HISTORIQUE
Si nous vouhons rapporter dans un historique complet l'opinion de tous les auteurs qui se sont occupés de la question de l'accouchement prématuré provoqué, de l’accouchement accélèrè méthodiquement rapide, et de l’accouchement forcé, nous aurions à citer presque tous les noms de l’obstétrique française ei étrangère, car il n’est pas d'auteur ayant fait des accouchements qui ne se soit trouvé en présence d’un Cas analogue à ceux auxquels nous faisions allusion dans notre introduction. Il nous faudrait donc passer en revue tous les traitements préconisés, dans le cas de placentu prævia, d'èclampsie, d’affection cardiaque, etc. Pareille ‘che serait au-dessus de nos forces et il faudrait un temps fort long, une compétence toute spéciale pour mener à bien une semblable entreprise. Aussi notre tâche sera-telle plus modeste; nous voulons dans notre historique rappeler autant que possible, dans l’ordre chronologique, l'opinion
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L2 des principaux auteurs qui se sont occupés du mode d’intervention que nous avons en vue. Mais au préalable nous tenons à bien déterminer ce que nous entendons par accouchement iméthodiquement rapide, comme la si
judicieusement appelè le professeur Tarnier, dans la leçon à laquelle nous avons déjà fait allusion.
Nous entendons par accouchement méthodiquement rapide, l'accouchement accéléré provoqué, pratiqué de parti pris, dans des cas déterminés (que nous verrons aux indications), soit chez des femmes agonisantes, soit chez des femmes mortes, soit pour sauver le fœtus : accouchement accéléré que nous provoquerons, soit à l’aide de la main, soit à l’aide d'instruments que nous décrirons plus loin.
Cet accouchement « accéléré se distingue de l’accouchement forcé, en ce que les manœuvres qui le produisent ne lèsent pas les organes = nitaux de la mère, et restent par conséquent inoffensives, ou tout au moins compatibles avec la guérison complète » (Guide pra-
tique des sciences médicales, 1892, page 278).
Nous n’aurons donc pas en vue l'accouchement force, rejeté du reste par la majeure partie des auteurs.
C’est à Guillemeau (1571) et à Louise Bourgeois (1619), qu’il semble falloir faire remonter l’idée première d'introduire de vive force la main dans la matrice pour termin2r l'accouchement dans les hémorrhagies utérines sraves des derniers mois de la grossesse, dans les cas d'insertion vicieuse du placenta.
Voici comment Guillemneau s'exprime à ce sujet : «5%
LAON le dict arrière-faict est peu ou beaucoup advancé, (après avoir bien situé la mère), i sera remis el repoussé le plus diligemment que faire se pourra: el si la lesle de l'enfant se présente, elle sera conduile aw couronnement pour aider à l'accouchement nalurel. Mais que la dite teste ne se puisse en lost advancer ou que la mère ou l'enfant, ou que lous deux ensemble soient débiles, prévoyant que laccoucheinent soit long, sans faute le plus expèdient sera de chercher les pieds de
l’enfant et le tirer par iceux. »
felle est aussi l'opinion de Louise Bourgeois qui dans son livre intitulé : Observations diverses sur la stérilité, perte de fruil, fécondité, accouchements el maladies des femmes et enfants nouveaux naiz, etc., s'exprime ainsi
au chapitre V : |
« Il y à un accident où il faut promptement accoucher une femme à quelque terme que ce soit pour conserver sa vie. C’est quand elle a une perte de sang demesurée dont elle tombe en faiblesse; le plus tost que l’on peut il la faut boucher, d'autant que l’air attire le sang, lui donner ce que l’on peut pour luy faire reprendre ses esprits, pour supporter l’accouchement; mais il ne faut procéder d'aucun remède par la bouche ny clistères, d'autant qu’ils exciteraient la perte davantage. Mais il faut venir & l’extraction de l’enfant avec la main ; la faiblesse relasche les ligaments du col de la matrice, tellement qu’elle s’ouvre autant que si la femme avait grand nombre de douleurs : mais les eaux ne se trouvant formées, il faut rompre les membranes qui environnent l’enfant ainsi
que l’on ferait d’une porte pour sauver une maison du feu
ANG IE LES et ürer l’enfant par les pieds, c’est le moyen de sauver la mère et de donner le baptesme à l’enfant. »
Nous croyons que ces deux auteurs ne se préoccupent que de la perte de sang; due à l'insertion vicieuse du placenta, ils parlent bien de l'urgence qu’il y a à extraire le plus rapidement possible le produit de conception, mais, dans ce seul Cas particulier, et en réalité, ils pratiquent l’accouchement forcé.
Suivis dans cette voie par Mauriceau, Lamotte, Viardel, Peu, Dionis, Deventer, Levret, etc., cette pratique a
été presque complètement abandonnée de nos jours.
__ A côté de l'accouchement forcé, nous devons signaler comme autre ‘procédé d'accouchement accélèré, la rupture des membranes, avec dilatation lente et progressive, signalée par Puzos (1759).
Assurèment Puzos n’est pas le premier qui ait fait mention de ce procèdè opératoire, et avant lui Mauriceau, Deventer, Wessel, etc., y avaient eu recours ; mais c’est à lui que revient l'honneur de lavoir décrit d’une façon méthodique : « Z! faut, dit-il, introduire un ou plusieurs doigts dans l’orifice, avec lesquels on travaille à l’écarter par des degrès de force proporlionnés & sa résistance. Cet écarlement gradué inlerrompu par du repos, fail naître les douleurs, met la matrice en action, et l’un et l’autre font gonfler les membranes, qui contiennent les eaux de l'enfant. L’allention pour lors doit être d'ouvrir les membranes le plus tôt qu'on peut, pour procurer l'écoulement des eaux, parce que leur écoulement diminue déjà l’ècarlement de la matrice et Lui permet de se contracler davantage. Les efforts et les
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douleurs secondès par l'action des doigls portés circulairement dans l'orifice pour lécarler réussissent pour l'ordinaire, el font avancer l'enfant; et l’on «a presque toujours la satisfaction de sauver la vie à la mère el à l'enfant, qu'ils auraient infailliblement perdue par l'accouchement naturel, et qu'ils auraient exlrémement risqué par l'accouchement forcé, »
Malgrè l'opposition de Leroux de Dijon, (1776) qui le premier préconise le tamponnement, de Gardien, la méthode de la rupture des membranes fut accep'ée par .nombre d'auteurs parmi lesquels nous pouvons citer Portal, Baudelocque, Smellie, Mme La Chapelle: et parmi les auteurs plus rapprochés de nous Stolz, Paul Dubois Depaul, Pajot, qui acceptèrent la méthode, sauf certains points dans le détail desquels nous n'avons pas à entrer ici. Enfin, puisque nous parlons en ce moment de l'accouchement accéléré dans le cas de placenta prœvia, signalons encore comme mode de traitement, l’accouchement provoqué à laide des différents dilatateurs et ballons (Ballon de Barnes, de Chassagny), et sur lesqnels nous reviendrons du reste plus loin. Signalons encore la méthode de Braxton-Hicks, version bi-polaire, pour les détails de laquelle nous renverrons à la thèse de Laskine (1890) ; la méthode de Simpson, ou arrachement du placenta indiqué déjà par Portal, préconisée par Trichinetti, Chapmann, mais surtout défendue par Simpson. Enfin signalons encore l'expression de Kristeller, et la version par manœuvres externes, qui n’est que le premier stade de lPopération qu’on tentera ultérieurement.
Tous ces différents procèdés, que nous avons dû passer
en revue, Car ils se rapprochent de notre sujet, ont autant pour but l'arrêt de l’hémorrhagie que la provocation du travail et ce n’est que par extension et pour être complet que nous devons les signaler dans notre étude sur l'accouchement méthodiquement rapide.
Mais ce n’est pas seulement par l'hémorrhagieainsi que nous le verrons plus loin aux indications de laccouchement accéléré, que la vie de la femme ou de l'enfant peut être mise en danger, une foule d’autres circonstances peuvent mettre lPaccoucheur dans l'obligation d'agir le plus rapidement possible.
Pour Jacquemier (1846), ces cas sont assez rares, cependant lorsque l’état de la malade est désespéré, lorsque la femme est à l’agonie, on doit se hâter de proposer le moyen, « qui offre seul encore des chances de salut ». Dans léclampsie, dans les affections cardiaques, dans la phtisie pulmonaire, lorsque la femme est agonisante, ou même morte, que doit-on faire? Doit-on lorsque l'enfant est encore vivant pratiquer la césarienne ou recou— rir à l'accouchement par les voies naturelles? Voyons ce que disent à ce sujet les principaux auteurs.
C’est Schenk, qui le premier en 1665 proposa de substituer post morlem l'accouchement par les voies naturelles à l’opération césarienne ; mais son mémoire est resté oublié, et ce n’est qu’en 1745 qu'un médecin militaire de Douai, Rigaudeauw, mit en pratique le procèdè préconisé par Schenk. Voici le résumé de l'observation de Rigaudeau, telle qu’elle a étè rapportée dans sa leçon par le professeur Tarnier.
« À cette époque (1745), Rigandeau est appelé dans