l'organisme vivant comme étant Cen état de mutation continue », il faut cependant reconnaître qu'il est soumis à toutes les influences du milieu où il vit, milieu qu’il transforme incessamment pendant toute la durée de son existence, et que ces transformations peuvent, inversement, déterminer des variations de la cellule microbienne et de ses propriétés.
Nous sommes ainsi amené à étudier les modifications apportées à la production de la chlororaphine du fait de la qualité de la semence. |
Lorsqu'on ensemence des ballons renfermant le milieu synthétique type avec des cultures de deux à trois jours, on obtient de nombreux cristaux. Au contraire, les germes provenant de vieilles cultures ne produisent qu'une très faible quantité de chlororaphine.
On peut admettre, pour linterprétation de ce fait, que, sous l'influence du milieu devenu de plus en plus antiseptique par
suite de la végétation, la fonction chromogène du Bacille a diminué. Il faut remarquer, toutefois, que cet affaiblissement ne porte pas sur toutes les cellules de la culture.
En effet, si on ensemence avec une culture âgée une série de plaques (gélose asparagine), on obtient, au bout de deux à trois Jours, des colonies nombreuses qui, transportées en entier sur bouillon synthétique, donnent des résultats très différents; alors que certains ballons offrent une assez belle production de chlororaphine, d’autres ne montrent que quelques cristaux verts, et enfin un certain nombre en sont totalement dépourvus. Or, même en admettant que chacune des colonies obtenues sur gélose, a pour origine plus d’un germe primitif, 1l résulte de cette expérience que toutes les cellules d’une culture âgée ne sont pas également aptes à la production de la substance chromogène.
On ne peut cependant pas affirmer que toutes les cellules des cultures achromogènes ont perdu la faculté de donner de la chlororaphine. En effet, si on soumet une de ces cultures dépourvues de cristaux à des séries de passages successifs sur bouillon synthétique et sur plaque de gélose asparagine, il est toujours possible d’isoler des colonies chromogènes; je dirai même que jamais je n’ai observé de cultures qui, soumises à ces séries de passages, n’aient pas donné au moins quelques colonies à cristaux.
L’âge de la culture dans laquelle on prélève la semence influe donc sur la production de la chlororaphine. Mais, à côté de ce premier facteur, nous devons en signaler un second que DucLAUx (1898) et GrimBerT (1893) ont appelé l «éducation de la semence ». Le milieu de culture dans lequel la semence est prélevée a, en effet, une très grande importance.
Cultivé en bouillon peptoné, le Bacille donne une faible production de chlororaphine; reporté en milieu synthétique, cette production, bien qu’étant de beaucoup supérieure, n’en reste pas moins assez peu importante. Au contraire, les pommes de terre, la gélose asparagime permettent l'obtention d’abondants cristaux verts et les semences prélevées dans ces cultures donnent en bouillon synthétique une formation abondante de chlororaphine. Mais il y a plus; lorsqu'on soumet des cultures à cristaux
abondants à des passages successifs sur plaques de gélose asparagine et bouillon chimiquement défini, on arrive à obtenir des colonies qui, ensemencées dans des conditions convenables, donnent une quantité de cristaux de beaucoup supérieure à celle du type moyen.
J'ai ainsi isolé une semence produisant environ 35 milligrammes de chlororaphine par litre de bouillon, alors que la majorité des races n’en donnent au maximum que 15 à 20 milligrammes. (A titre d'indication, j'ajouterai que la production des cristaux en milieu peptoné ne dépasse pas quelques milligrammes par litre.)
Le type à haute production cristalline ainsi obtenu ne conserve cette faculté que pendant un certain temps. Peu à peu, l’mtensité de la fonction chromogène diminue et retombe à celle du type moyen. On peut, par des passages convenables, non seulement arriver à augmenter le poids de chlororaphine produite, mais encore hâter son apparition dans les milieux. C’est ainsi que des cultures peuvent déjà montrer des cristaux le deuxième ou le troisième jour, alors qu’en général, ceux-ci n’apparaissent que vers les cinquième, sixième Jours et plus tard.
Un autre exemple de l'influence de | «éducation de la semence » nous est fourni par l’observation suivante. Au début de mes recherches, le type de B. chlororaphis que j'étudie attaquait très peu les sucres mis à sa disposition. Je le cultivais alors uniquement sur bouillon peptoné. A cette époque, le saccharose était sensiblement respecté, aujourd’hui ce suere fermente activement. Il semble done que l’éducation de la semence a permis de sélecter des races différentes du type moyen. Cette hypothèse semblerait impliquer que l’échantillon étudié de B. chlororaphis n'est pas homogène. En effet, c’est ce que nous avons eu maintes fois l’occasion de constater. \
Cette question d’ «éducation de la semence » ne suffit pas d’ailleurs à elle seule pour expliquer toutes les variations que j'ai eu l'occasion d'observer; le problème, dans son ensemble, est beaucoup plus complexe. Je rappellerai qu’alors que la majorité des cultures ne manifeste plus à 35° C. la faculté de donner des cristaux, il en est qui offrent une belle production de chlorora-
phine à cette température, et même quelques-unes, très rares, qui présentent encore des formes cristallines à 370. D'autre part, alors que quelques germes ensemencés sur milieu synthétique y déterminent l'apparition d’une coloration jaune, d’autres provoquent un léger brunissement de la culture.
De plus, certaines semences transportées sur gélatine (en tube) liquéfient le substratum avec formation à la surface de la partie liquéfiée d’une pellicule rosée.
Enfin, non seulement les variations s’expriment par des colorations différentes du milieu de culture, par une production variable de cristaux, mais encore par la propriété de faire fermenter les sucres. De même, nous avons vu que les milieux galactosés n’offrent généralement pas de cristaux.
Or, la réduction (par Zn et HCID) de ces cultures y détermine un très léger verdissement, et le sucre est peu attaqué. Cependant, certaines semences peuvent faire fermenter cet hexose et les cultures offrir de rares cristaux, tandis que la réduction du milieu fait apparaître une magnifique teinte verte.
En résumé, des semences différentes peuvent donner, dans un même milieu, des cultures présentant des caractères variables. Pasreur (1876), A. Firz (1876-1882), Perprix (1891), GrimBErT (1893), etc., étaient déjà arrivés à des conclusions analogues.
Les variations physiologiques les plus importantes apportées dans les cultures de B. chlororaphis semblent être sous la dépendance de l’origine de la semence et de l’âge de la culture dans laquelle elle est prélevée. Enfin, nous avons vu qu’il est possible, par des passages appropriés, d’exalter ou d’atténuer les différentes fonctions d’une semence donnée.