‹ Contribution à l'étude de l'accouchement prématuré provoquéChapitre 2 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Au cours d’une de nos années d’Internat à l’Hôtel-Dieu de Rennes, année durant laquelle il nous a été donné de pratiquer un examen aussi approfondi que possible de toutes les femmes entrées à la Maternité depuis octobre 1910 jusqu’en septembre 1911, nous avons été frappé de l’extrême fréquence des signes de rachitisme présentés par nos malades. Nous sommes en Bretagne, il est vrai, pays où le rachitisme sévit avec une intensité particulièrement inquiétante, où les débiles et les dégénérés sont légion surtout dans les campagnes ; où les populations urbaines et même les populations côtières ne sont pas épargnées. Pourquoi ? À quelle cause rattacher cette affection malheureusement trop fréquente? Une hygiène défectueuse, l’alcoolisme, une alimentation précaire ont été tour à tour invoqués. Il ne nous appartient pas d’approfondir ici une étiologie sans doute plus complexe. Nous constatons un fait et rien de plus. Et ce fait est indéniable, et nous pouvons dire que sur dix femmes examinées par nous, une au moins était rachitique.

Mais, si outre ce rachitisme vrai avec sa symptomatologie complète, nous envisageons le rachitisme « frustre » avec ses signes discrets, atténués, se traduisant par des bosses frontales légèrement saillantes, quelque gonflement . des épiphyses, un peu de genu valgum, un chapelet chondro sternal saillant à peine sous la peau, alors nos chiffres se transforment, et ce n’est plus une, mais bien trois sur dix de nos malades qui nous offraient ces stygmates.

En présence du nombre considérable des femmes atteintes de ces déformations osseuses, il était inévitable que

nous rencontrions du côté du bassin des déformations analogues. En effet, et si beaucoup d’entre elles étaient atténuées et ne pouvaient nous faire craindre pour l'avenir qu’un travail un peu plus long et un accouchement peutêtre un peu plus laborieux, sans nous inspirer d’autre part aucune inquiétude tant au point de vue de la mère qu’à celui de l'enfant, beaucoup trop nombreux étaient les cas où en pratiquant le toucher vaginal nous nous trouvions en présence d’une saillie exagérée de l’angle sacro-vertébral devant s'opposer d’une manière absolue au passage à travers la filière pelvienne d’un enfant à terme de dimensions normales.

- En face de cette difficfiulté et voulant avoir un enfant vivant, trois solutions se présentaient : césarienne, symphyséotomie, accouchement prématuré provoqué. C’est à cette dernière que sauf de très rares exceptions, on s’est arrêté à la Maternité de Rennes. Les résultats obtenus ayant jusqu’à ce jour entièrement répondu aux espérances que l’on fondait sur la méthode, nous avons pensé recueillir toutes les observations portant sur les accouchements prématurés artificiels que l’on y avait effectués durant ces dernières années et nous en avons retenu un certain nombre parmi celles qui nous ont paru les plus typiques, les plus probantes.

Après une étude aussi succinte que possible de l’historique de la question, nous dirons brièvement les moyens que nous avons vu employer pour les mensurations respectives de la tête fœtale et du bassin maternel. Plaçant ensuite les observations que nous avons réunies nous les commenterons et signalerons les objections faites à la méthode.

Nous envisagerons ces résultats pour la mère et enfin nous arriverons à cet écueil contre lequel les attaques des détracteurs de l’accouchement prématuré provoqué ont toujours été particulièrement violentes : la question de l’enfant.

Nous ne songeons donc nullement, au cours de ce travail, à faire une étude approfondie de l’accouchement prématuré artificiel, que ses partisans et ses ennemis ont fait suffisamment connaître. Depuis près de deux siècles les

f AT SEE

voix les plus autorisées se sont élevées pour l’attaquer ou le défendre, sans avoir jamais fait la lumière sur ce point. Nous non plus ne solutionnerons ce problème.

Nous voulons seulement, et notre prétention s’arrête là, en faisant connaître! les résultats obtenus, contribuer à l’œuvre commune dans la mesure de nos modestes moyens et apporter notre pierre au grand édifice déjà construit.

Mais, avant toutes choses, nous voulons dire à M. Professeur Bar combien nous avons été sensible au grand honneur qu'il a bien voulu nous faire en acceptant la présidence de notre thèse ; nous l’assurons ici de notre respectueuse reconnaissance.

Page 1