‹ Contribution à l'étude de Bacillus chlororaphis G. et SChapitre 52 sur 54 · INOCULATION AUX POISSONS · texte numérisé non relu

INOCULATION AUX POISSONS

Bacillus chlororaphis s'est montré pathogène pour toutes les espèces de Poissons d’eau douce auxquelles nous l’avons inoculé : Carpe (Cyprinus carpio L.), Tanche (Tinca tinca L.), Brème (A bramis brama L.), Gardon (Leuciscus rutilus L.), Perche (Perca luviatilis L.).

Les inoculations ont été faites, soit dans la cavité du corps, soit dans la masse musculaire dorsale; nous noterons tout de suite qu'à dose égale la mort est moins rapide dans le cas d'une injection intramuseulaire.

Une injection dans la cavité du corps d’une dose de 0°°5 d'une culture de quatre jours tue les Poissons entre vingt-quatre et quarante-huit heures; les animaux meurent sans présenter de lésion constante et caractéristique. Nous noterons que, quelques heures après l'inoculation, les Poissons sont moins vifs, la région caudale parait paralysée; däns quelques cas, nous avons constaté les traces d’une hémorragie branchiale

De tous les Poissons sur lesquels nous avons expérimenté, c'est le Gardon qui s’est montré le plus sensible. Or, tandis que des Gardons sont tués en vingt-quatre heures par une injection de 0% 5 d’une culture de einq jours, la même dose d’une eulture de vingt-quatre heures ne tue qu'en cinq à dix Jours des animaux de même poids (170 à 180 grammes). Par conséquent, à doses égales, la mort est d'autant plus rapide que la culture inoculée est plus âgée.

Je rappellerai que nous sommes arrivé aux mêmes conclusions dans l'expérimentation sur Souris et sur Cobaye, et que ces conclusions nous ont conduit à la recherche de toxines solubles dans les cultures de B. cAlororaphis.

Nous allons donc répéter, avec les Poissons, l'expérience faite sur la Souris et le Cobaye. A cet effet, de vieilles cultures sont tiltrées sur bougie Chamberland (F), ou Nordtmever-Berkefeld. Le filtrat moculé à des Gardons, à des doses variant entre 0°" 5 et 1%, détermine la mort entre un et cinq jours. Les cultures tilirées renferment done des substances toxiques pour les Pois-

Sons.

INOCULATION A LA GRENOUILLE (Rene temporerie L.)

Des Grenouilles sont tuées en vingt-quatre heures par une injection intracavitaire d'une dose de 0°" 5 d'une culture de trente-six heures et en quarante-huit heures par une injection

d’une dose de 1° de la même culture dans le sac lymphatique dorsal.

Pour établir d’une façon complète le pouvoir pathogène de B. chlororaphis, il resterait à réaliser l'infection par la voie d gestive. Il serait intéressant également de maintenir des Poissons et des Écrevisses avec certains de leurs ectoparasites (Argulus foliaceus, Piscicola, Branchiobdella) dans une eau contaminée, et de voir si les plaies causées par ces parasites peuvent servir de porte d’entrée au bacille.

On connaît de nombreux bacilles pathogènes pour les animaux d'eau douce. Mais, pour beaucoup de ces bacilles, nos connaissances sont encore très incomplètes, ainsi que l’on peut s’en rendre compte en consultant des ouvrages spéciaux tels que ceux du professeur HorER (1904), et de DE DROUIN DE BOUvVILLE (1908); aussi est-il très difficile de rapprocher B. chlororaphis de l’un d’eux. C’est ainsi, par exemple, que B. chlororaphis présente des caractères morphologiques et culturaux communs avec le Bacille de la « peste des eaux douces » de BATAILLON et Dugarp (1893-1894), avec le Bacille de A. CHarrin (1893), avec le Bacille de BaBÈs et RIEGLER (1903), avec B. hydrophilus fuscus de SANARELLI (1891-1893), et avec B. ranicida de P. ERNST. Comme ces Bacilles il est mobile, liquéfie la gélatine, peut donner une culture jaune brunâtre sur pomme de terre. Comme le Bacille de Barës et RIEGLER, il ne prend pas le Gram; comme lui, il est très polymorphe.

Ces quelques exemples que je viens de citer prouvent suffisamment que B. chlororaphis a des caractères communs avec d’autres bacilles déjà connus et qui sont pathogènes pour les Poissons. Pour le moment, il est donc difficile de voir en B. chlororaphis une individualité nouvelle, cause de maladies pour les Poissons. Car si le caractère de la production de la chlororaphine a été négligé, il est de toute évidence qu’un auteur s'étant contenté d’une étude relativement sommaire a pu très bien isoler une forme de bacille qui n’était autre que B. chlororaphis.

Maintenant que l’on sait que le Bacille de GuiGNARD et SAu- VAGEAU est pathogène pour les Poissons, que l’on peut d’autre

part réaliser un milieu de culture permettant une formation rapide et constante de chlororaphine, je pense qu'il sera possible à l'avenir d'identifier, à l’occasion, un bacille pathogène pour les Poissons avec B. chlororaphis et de définir ainsi le rôle que joue ce dernier microbe dans la pathologie des habitants de nos eaux douces.

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