HISTORIQUE
Si l’on devait juger de la valeur d’une méthode d’après son anciennneté, la priorité reviendrait incontestablement à la section césarienne. Aussi loin, en effet, que nous remontions, vers l’origine des temps, nous la rencontrons et dans la légende et dans l’histoire. Dans la légende puisque « Apollon ouvrit lui-même le ventre de Coroniïs déjà sur le bûcher pour en extraire celui qui devait être le père de la médecine : Esculape ». Dans l’histoire, puisque « à Rome la « Lex Regia » prescrivait qu’on l’opérât sur les femmes mortes enceintes et que c’est ainsi que devait naître le premier des César ». Mais il ne s'agissait là que de circonstances exceptionnelles dans lesquelles n’intervenait en aucune façon la notion du rétrécissement pelvien, et, pendant de longs siècles il devait en être de même.
En 1642, quand une sage-femme, Louise Bourgeois, eut la première l’idée de pratiquer l’accouchement forcé, ce ne fut pas non plus pour tenter d’extraire à travers une filière trop étroite un fœtus qui par la suite serait devenu trop volumineux, mais dans le seul but de tarir une abondante hémorragie très probablement due à une insertion vicieuse du placenta. Une autre sage-femme, anglaise, Mary Dunally, aurait, croit-on, en 1738, accouché prématurément une femme atteinte d’angustie pelvienne ; mais ce fait n’ayant jamais reçu confirmation, il nous faut attendre 1756 pour voir poser nettement l'indication d’une interruption de la grossesse dans les cas de bassins rétrécis, et pour voir l’accouchement prématuré provoqué entrer d’une manière définitive dans le domaine de la thérapeutique obstétricale.
Et l’on peut dire que cette méthode venait bien à son heure, si l’on songe à la crise que traversait à ce moment l’obstétrique et ses adeptes. A cette époque où l’asepsie et l'antisepsie étaient choses totalement inconnues, l’intervention césarienne entraînait après elle de véritables désastres : la septicémie, la péritonite, emportaient les innombrables malades qui commettaient la fatale imprudence de se confier aux mains, expertes sans doute, mais combien peu stériles, des chirurgiens d’alors. La symphyséotomie n’était pas encore née ; elle ne devait apparaître que plus tard avec Si- / gault qui, en 1777, réussissait à obtenir un enfant vivant chez une femme ayant eu à ses quatre grossesses antérieures quatre enfants morts. C'était un succès indéniable, mais qui n’eut pas de lendemain ; les autres tentatives échouèrent lamentablement et la symphyséotomie devait, pour de longues années du moins, tomber peu à peu et presque complètement dans l’oubli. |
Une technique nouvelle s’imposait donc et c’est alors que les médecins anglais émirent l’opinion suivante : puisque les femmes accouchent souvent spontanément avant terme d’enfants vivants et bien portants, ne pourrait-on provoquer également l’accouchement avant terme chez toutes celles qui présentent un bassin rétréci? Et c’est alors qu'’eut lieu à Londres le Congrès de 1756 qui devait admettre d’une façon définitive la nécessité de l’interruption artificielle de la grossesse.
Ce fut à Macaulay que revint, en 1757, l'honneur de pratiquer le premier l’intervention nouvelle. Le succès répondit à l’attente. Encouragé par l’heureux résultat de ce premier essai, Kelly l’imita par la suite et fit mieux, puisqu’il put, chez une même femme, intervenir trois fois consécutives et sauvegarder trois fois de suite la vie de la mère et celle de l’enfant. |
Il est donc incontestable que l’Angleterre fut le premier pays où l’on osa tenter l’accouchement prématuré artificiel, mais à cela Tarnier objecte que « si les droits de priorité doivent être établis non d’après les faits, mais d’après les dates des publications scientifiques, nous pouvons consi-
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dérer que la propriété de l'interruption artificielle systématique de la grossesse revient à notre pays ». Et la preuve, il la donne en effet dans ce mémoire que publia en 187% Roussel de Vauzenne où ce dernier se déclare partisan de cette interruption artificielle comme meilleur mode de traitement des viciations pelviennes.
Pendant longtemps les Anglais furent les seuls à appliquer l’accouchement prématuré artificiel ; on hésitait à la suivre dans la voie qu’ils s’étaient tracée ; on se méfiait. semblait-il, de cette méthode nouvelle née depuis si peu de temps et qui comptait déjà à son actif tant de résultats heureux ; instruit par l’expérience, on voulait savoir si elle ne devait pas subir le sort de sa devancière, et après avoir réuni tous les suffrages, ne réserver que des déboires. Et cependant Macaulay et Kelly prêchaient toujours d’exemple : Denmann, Burns, Campbell et tant d’autres s'étaient faits les champions de l’idée nouvelle, et s’il y avait encore . des dissidents, de nombreux adeptes se ralliaient chaque jour à la cause de l’accouchement prématuré artificiel.
I1 ne fallut pas moins de quarante années pour voir se dessiner dans le même sens, en Allemagne, un timide mouvement. De rares tentatives avaient été faites qui n’avaient pas trouvé d’imitateurs, et, lorsqu’en 1804 Wenzel renouvela brillamment l’expérience de Macaulay, il fut bien loin de susciter chez ses compatriotes l’enthousiasme que ce dernier sut provoquer en Angleterre. Ce ne fut qu’en 1820, date à laquelle Reisinger fit paraître un mémoire sur cette question si controversée, que se produisit un revirement soudain : d’un coup les préventions se dissipèrent et la méthode nouvelle trouva bientôt dans ceux qui avaient été ses détracteurs les plus farouches, ses plus fervents admirateurs.
L'exemple se répandit peu à peu en Danemark, en Hollande, en Belgique où la méthode fut adoptée avec enthousiasme. Il n’est pas jusqu’à l’Italie elle-même, où l’opération de Sigault avait cependant trouvé son dernier refuge, qui, avec Lovati en 1829, ne vint demander à l’inter-
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vention nouvelle des résultats que, depuis longtemps, la symphyséotomie ne lui donnait plus.
Et cependant, en France, malgré l’exemple, malgré le mémoire de Roussel de Vauzenne, déclarant légitime et morale l’interruption forcée de la grossesse, l’accouchement prématuré artificiel ne trouvait partout que des détracteurs.
Les uns, se plaçant exclusivement sur le terrain religieux ou moral, voyaient un criminel dans celui qui se permettait « d’interrompre par art une fonction à laquelle la nature a assigné un terme fixe », et cela sans savoir ce que serait la vie de l’enfant auquel il imposait ainsi une naissance prématurée. C'était là, disait Campredon, « un attentat commis envers les lois divines et humaines ».
Les autres repoussaient l’accouchement artificiel, l’envisageant à un point de vue purement scientifique, et à leur tête son adversaire le plus irréductible et aussi l’un des maîtres les plus écoutés d’alors : Baudelocque. Il était inévitable que la voix de Baudelocque fut prépondérante et qu’elle déterminât un puissant courant d’opinion parmi les innombrables disciples du maître, et dès ce moment les attaques surgirent de toutes parts contre l’accouchement prématuré provoqué que, entre beaucoup d’autres, Gardien, Mme Boivin et Mme Lachapelle, proscrivirent avec sévérité.
Ainsi donc, la lutte à outrance menée contre l’interruption artificielle de la grossesse semblait avoir porté à cette intervention un coup définitif; les arguments présentés contre elle par Baudelocque et son école avaient, croyait-on, atteint leur but, et, sans faire encore retour aux idées anciennes, ses partisans se faisaient plus rares et la confiance qu'ils avaient eu jadis en elle s’en allait peu à peu. C’est alors que Stoltz, en 1830, prit en mains sa défense. Ses cours, et aussi les thèses de ses élèves : Burkhard (1830) et Ferniot (1836), devinrent de véritables plaidoyers où il s’efforçait de détruire une à une les accusations portées contre sa méthode et finalement réussissait à détruire dans l’opinion française les préventions que ses adversaires y avaient introduites. Quelques années plus tard, Paul Du-
bois, poursuivant son œuvre, mettait au premier ‘plan, parmi les opérations PhSERtTGRIeS, l'accouchement prématuré artificiel.
Et cependant oi d est loin d’être fait. Comme au- Ar la méthode a toujours ses partisans et ses adversairèés dont les statistiques s'accumulent, dont les travaux se succèdent et se succéderont sans doute longtemps encore avant que ne soit trouvé le terrain d’entente où cette passionnante question recevra enfin sa solution définitive.
Mensuration des principaux diamètres du bassin et de la tête fatale.
Afin de fixer la date à laquelle on devait interrompre la grossesse pour que l’enfant püût juste passer à travers la filière pelvienne, il était indispensable de connaître les dimensions respectives des principaux diamètres du bassin maternel et de la tête fœtale. Nous nous proposons donc de passer en revue dans le présent chapitre les moyens que nous avons vus employer dans le service auquel nous appartenions pour arriver à connaître aussi exactement que possible ces différentes dimensions.
Et d’abord, chez toutes les femmes qui semblaient ne pas présenter une charpente osseuse absolument irréprochable et parfaitement symétrique, il était de règle, afin de s’assurer si cette symétrie n’intéressait pas le bassin luimême, de rechercher le losange de Michaëlis.
A titre de mémoire, quoique cette recherche soit partout, sauf peut-être quelques questions de détails tout à fait secondaires, a peu près identique , rappelons la technique employée : la femme débarrassée de tout vêtement tourne le dos à l’opérateur ; on la prie de se tenir aussi droit que possible, toutefois sans raideur, la tête haute et les pieds accolés. Dans cette attitude il est déjà facile de noter du premier coup d’œil toutes les imperfections : ou les épaules ne sont pas sur le même plan, ou la colonne vertébrale pré-
sente une certaine inclinaison latérale, ou il y a de l’ensellure lombaire, ou bien une hanche est plus élevée que l’autre ; on peut noter encore une déviation du sillon interfessier, un abaissement d’un des plis fessiers. Ces différents détails une fois consignés, on cherche à travers les tissus l’apophyse épineuse de la 5° vertèbre lombaire que l’on trouve d’ordinaire très facilement : au moyen d’un crayon dermographique on la marque d’un point et l’on mène de ce point deux lignes à la partie la plus saillante des crêtes iliaques : de ces crêtes on mène deux autres lignes allant rejoindre la pointe du coccyx ; on obtient ainsi un losange : par une ligne menée transversalement, on le divise en deux triangles, et si le bassin est parfaitement symétrique, les tiiangles obtenus sont tous deux isocèles.
Ce point une fois établi, il fallait ensuite connaître les différents diamètres du bassin et pour cela deux moyens étaient employés : la pelvimétrie externe et la pelvimétrie interne ou digitale.
La pelvimétrie externe n’était du reste employée que d’une façon très accessoire : on s’en servait surtout à titre de renseignement complémentaire, sans accorder aux mensurations obtenues par elle l’importance attachée à celles que nous fournissait la pelvimétrie digitale.
TECHNIQUE DE LA PELVIMÉTRIE EXTERNE. — Cette méthode permet de déterminer d’une manière approximative l'étendue du diamètre intérieur d’après les dimensions données par le diamètre extérieur : comme instrumentation il suffit d’un compas d'épaisseur gradué et l’on opère de la façon suivante :
Il nous faut connaître trois dimensions, l’une anteropostérieure, les deux autres transversales. Pour avoir la première, on prend le compas d'épaisseur, et, plaçant une des deux extrémités boutonnées sur la partie toute supérieure de la face antérieure du pubis, exactement à sa partie moyenne, on applique l’autre en arrière swr la pointe de l’apophyse épineuse de la 5° vertèbre lombaire. On lit ensuite sur la règle graduée la longueur correspondant à l’angle d’écartement des deux branches et l’on doit obtenir
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