OBSERVATION II
Marie B..., née C..., 49 ans, entrée le 8 Avril 1919, salle 4, lit 21.
A son entrée à l'hopital, cette femme est dans un état de confusion mentale assez prononcé pour l'empêcher de donner aucun renseignement. Par ailleurs, nous avons pu avoir les renseignements suivants : la malade a 4 enfants vivants, elle en a perdu un; elle n'a jamais fait de fausse couche. La maladie actuelle aurait débuté il y a une quinzaine de jours, soit vers le 24 mars, par une paralysie du membre inférieur gauche, paralysie suivie bientôt de la « perte des idées ».
Etat, le 10 Avril 1919 : La malade fait entendre des plaintes sans préciser aucune douleur. Quand on veut la remuer, les plaintes redoublent aussitôt. Par c mséquent douleurs et spontanées et provoquées ; l'existence des premières pouvant prêter au doute.
Un peu de raideur de la nuque
Obnubilation intellectuelle marquée. La malade répond lentement à quelques questions élémentaires, mais paraît désorientée. La parole est tremblée, hésitante; on reconnait cependant la structure générale des mots. Pupilles égales. Pas de signe d'Argyll- Robertson. Ba langue est sèche, rôtie. Pas de température.
Paraplégie flasque complète.
Réflexes rotuliens etachilléens abo'is. Réflexes plantaires : aboli à gauche ; signe de Babiuski à droite. Maladresse de la main gauche pour prendre une épingle, boutonner sa chemise, etc... Zône d’'hypoesthésie à la piqüre occupant la face entero-externe du mollet droit et le dos du pied. La sensibilité paraît conservée partout ailleurs.
Incontinence des urines et des matières fécales,
Eschare de la la région trochantérienne à gauche.
Ponction lômbaire pratiquée le 12 avril. Résultat: pas de leucocytose. Très peu de leucocytes; sur 5 champs, après centrifugation 8 lymphocytes. FLSES
Wassermann négatif
hide
12 Avril. — La dysarthriea disparu. Toujours paraplégie flasque et confusion mentale.
1° Mai. — Confusion mentale persistante. Paraplégie flasque inchangée. Incontinence. Grosseur dure du volume d’une mandarine dans la région du colon ascendant ; vives douleurs abdominales.
Dans les jours qui suivent, les douleurs se dissipent. On a vraisemblablement affaire à un fibrôme de la paroi.
Juin 1919. — Atrophie musculaire des membres inférieurs très nette au niveau de la cuisse et masquée en partie par de l'æœdème dur. La sensibilité est toujours conservée.
Eschare de la région trochantérienne gauche en bonne voie de guérison.
L'eschare fermée, la malade reste à l'hôpital jusqu'au 8 juin 1920, date à laquelle, quoique non guérie, elle demande à sortir.
Etat à la sortie de l'hôpital-: Paraplégie flasque, atrophique, avec R. D. pour les muscles des mollets. Récupération du contrôle des sphincters. Persistance de troubles confusionnels atténués avec désorientation dans le temps et dans l’espace.
Examens électriques. — Le 10 octobre 1919 : Abolilion de E. F. avec diminution considérable de E. G. et R. D. pour tous les muscles des membres inférieurs.
Le 15 janvier 1920 : Abolition complète de E. F. pour tous les muscles et nerfs du segment supérieur des deux membres inférieurs, sauf pour les fessiers. Pas de R. D. à ce niveau. Abolition complète de E. F. et inversion de la formule galvanique pour tous les muscles et nerfs des deux segments inférieurs.
Oss£rvarioN III
Marie S.…., 38 ans, boulangère, entrée à l'hôpital le 12 avril 1919, salle 4, lit 14.
Diagnostic : myélite transverse non spécifique. Amélioration par le traitement mercuriel.
Histoire de la maladie : Grippe au mois de novembre, qui dura “huit jours et fut assez bénigne. Pas de toux, quelques maux de
ele
tête. Depuis lors la malade se sentit toujours très faible et dans un état de constipation habituelle.
En décembre, quelques troubles de la vue apparurent qui furent mis sur le compte de l’anémie : vue trouble, brouillards (surtout à gauche). De plus, la paupière supérieure gauche semblait un peu paralysée et retombait devant l'œil. Ces troubles s'atténuèrent et disparurent.
En janvier, la joue droite parûüt paralysée et comme morte au point de gêner la mastication.
Puis des douleurs apparurent au niveau des dernières côtes gauches : douleurs sourdes, des « pesanteurs » dit la malade. Ces douleurs descendaient ensuite dans le bas-ventre et des troubles de la miction se montrèrent : mictions très impérieuses plutôt qu'incontinence vraie, et quelquefois attente très longue de la venue de l'urine.
En février la jambe droite devint raide en que'ques j urs. Les doigts de pied ne purent plus remuer. Le mollet était très froid et la marche pleine de difficulté. Des douleurs commencèrent bientôt à se fire sentir dans la jambe gauche, douleurs sourdes, continuelles et au dire de la malade, toute la face interne de la cuisse semblait meurtrie. La malade ne pouvant plus marcher, ni même se lever de sa chaise, entra à l'hôpital.
Antécédents héréditaires : Mère, 75 ans en très bonne santé. Père mort à 57 ans d'une fluxion de poitrine. Deux frères morts l'un d'une fluxion de poitrine également, l'autre dans une maison de santé après avoir subi un traitement mercuriel pour une maladie que lui aurait communiqué sa femme.
Antécédents personnels : Réglée à 12 ans. Mariée à 24 ans, 2 enfants en bonne santé. Pas de fausse couche. Rien d'autre à signaler.
Etat vers le milieu d'avril : La malade est toujours très constipée. Depuis la grippe les règles arrivent bien encore aux époques voulues, mais sont très diminuées, parfois à peine sensibles. La marche est imposs b'e. Debout, sans appui, la malade ne peut se maintenir droite, les g noux plient; il lui semble que « les nerfs se tendent » tant ses jambes sont raides, et toutes les dix minutes ou tous les quarts d'heure, il lui passe comme un courant électrique partant des pieds et remontant jusqu'à la racine des cuisses. Le bras gauche depuis quelques jours ress-nt des impressions
pareilles. Les membres inférieurs sont contracturés. La malade ne les fléchit que très peu et avec beaucoup de difficulté, du côté gauche surtout. |
Pas d'atrophie musculaire, la tonicité est conservée. Trépidation épileptoïde. Clonus de la rotule.
Réflexes rotuliens et achilléens exagérés. Signe de Bobinski.
Réflexe anal conservé,
Cependant ïincontinence des matières fécales. Incontinence d'urine.
Sensibilité légèrement diminuée sur le côté externe des deux membres inférieurs. Cependant ces troubles n'ont rien que d'assez vague.
Pas d’inégalité pupillaire. Pas de signe d’'Argyll Robertson. Pas de déviation de la face. Pas de trouble de la parole ni de confusion mentale.
Examen du liquide céphalo-rachidien : { Iymphocyte par champ.
1er Mai. — La malade commence à exécuter quelques mouvements de la jambe gauche, et notamment à la soulever et à la fl'chir. La jambe droite est dans le même état.
Wasermann négatif. — Cependant traitement mercuriel.
La malade part améliorée le 12 juin. Les réflexes rotuliens et achilléens sont encore assez vifs. Le signe de Babinski existe encore. Mais les troubles des sphincters ont disparu,