OBSERVATION I
Jeanne L..., 26 ans, photographe. Lit 16, salle 4. Entrée à l'hôpital le 45 février 1919.
Diagnostic : Polyomyélite antérieure aiguë à forme tétraplégique. Mort le 12 mars 1919.
Début de la maladie : 3 février 1919. La malade a ressenti le matin une « crampe » dans les membres inférieurs qui cependant ne l’a pas empêchée de se mouvoir. Le phénomène s'est presque complètement dissipé dans la journée, mais le soir, sa recrudescence notable l'obligea à se metire au lit de bonne heure. Le lendemain, impossibilité absolue d'accomplir le moindre mouvement des quatre membres. Huit jours auparavant, la malade avait ressenti une certaine raideur de la nuque, mais qui ne génait guère que les mouvements de flexion forcée du cou.
Antécédents héréditaires : Père mort à 35 ans d’une pneumonie. Mère bien portante. Dans les co!latéraux : une sœur mariée, maladive (pneumonie, typhoïde, etc.).
Antécédents personnels : Aucune maladie grave, ni pendant la jeunesse, ni dans la période précédant la maladie. Tout au plus quelques migraines. La malade a 26 ans et n’est pas mariée.
A son entrée à l'hôpital, le 15 février 1919, les mouvements élémentaires des quatre membres sont à peu près nuls : seul est esquissé un léger mouvement de flexion de l’avant-bras sur le bras à gauche. Les réflexes rotuliens sont abolis et une eschare sacrée presque complètement formée.
Etat au 24 février 1919 : le regard, la parole, l'audition, les mouvements de la tête sont normaux. Pas de signe d'Argyll- Robertson,
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Aucune douleur provoquée à la pression sur la tête, La pression des vertèbres cervicales est douloureuse.
Membres supérieurs : légère confracture ; les mouvements sont très limités, surtout à droite. Flexion et extension de l’avant-bras sur le bras à peine esquissées. La malade ne peut serrer la main fermant très mal le poing, et accuse de la douleur dans les articulations quand on essaie des mouvements passifs. Atrophie notable des interosseux des deux mains et des muscles des éminences.
Membres inférieurs : la malade décolle les membres inférieurs et peut élever le pied jusqu'à cinquante centimètres environ au-dessus du plan du lit. Les muscles paraissent atrophiés. Les mouvemerts d'extension et de flexion des pieds sont presque normaux. Les mouvements passifs des membres inférieurs ne provoquent pas de douleur. La malade résiste peu ou pas aux mouvements de flexion, mieux aux mouvements d'extension, leur amplitude restant normale.
Réflexes : Stylo radiaux, un peu faibles; rotuliens : aboli à gauche, très faible à droite ; achilliens : abolis ; plantaires : abolis; pas de Babinski ; abdominaux : abolis.
= Rétention d'urine nécessitant un sondage journalier. Incontinence des matières fécales depuis huit jours. |
Sensibilité : 1° au tact : conservée partout.
20 A la piqûre et au pincement : analgésie en caleçon remontant jusque vers la fourchette sternale, un peu plus haut à droite qu'à gauche. Hyperesthésie à la piqüre pour les deux membres supérieurs surtout nette à la face palmaire des mains.
3° Sensibilité thermique abolie sur toute la surface du corps.
Large eschare sacrée, mal détachée, à fond saignant, allant jusqu'au sacrum.
Ponction lombaire effectuée le 22 février 1919. Résultat : liquide céphalo-rachidien absolument clair avec hyperpression. Pas de germe à l'examen direct. Pas de leucocyte. Quelques rares globules rouges.
Culture du sang négative. Wassermann négatif. Etat fébrile à assez grandes oscillations : 38°, 38°4, 38°8, 39°. Insomnie.
Décès le 12 mars 1919. Autopsie par M. Verger, le 13 mars 1919.
Résultats : Méniogite purulénte englobant la moelle jusque vers le haut de la région dorsale. L’eschare a largement ouvert le canal sacré. Dans le renflement brachial, substance blanche un peu
BRÉMAUD, FA
diffluante, molle. On trouve au niveau des cornes antérieures de petits foyers minuscules, jaunes, acuminés.